Santé : Tabagisme au Burkina Faso

31/12/2019
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Le tabac est le seul produit légalement en vente qui entraîne la mort. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le tabac est l’une des principales causes de mortalité dans le monde, mais aussi la principale cause évitable de décès. Le tabagisme tue plus de 8 millions de personnes dans le monde chaque année. Au Burkina Faso, ce fléau a la peau dure, on est tenté de le dire malgré les efforts consentis par les premiers responsables pour lutter contre ce fléau. Selon l’Atlas OMS 2017, 4800 personnes meurent par an pour Burkina dû au tabagisme. Pour ce qui est de la prévalence de la consommation du tabac au pays des Hommes intègres, elle est de 19,8% chez les personnes âgées de 25 à 64 ans. Dans cet article, nous parlerons de la pratique dans le pays des Hommes intègres et les mesures prises pour son éradication.

A soixante ans, Khalil Traoré dépense par mois environ deux cent cinquante mille de nos francs, soit 2,6 millions de F CFA par an, pour espérer survivre avec la maladie qui le ronge depuis plus de 16 ans: le cancer de gorge. Mais avant, il a dépensé plus de 50 millions de FCFA pour les soins pendant les premières heures de la maladie.En effet, les premiers signes de cette maladie avec laquelle il doit désormais vivre ont fait leur apparition en 2003. Après avoir eu quelques problèmes de respiration, il met fin à la consommation du tabac après 32 ans. Malheureusement, il était déjà tard. Trop tard d’ailleurs puisque la maladie va prendre une autre tournure en 2011. «En 2011, suite au décès de ma maman, j’ai commencé à perdre la voix. On a mis ça dans le compte des évènements. Mais comme ça persistait, on a commencé l’automédication. Quand cela s’est aggravé, on a vu des spécialistes avec les prélèvements, on a découvert que j’avais le cancer de gorge» se souvient le soixantenaire. C’est le début de son calvaire. Le 24 décembre 2011, il est évacué en France pour des soins appropriés pour sauver ce qui peut toujours l’être. Cette évacuation va lui coûter la somme de 17 millions de FCFA. Revenu au pays, il fut contraint de repartir quelques mois plus tard pour des soins complémentaires. Aujourd’hui, pour des raisons financières, il se rend 2 fois par an en France alors que son médecin lui recommande chaque trois mois. Ces soins périodiques coûtent en moyenne, 250 000 fcfa par mois pour faire face à ces dépenses soit une somme 2 millions 600 mille FCFA par an. Une somme qu’il réunit en partie grâce à l’assurance santé de son épouse.

Comment en est-il arrivé là?

