Hamadou Zon, président : « J’ai hérité d’une gestion chaotique du Bankuy sport »

26/07/2019
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Tous les amoureux du sport roi dans le Mouhoun s’accordent à dire que Hamadou Zon a été l’un des acteurs clé de l’évolution de la discipline dans la localité. Il fut supporter avant d’être joueur au sein de Dédougou football club rebaptisé Bankuy sport. Aujourd’hui, Hamadou Zon est le premier dirigeant du club. Mais déjà en 2004, il occupait le poste de Secrétaire général. Ses ambitions politiques l’emmènent à passer le témoin en 2008 parce qu’à son avis sport et politique ne font pas très souvent bon ménage. En 2017, il intègre de nouveau l’équipe dirigeante, cette fois-ci en qualité de président parce que sa passion du foot, dont il dit avoir héritée de son défunt père, l’oblige. En réalité ce conseiller municipal qui occupe également le poste de premier adjoint à la mairie de Dédougou a été appelé à la rescousse d’une équipe qui venait de sombrer en division inférieure. A l’hôtel de ville de Dédougou où nous l’avons rencontré en début de semaine dernière, Hamadou Zon est revenu sur toutes les questions liées à la vie de Bankuy sport et sur la gestion de l’ancien bureau.

Dites nous comment est née Bankuy sport?

L’équipe a vu le jour suite à une crise qui sévissait dans le milieu du sport. Nous n’arrivions pas à monter en première division et pour cela nous avions décidé à l’époque de fédérer nos forces. Ce qui a donné naissance à Dédougou football club qui réunissait toutes les cinq équipes de la ville. Par la suite Dédougou football club a changé de dénomination pour devenir Bankuy sport, sur les conseils du chef de canton.

Quels ont été les premiers objectifs des dirigeants d’alors, selon vous ?

Comme tout club qui est en division inférieure, l’équipe de Bankuy sport voulait jouer dans l’élite du football national. C’est ainsi que supporters, joueurs et dirigeants ont tous œuvré, chacun à sa manière, pour cela. Et lorsque l’équipe est montée en D1, le second objectif a été de recruter des joueurs de talents parce que c’est la première fois que le club venait de se qualifier à ce haut niveau du championnat et il fallait lui donner toutes les chances de se maintenir. Mais cela demandait assez de moyens. A l’époque, certains de nos frères n’ont pas hésité à soutenir le club en moyens matériels et financiers. L’énorme contribution est venue du parton de l’entreprise EBOMAF qui, en plus de gros moyens financiers, a mis à la disposition de l’équipe un car pour le transport des joueurs pendant les compétitions.

En tant que fils de la localité, quelle a été vous, votre contribution?

Dès que l’équipe est montée, j’ai continué à apporter mes conseils au club comme toujours d’ailleurs pour qu’il puisse résister en première division. Au même moment j’ai eu à participer à l’élaboration d’un document intitulé «10 ans de Bankuy sport en première division». Nous avions conçu ce document pour le mettre à la disposition des dirigeants pour qu’ils puissent s’en servir. Malheureusement, le document n’a jamais été exploité tel que nous l’avions souhaité. Pourtant il devait également favoriser le sacre du club en tant que champion national du Burkina Faso. Malgré tout, j’ai continué à soutenir le club et ce que nous étions en train de vouloir éviter est arrivé. Au bout de deux saisons, Bankuy sport est relégué en deuxième division.

Vous qui étiez plus proche du club en ce moment, comment est-ce que vous avez ressenti cette relégation?

J’avoue que pour moi, c’était inconcevable que cela puisse arriver. Nous nous sommes battus pendant des années pour que le club puisse monter en première division et nous avions continué à nous battre pour qu’il se maintienne. Et si par la faute de certains qui ont privilégié leurs intérêts personnels au détriment des intérêts du club cela a pu arriver, franchement c’est regrettable. Avec un groupe de supporters, nous nous sommes dit qu’il fallait rapidement faire quelque chose pour sauver Bankuy sport.

A vous écouter, ce ne sont pas les moyens financiers qui ont manqué à l’équipe. Alors que s’est-il passé pour que l’équipe se retrouve de nouveau en division inférieure?

Ce sont les dirigeants d’alors qui peuvent vous donner les vraies raisons. Il est vrai que je n’étais pas dirigeant mais j’avais demandé en son temps qu’on se focalise sur cette question de la relève. Parce que si vous emmenez une vingtaine de joueurs d’ailleurs ça nécessite beaucoup de moyens. J’ai proposé qu’on forme des jeunes sur place qui vont à l’avenir jouer le championnat national. J’avais aussi proposé qu’on mette les moyens pour que techniquement les joueurs soient à la hauteur. Pour cela, il faut disposer d’une salle de sport car chaque joueur à sa spécificité. Si vous ne faites rien de tout cela, même si vous recrutez les meilleurs entraineurs il est évident que ça ne va pas marcher. A mon avis ça n’a pas marché parce que tout simplement il n’y avait pas d’unité d’action entre les dirigeants. En réalité, les gens faisaient du n’importe quoi et c’est ça qui a fait sombrer Bankuy sport.

