Seydou Boly, professeur à Dédougou : « Ce que je pense de la nomination de Kamou Malo »

01/08/2019
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C’était dans l’air. C’est fait. Kamou Malo est le sélectionneur de l’équipe nationale du Burkina. Après avoir trainé sa bosse au Bouloun Poukou Sport de Koudougou, le Rail Club du Kadiogo (RCK), l’AS Sonabel, et l’Union Sportive des Forces Armées, il rejoint l’équipe (A) des Etalons pour un contrat de 16 mois renouvelable. Sa mission, qualifier le Burkina Faso à la CAN 2021 au Cameroun et reconstruire une équipe vieillarde. Mais qu’est-ce qui a motivé le choix d’un sélectionneur local en lieu et place d’un expatrié comme on n’avait l’habitude de le voir ? Kamou Malo saura-t-il atteindre les objectifs a lui assignés? Réponse à travers cette analyse d’un de nos lecteurs à Dédougou.

 

Sans être dans le secret des dieux, l’on peut croire que la nomination de «l’enfant de Finn» à la tête de la sélection nationale répond à trois raisons essentielles. D’abord, elle est l’expression d’une volonté manifeste des dirigeants actuels du football de promouvoir l’expertise nationale. Car, de tradition, le Burkina Faso a toujours été un «grand consommateur» d’entraineurs étrangers avec des fortunes diverses. L’on peut citer des noms comme Ivan Voutov, Malick Jabir, Philippe Troussier, Didier Notheaux (2 fois), Jean-Paul Rabier, Ivica Todorov, Bernard Simon, Paul Put et Paulo Duarte (2 fois), le dernier de la longue liste. L’arrivée de Kamou Malo sonne donc la rupture avec cette vieille tradition. Aussi, est-elle perçue comme un signal fort adressé aux coachs locaux comme pour dire que ceux d’entre eux qui se distingueront seront exaltés au sommet du Faso-foot dans sa version équipe nationale.

En outre, cette décision prend tout son sens car rien qu’à observer certains de nos voisins, on se rend compte que les équipes nationales sont toutes dirigées par des locaux. Du reste, Kamou Malo lui-même ne se plaît-il pas à dire qu’il est un «pur produit» de la Direction technique nationale? Il apparaît de ce fait comme un symbole de la formation de l’école burkinabè, une fierté nationale qu’il faut valoriser.

La seconde raison doit être purement économique et financière. Ce n’est un secret pour personne de dire que les entraineurs étrangers surtout européens gagnent beaucoup d’argent en Afrique contrairement aux locaux qui émargent nettement moins. Dans le contexte actuel où tout reste prioritaire, engager un local revient à économiser beaucoup de millions dans les caisses de l’Etat. La dernière raison qui a pu peut-être inspirer consciemment ou inconsciemment les décideurs sur ce choix est sans doute le succès retentissant de certaines sélections africaines avec leurs entraineurs locaux. Djamel Belmadi (Algérien) vainqueur de la CAN, Aliou Cissé (Sénégalais) vice-champion d’Afrique, Mohamed Magassouba (Malien) pour ne citer que ceux-là, sont des illustrations parfaites de ce succès. Toute chose qui laisse croire que le coach sexagénaire a de réelles chances de réussir avec l’équipe fanion du Burkina. Mais est-ce suffisant?

Les clés de réussite de Kamou Malo

Loin de nous d’apprendre à la Fédération burkinabè de football (FBF) ce qu’elle doit faire ou à Kamou Malo ce qu’il doit faire pour atteindre son objectif. Mais, en notre qualité de citoyen passionné de football, nous avons aussi le droit de dire ce que nous pensons. En effet, le capitaine de police ne réussira que si certaines conditions sont réunies. Primo, les deux parties doivent «mouiller le maillot» dans une symphonie cohérente. Secundo, la FBF doit travailler à assainir l’environnement autour de l’équipe. Ce qui sous-entend qu’elle doit lutter contre et vaincre des pratiques malsaines comme le favoritisme, le clientélisme, l’affairisme et empêcher toutes sortes d’ingérence.

Faîtière du foot national doit aussi donner carte blanche à Kamou Malo sans oublier de lui demander des comptes au besoin. En retour, celui-ci doit savoir que le défi qui l’attend est immense. Pour cela, il doit œuvrer pour une parfaite communication avec ses collaborateurs mais aussi avec ses joueurs, notamment les cadres de l’équipe. Ensuite, il doit faire comprendre aux joueurs que la sélection nationale dans son essence c’est la forme du moment. Un joueur peut être là aujourd’hui et absent demain ou vice-versa, selon sa forme. En un mot, tout joueur qui arrive en sélection doit le mériter parce que dans un passé récent, des joueurs blessés ou en totale méforme ont été sélectionnés pour contenter certaines personnes. Cela peut frustrer et contribuer à pourrir le climat autour de l’équipe et décourager des éventuels élus.

Le Burkina Faso, faut-il le rappeler, regorge aujourd’hui d’un potentiel impressionnant de jeunes joueurs qu’il suffit de manager sainement pour obtenir une sélection de très grande qualité. Le succès de Kamou Malo dépendra aussi de sa capacité à faire face aux critiques parfois fondées, parfois subjectives et même infondées. Qu’il sache que le monde sportif ne lui accordera pas un temps de grâce de longue durée parce qu’il s’appelle Kamou Malo. Ce n’est la faute à personne. C’est le foot qui est ainsi fait. À lui donc de saisir le bon bout dès l’entame. La nouvelle tête pensante des Etalons devra par ailleurs se remettre en cause et apprendre de ses erreurs. L’on se rappelle de la sanction a lui infligée par la CAF en 2017 lors du match des 16e de finales de la coupe CAF qui opposait le RCKà l’USM Alger. Une sanction de 8 matchs dont 4 avec sursis lui avait été infligée suite à une bagarre généralisée dans laquelle il était activement impliqué. Désormais, il doit savoir prendre de la hauteur. Ce sont les exigences du sport de haut niveau.

Enfin, Kamou Malo aura besoin d’un soutien populaire et surtout de supporters patients pour réussir sa mission. Dans tous les cas, le fonctionnaire de police de 57 ans a le charisme et les compétences nécessaires pour faire galoper à nouveau les Etalons au sommet du foot africain au grand bonheur des millions de supporters.

Seydou Boly, professeur à Dédougou



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