«J’ai commencé à fumer à partir de 12 ans, à 14 ans j’étais déjà addictif à la cigarette. On le faisait de façon banale, environ 1 paquet par jour. Et ce, jusqu’en 2003 ou j’ai eu des problèmes pulmonaires, mais avec l’aide de certains médecins, je m’en suis sorti. J’ai fumé près de 32 ans. C’est exactement le 15 octobre 2003 que j’ai arrêté de fumer» confie M. Traoré. Malheureusement, cette longue période de consommation du tabac modifie le cours de sa vie aujourd’hui. Sa voix ne ressemble plus à celle d’être un être humain mais plutôt à une machine. Pour communiquer avec ses semblables, Khalil Traoré est obligé d’utiliser un électro-larynx, un dispositif spécialement conçu pour ces genres de patients. D’un coût global de 500 euro soit environ 327000 F CFA, Cet appareil se serre un peu du reste des cordes vocales qui vibrent lorsque le patient parle et les traduit en son audible. Aussi, il est impossible pour le soixantenaire de respirer par le nez, mais seulement par le biais de ce dispositif respiratoire installé au niveau de son cou. Si Khalil Traoré dit avoir commencé à fumer sous l’effet de la mode, le jeune Michel, quant à lui l’a appris avec son propre père. Ce jeune de la trentaine et diplômé en art plastique, à des parents fumeurs. «Je suis issu d'une famille de fumeur dont le papa aussi fumait. J'ai commencé à fumer depuis l'âge de 17 ans. Au début, je suivais par l'attraction, après c'est devenu de l'indépendance», confie-t-il. Par jour, il déclare fumer un paquet de cigarette quand il est au chômage, sinon, un demi-paquet. Son souhait le plus ardent est d’arrêter à fumer. «Je me bat jour et nuit pour arrêter la cigarette. Surtout avec les appositions des images sur les emballages de cigarette, ça fait peur...». Comme eux, ils sont nombreux au Burkina Faso à s’adonner à cette pratique qu’est la consommation du tabac malgré l’adoption de la loi CCLAT et la loi de novembre 2010 portant lutte contre le tabac au Burkina Faso sensée réduire le phénomène à sa plus simple expression. Selon les statistiques données par l’OMS en juillet 2019, la planète compte environ 1,1 milliards de fumeurs avec des conséquences graves. Selon la même source, le tabac tue plus de 8 millions de personnes dans le monde chaque année, dont plus de 7 millions dû au tabagisme direct et 1,2 million au tabagisme passif (qui est la fumée inhalée par les non-fumeurs). Selon l’Atlas OMS 2017, 4800 personnes meurent par an pour Burkina dû au tabagisme. Pour ce qui est de la prévalence de la consommation du tabac au pays des Hommes intègres, elle est de 19,8% chez les 25 à 64 ans. De cette même source, on assiste de plus en plus à une nouvelle menace qui est la consommation de la chicha dans notre pays. De l’avis Dr Georges Ouédraogo, la consommation du tabac peut entrainer des maladies entre autres cardiovasculaires (HTA, infarctus du myocarde, AVC, impuissance sexuelle) ORL et broncho pulmonaire (cancer de la langue, de la gorge, du poumon, bronchite chronique, emphysème pulmonaire...). Malgré ces graves conséquences connues et su, le tabac est accessible à tous au Burkina Faso. Il se vend comme de petit pain dans les grandes surfaces ou alimentations, dans les boutiques, auprès des vendeurs ambulants, dans les maquis et bars, boîte de nuit, bref, un peu partout. C’est un commerce juteux que les différents acteurs ne sont pas prêts à abandonner de sitôt. Fabricants, importateurs, distributaires, et grossistes, détaillants, chacun y va de son mieux pour entretenir ce commerce qui tue à petit feu la population burkinabè. Ce n’est pas le boutiquier Moussa Ouanga qui dira le contraire. Il révèle vendre en moyenne 15 paquets de cigarette par jour (donc 10500 FCFA par jour en raison de 35 FCFA le bâton). C’est la marque Hamilton qui est plus prisée selon lui. Lui-même étant un fumeur, le boutiquier entend pour des raisons personnelles arrêter la vente de cette marchandise qui selon lui nuit à la santé de ses clients.

Des actions de luttes

Afin de lutter contre ce fléau, des actions sont menées par l’Etat d’un côté et des acteurs non étatique de l’autre. Au niveau de l’Etat, des conventions internationales ont été ratifiées par le pays dont la dernière en date est la Convention-cadre sociale de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Les efforts consentis par le pays des Hommes intègres en respect de ces engagements, se sont traduits par l’adoption d’une loi en novembre 2010 portant lutte contre le tabac au Burkina Faso, LOI N° 040 -2010/AN PORTANT LUTTE CONTRE LE TABAC AU BURKINA FASO. JO N° 14 DU 07 AVRIL 2011. Et par la suite, les décrets et arrêtés d’application de cette loi. Au terme de ces dispositions, l’Etat devrait faire respecter par les industriels et les importateurs du tabac, principalement la Manufacture burkinabè des cigarettes (MABUCIG), l’inscription de messages sanitaires graphiques sur chaque paquet de cigarette afin d’informer tous les fumeurs des conséquences du tabac. Le pays des Hommes intègres devrait alors avoir depuis le 7 avril 2016, des messages de sensibilisation sur son paquet de cigarette tels que « Fumer provoque le cancer de la bouche», avec l’image répugnante d’une bouche gangrenée. Relevant quelques difficultés, la modification de cette loi est en cours actées par le Conseil des ministres du 06 juin dernier. Aussi, le Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) dispose depuis 2017 d’une unité de sevrage tabagique. Cette unité, selon son coordonnateur, Dr Georges Ouédraogo, est rattaché au service de pneumologie et a pour objectif principal d’aider les patients qui consomment le tabac à arrêter la consommation du tabac que ce soit du tabac chiqué ou fumé. Plus spécifiquement, précise-t-il, elle offre des consultations d’aide au sevrage tabagique. Cela passe par des conseils, l’examen du patient et sa prise en charge. «Nous dépistons aussi les maladies liées au tabagisme, contribuer à la formation du personnel de santé sur l’aide de sevrage au tabagique. Nous avons donc contribué auprès du ministère pour qu’il y ait un module de formation pour tous les niveaux d’agents en quelque sorte dans le système de santé, et il y a, nous avons aussi contribué à la rédaction de directive nationale sur le sevrage tabagique. Contribuer à la recherche scientifique (nous faisons des études, des publications sur le tabagisme au Burkina), et contribuer aux campagnes de sensibilisation, d’information sur le tabagisme», explique Dr Ouédraogo, par ailleurs maitre de conférences agrégé en pneumologie, tabacologue. Toujours pour le premier responsable de l’Unité en 2 ans, ladite unité a reçu 747 patients dont deux femmes avec des résultats forts encourageants. Et à la date du 05 mai 2019, confie Dr Ouédraogo, le taux de réussite était estimé à 20%.