Que reprochez-vous concrètement auxdirigeantes de l’époque?

Il y a eu trop de laxisme dans la gestion des fonds qui ont été mis à la disposition du club. Je vous donne un exemple, de l’argent a été débloqué pour l’achat d’un jeu de maillot; mais jusqu’aujourd’hui on a n’a jamais vu ce jeu de maillot. Ces genres de pratiques malsaines étaient devenues monnaie courante au sein du club. Aussi, allez y comprendre que des membres de bureaux ont été remplacé sans qu’il n’y ait assemblée générale. Lorsque j’ai pris les rennes de l’équipe j’ai constaté qu’il y a eu beaucoup de dépenses sans justificatifs et que le compte principal de l’équipe était au rouge; mais nous n’étions pas encore au bout de nos surprises parce que le club devait de l’argent à l’institution bancaire qui logeait son compte alors qu’au départ on nous a fait croire le contraire. Il faut que les gens comprennent que celui qui a remis son argent à Bankuy sport ne l’a pas donné pour qu’on s’amuse avec mais pour qu’on puisse atteindre des objectifs. A partir du moment où on n’a pas atteint cet objectif on n’a des comptes à lui rendre.

Que s’est-il passé par la suite après la relégation en D2?

Au regard de la situation dans laquelle nous nous trouvions, la majorité des acteurs m’a demandé de prendre les rênes de l’équipe. Je n’ai pas hésité mais je vous avoue que lorsque je prenais la tête du club, nous étions à deux semaines de la reprise du championnat et aucun joueur n’avait une licence. Donc nous sommes allés en compétition avec des jeunes qui ne devraient pas être en réalité des joueurs de Bankuy sport. A un moment donné nous nous sommes rendu compte que les choses allaient être compliquées. Nous avons fait appel à des entraineurs de qualité mais malheureusement ça n’a pas marché. La saison suivante, nous sommes descendus en 3ème division. Mais il n’était pas question que nous restions dans cette situation. C’est pourquoi, avec mes collaborateurs depuis deux ans nous travaillons sans relâche malgré les moyens financiers très limités pour que l’équipe puisse se retrouver à nouveau dans l’élite du football.

Comment comptez-vous vous y prendre pour mobiliser les fonds pour le fonctionnement de l’équipe?

Quant je suis arrivé, j’ai fait le diagnostic afin de d’avoir des éléments pour m’adresser aux éventuels sponsors. Malheureusement, depuis que les dirigeants d’alors se sont rendus coupables de mauvaise gestion, les gens ne sont plus prêts à accompagner Bankuy sport. L’équipe fonctionne aujourd’hui grâce à nos poches.

Si tel il est vrai que les moyens font défaut, comment comptez-vous faire pour assurer la montée en D2?

Au sein du comité directeur, nous nous sommes dit qu’en allant chercher des joueurs ailleurs nous nous créons encore plus de difficultés. Alors nous avons opté pour la formation locale. L’an passé, même si nous n’avons pas pu franchir l’étape régionale du championnat, nous avons pu tenir tête face à certaines équipes qui ne disposent que de joueurs venus d’ailleurs. Mais, je suis sûr d’une chose, ces équipes vont finir par nous suivre parce qu’il est difficile de faire venir des joueurs d’ailleurs et de pourvoir assurer leur prise en charge sans crouler sous le poids des dettes.

Certains de vos anciens collaborateurs disent de vous que vous êtes trop autoritaire dans la gestion actuelle du club. Que leur répondez-vous?

Quant j’ai pris la tête de Bankuy sport, j’ai dit aux gens que je travaille sur la base de transparence car mon ambition est de bâtir une équipe de football solide avec les fils du Mouhoun. Ce sont des valeurs qui sont innées en moi et je souhaite que tout le monde s’inscrive dans cette logique.

Après tout, je suis le premier concerné et je ne souhaiterais pas qu’un jour on nous reproche ce que nous reprochions aux membres de l’ancien bureau. Il faut que les gens sachent qu’on ne peut pas s’amuser avec le bien public. J’ai toujours dit que si un jour on estime que quelqu’un peut faire mieux que moi à Bankuy sport je suis prêt à lui céder la place mais ce n’est pas pour autant que je ne vais pas continuer à soutenir le club. Parce que, je suis dans le football par passion et non pour mes intérêts.

Interview réalisée par Ousmane TRAORE



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