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Paix, cohésion sociale et vivre ensemble, des paroles vides !

05/06/2019
00:00

Les musulmans ont prié hier mardi 4 juin. Au bout de toutes les lèvres, la paix, la cohésion sociale et le vivre ensemble. Sur la question, tout le monde est d’accord. Avant eux, ce sont les catholiques qui, pendant la fête de l’Ascension qui a consacré le baptême des enfants, ont prié pour la paix, la cohésion sociale et le vivre ensemble. D’ailleurs, dans leurs prières de tous les jours, ces communautés ont toujours prôné la paix, la cohésion sociale et le vivre ensemble. Dans nos sociétés traditionnelles, pendant les rites, ce sont les mêmes vœux qui sont exprimés auprès des mânes et des ancêtres. Presque tout le temps. Dans leurs discours, les politiques et politiciens ont toujours prôné la paix, le dialogue, la cohésion sociale et le vivre ensemble. À dire vrai, tous les Burkinabè ont ces mots au bout des lèvres, chaque jour, pour ne pas dire au coucher comme au réveil. Malheureusement, on a cette impression qu’on fur et à mesure qu’on prône ces valeurs qui nous sont chères, elles s’effritent parce que menacées et tendent d’ailleurs à disparaître. Aussi, a-t-on envie de dire que les Burkinabè n’ont ces mots que seulement dans la bouche, sur le plan comportemental, c’est bien autre chose. Exactement comme ils souhaitent le changement face auquel personne ne veut changer. Immédiatement après cette prière d’hier, comme toutes les autres prières musulmanes, chrétiennes, ou rites traditionnels, les comportements, ne serait-ce que dans la circulation est bien contraire à ce qui a été dit pendant la prière. Chacun en fait à sa tête. En principe, on ne devrait pas faire recours aux agents des forces de défense et de sécurité pour réglementer la circulation après une prière. Malheureusement, c’est tout à fait au contraire qu’on assiste sous nos tropiques.

Si la paix est menacée au point que tout le monde prie pour son retour et sa consolidation, c’est parce qu’à un moment donné, les Burkinabè n’ont rien fait pour la préserver. Si aujourd’hui, le vivre ensemble est fortement menacé au point où on implore le Tout-puissant pour qu’il descende sa miséricorde sur nous, c’est parce qu’à un moment donné de notre parcours, nous avons oublié que tout était acquis et qu’il ne restait qu’à en jouir. Si aujourd’hui, on parle de réconciliation, c’est parce qu’à un moment donné de notre histoire, nous avons travaillé, consciemment ou inconsciemment, à nous diviser, à nous opposer les uns aux autres.

Très sérieusement, les Burkinabè qui ont toujours fait leur propre fierté doivent se regarder dans la glace et se rendre compte qu’ils ont raté le coche de la paix, de la cohésion sociale et du vivre ensemble il y a bien longtemps. Si dans un pays dit démocratique et civilisé, la corruption, le népotisme, le favoritisme, la haine, la vengeance et l’intolérance sont érigés en règle de conduite, il ne faut pas être surpris que les citoyens se comportent en « Je m’en fou ». Mais, comme il n’est jamais assez tard pour mieux faire ou se rattraper, on peut encore espérer. Et cela passe, entre autres, par la restauration de l’autorité de l’Etat. Quand les citoyens ne font plus confiance en leur justice ; quand ils ne font plus confiance en leurs dirigeants et à tous ceux qui sont sensés incarner la force publique, que reste-t-il encore ? Quand dans un pays, les richesses de la nation sont détenues depuis des décennies par un groupe d’individus, il est évident qu’on a fait le lit des revendications et des contestations. Comme la prière permet d’espérer, continuons d’espérer. Certainement que demain sera meilleur à aujourd’hui.

Dabaoué Audrianne KANI



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