Réfugiés internes, une bombe à retardement

20/06/2019
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Des Burkinabè ont quitté leurs villages, disent-ils, pour des raisons de sécurité. Aussi, de leur propre gré, ils ont élu domicile dans des écoles à Ouagadougou et demande au gouvernement de leur venir en aide. D’autres réfugiés ont été signalés dans d’autres localités du pays comme Manga et Houndé où ils sont arrivés, fuyant l’insécurité. En réponse, le gouvernement leur demande de regagner les sites d’accueil retenus à cet effet et qui se trouvent dans des localités non loin des villages qu’ils ont fui. Pour les fuyards, pas question tant que la sécurité n’est pas revenue. Pour certains d’entre eux, «si ce n’est pas l’arme qui les a faits fuir leurs villages, rien d’autre ne peut les contraindre à repartir». Si bien qu’on a l’impression que les raisons de leur départ se trouvent ailleurs. Et ce d’autant plus que ces départs ont été soigneusement organisés avec des complicités de parents à Ouagadougou et certainement dans les autres localités où ils sont arrivés.

Les questions de réfugiés internes, semble-t-il, sont plus difficiles à organiser que celles de réfugiés venant d’un autre pays. Le gouvernement burkinabè peut-il, ou a-t-il le droit d’interdire un Burkinabè de résider sur une partie du territoire national sans raison valable? Ici, les réfugiés ont des raisons qui justifient leur fuite. Mais, le gouvernement n’en a pas suffisamment pour convaincre de la nécessité pour eux de retourner dans les zones qu’ils ont abandonnées. L’un des arguments serait de sécuriser les zones des attaques terroristes. Une question à laquelle, le gouvernement a des difficultés à répondre d’autant que les attaques terroristes se multiplient de plus en plus avec des morts de plus en plus nombreux. Parfois avec des cibles bien identifiées. Comment peut-on contraindre des gens à rester ou à retourner dans une telle zone?

L’une des solutions pour le gouvernement, c’est d’organiser le séjour de ses personnes sur les sites où elles se trouvent, à défaut effectivement de les convaincre de repartir chez elles. Par ailleurs, si ces «réfugiés internes» se trouvent dans des zones rurales, il serait important de travailler à leur intégration et à leur sécurisation surtout sur le plan foncier. Car, ils auront besoin de cultiver et certainement de se sédentariser pour ne plus jamais retourner chez eux.

On se rappelle que lorsque la crise sociopolitique a éclaté en 2002 en Côte d’Ivoire, les exactions ont contraint de nombreux Burkinabè à regagner le pays. Il a fallu organiser soigneusement leur retour au pays par leur réintégration dans leurs familles. Pour éviter de créer plus tard des tensions de cohabitation avec certaines populations rurales qui ne voudraient pas se voir envahir et perdre ainsi ce qui leur restait, à savoir terres et pouvoir locaux. Malgré toutes ces précautions, certains conflits fonciers et intercommunautaires ont leurs fondements dans ces déplacements massifs de populations. C’est donc avec beaucoup de tact, entre fermeté et négociations qu’il faut arriver à créer les conditions pour que chaque Burkinabè puisse se sentir là où il est, là où il veut.

Dabaoué Audrianne KANI

 



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