Il faut prendre au sérieux la situation de l’armée nationale

02/09/2019
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Ils n’ont pas droit à la grève, comme les autres travailleurs. Et ce, au regard de leur statut. Mieux, dans l’exercice de leurs fonctions, on exécute des ordres. À la limite, le droit à la contestation n’existe pas. On exécute et on rend compte. Même quand on n’est pas content, on l’avale et ça reste là. Si malgré tout, des éléments de forces de défense et de sécurité ont brouillement exprimé leur mécontentement (en d’autres lieux et en d’autres circonstances on parlerait de mouvement d’humeur) par des tirs en l’air et le blocage de l’accès du camp Guillaume Ouédraogo à des supérieurs, c’est que la crise est profonde. On pourrait même parler de mutinerie. Car, dans l’armée, c’est le terme le plus approprié.

En effet, dès le lendemain de l’attaque de Koutougou, la tension était perceptible au sein de la troupe. Notamment des plus jeunes. Même si on n’osait pas en parler ouvertement. La sortie du Chef d’Etat major général des armes (CMGA) le même jour pour dire qu’il n’en est rien à sans doute fait monter davantage le mercure. Aussi, faut-il comprendre la réaction qui en a suivi le vendredi 23 août. Et qui a encore contraint le même CEMGA à ressortir cette fois-ci pour reconnaître à travers un communiqué le «ressenti normal» des éléments après la mort de leurs camarades.

Quand un militaire meurt en conflit, c’est normal puisque c’est dans l’exercice de ses fonctions. Mais, quand il meurt parce que les conditions ne sont pas réunies pour qu’il puisse se défendre jusqu’à ce qu’il en meurt, là il y a problème. Et c’est certainement ce problème que dénonce la troupe. On a pu le remarquer sur les réseaux sociaux où les revendications semblent assez claires. Parmi celles-ci, les éléments reprochent au commandement de ne prendre suffisamment ses responsabilités pour les doter en matériel et en éléments de motivations sur le terrain. Ils se sentent ainsi abandonnés. D’où cette rupture de confiance. Alors que dès qu’il y a rupture entre la base et le sommet dans l’armée, c’est que la situation est grave. C’est pourquoi il faut prendre très au sérieux ce «mouvement d’humeur» qui ne doit pas se répéter pour quelle que raison que ce soit.

Roch Marc Christian Kaboré, le chef suprême des armées doit aller à la rencontre de la troupe pour l’écouter et lui parler. Si possible à huis clos, loin des regards des «chefs» qui pourraient influencer les «éléments». Les jeunes soldats ont beaucoup de choses à dire. Ils ont aussi besoin qu’on leur remonte le moral par des actions concrètes. Tout comme nous les civils, ils n’étaient pas préparés à une guerre comme celle qu’ils vivent actuellement. Si gagner une guerre ce sont les armements, gagner une guerre ce sont aussi et surtout les hommes qui doivent les manier. Tant que les deux conditions ne sont pas remplies, il nous sera difficile de gagner cette guerre. C’est pourquoi, il faut prendre le soin d’écouter.

L’armée burkinabè a besoin d’être reconstruite, très rapidement pour lui permettre de relever les défis qui sont les siens. On ne va pas en guerre avec une troupe aussi groupusculaire.

Dabaoué Audrianne KANI



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