Communauté musulmane, la crise dont on pouvait se passer

29/10/2019
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C’est peu de dire que la communauté musulmane du Burkina Faso est en crise. A tel point que des délégués sont venus de Ouagadougou et des autres provinces pour mettre en place, à Bobo-Dioulasso, un bureau de transition qui doit désormais conduire les affaires de la communauté jusqu’à l’élection prochaine d’un nouveau bureau. La communauté musulmane étant très représentative au Burkina Faso (elle fait 60,5% de la population selon le recensement de 2006), il faut tout de suite relever que lorsqu’elle est en crise, le pays tout entier pourrait être touché.

En effet, cette crise ne pouvait-elle pas être évitée au regard du contexte national que traverse le pays? A défaut, on pouvait la remettre à plus tard. Car, la communauté musulmane, tout comme les autres communautés (ndlr: chrétienne et traditionnelle), a toujours été le recours des acteurs politiques et de la société civile quand ils n’arrivent pas à s’accorder sur certaines questions. En outre, cette communauté est si organisée, si religieuse et regorge de tellement de sommités et de personnes ressources, qu’on ne peut imaginer qu’une telle crise puisse prospérer en son sein. Elle a toujours su prendre ses positions et contribué, énormément et à plusieurs reprises, à la résolution de crises qui pouvaient embraser le pays. Si fait qu’aujourd’hui, quand c’est elle-même qui connaît une crise, on se pose bien de questions. Comment comprendre qu’une communauté religieuse qui dispose de tous les leviers pour trouver des réponses à toutes les crises qui peuvent l’ébranler, se retrouve à faire recours à des auxiliaires de justice pour trancher ses questions? Aussi, faut-il s’accorder avec tous ceux qui pensent que c’est tout simplement un malentendu fâcheux qui trouvera dans les jours à venir un terrain d’entente pour qu’on n’en parle plus. A moins qu’il y ait d’autres raisons qui n’aient pas été publiquement évoquées.

Quand bien que ce ne soit pas la première fois que cette communauté connaît une crise en son sein, on peut bien se poser la question de savoir pourquoi autant de crises au sein d’une communauté que tout devait unir? On le sait, le Mali d’à-côté connaît de temps en temps des crises du genre au sein du Haut conseil islamique malien. La toute dernière a conduit l’élection d’un nouveau président en remplacement de Mahmoud Dicko qui ne faisait plus mystère de ses ambitions politiques. Allant jusqu’à dénoncer la «gouvernance catastrophique» du gouvernement malien. Mieux, celui-ci a lancé en septembre dernier un mouvement politico-religieux qui le rapproche davantage de la politique. Ce que, visiblement du côté du pouvoir on ne pouvait pas, officiellement, laisser passer. De même, la communauté musulmane, dans un pays laïc, ne peut tolérer de tels comportements. Même si du côté du Burkina, les raisons qui sont avancées contre El Hadj Abdoul Rasmané Sana sont purement et simplement liées à la gestion de la communauté, il ne faut pas tout suite rejeter cette hypothèse qui voudrait qu’on lui reproche bien d’autres choses. Sans doute qu’avec l’évolution de la situation, on en saura davantage.

Dabaoué Audrianne KANI



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