Malgré toutes ces actions menées, le tabagisme, surtout celui des jeunes continue à prendre de l’ampleur. Dans le but d’accompagner les efforts du gouvernement, d’autres organisations non- étatiques ont vu le jour. Parmi elles, on peut citer l’Organisation non gouvernementale (ONG) ONG SAGLE TAABA qui existe depuis une vingtaine d’année. Parmi ses nombreuses activités, l’ONG Sagle Taaba selon son coordonnateur, Ousséni Touré mène des activités de sensibilisation afin de décourager les fumeurs. D’autres associations mènent les mêmes activités. En plus de l’ONG SAGLE TAABA, d’autres associations évoluent dans le même sens parmi lesquelles on peut citer l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA). Crée depuis 2001 par des étudiants en faculté de médecine, l’objectif principal de l’association selon son coordonnateur, Salif Nikiema est de faire baisser la prévalence liée à la consommation du tabac. En plus de faire la sensibilisation pour conscientiser les populations sur la dangerosité liée à la consommation du tabac de façon générale, ACONTA veille à la mise en application des lois et décrets signés par le gouvernement burkinabè. Grâce aux activités de plaidoyer et de lobbying, les acteurs ont réussi à faire voter des lois en leur faveur. Parmi elles, l’obligation pour les fabricants de mettre des images décourageantes sur les paquets de cigarettes. Même si sa mise en œuvre a été une lutte de longue haleine avec les fabricants qui ont vu d’un mauvais œil cette mesure, elle est appliquée aujourd’hui depuis le 1er juillet 2019. Et ce, bien que l’industrie du tabac ait commencé ses manœuvres dilatoires dans l’objectif de payer moins de taxes et donc de contourner la législation selon le président de ACONTA. Aujourd’hui, on rencontre des paquets de cigarette ou le consommateur est averti de la dangerosité de la consommation du tabac. Dans une conférence de presse organisée le 19 novembre 2019, le coordonnateur de ACONTA, Salif Nikiema a indiqué qu’à la date de la tenue de ladite conférence, il y a 80 à 85% du marché qui est couvert par ces avertissements sanitaires graphiques. Toujours selon lui,4 mois que ces avertissements sont mis en œuvre, certains importateurs continuent de commercialiser des produits de tabac ne comportant pas d’images sur les paquets de cigarettes. Il a également noté que dans le projet de loi des finances 2020, il est prévu l’augmentation de la taxe sur les produits du tabac. Cette augmentation de 50% vise à se conformer aux engagements pris par le burina Faso auprès de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) qui recommande un minimum de la taxe ad valorem de 50% et de la CEDEAO qui elle fixe également le plancher de la taxe ad valorem au même taux de 50%. Selon les statistiques données par l’association, l’augmentation des taxes de 35% à 45% qui a entraîné une augmentation des prix de 150 FCFA à 250 FCFA a permis au gouvernement d’engager plus de 24 milliards, soit un accroissement très sensible de recettes de plus de 6 milliards de 2017 à 2018, contrairement à environ 1 milliard de progression les autres années antérieures.

La CHICHA

Originaire du Moyen-Orient, la chicha est également appelée «narguilé», une pipe à eau dans laquelle on introduit un mélange de tabac et de mélasse spécialement conçu à cet effet. Il existe des tabacs de différents goûts, des plus classiques (pomme, banane, fraise, menthe…) aux plus originaux (cappuccino, cola...). Le principe de cet appareil est simple, la fumée du tabac passe par l’eau et est filtrée avant d’être aspirée par l’utilisateur grâce à un tuyau relié au narguilé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’augmentation du monoxyde de carbone expiré à la fin d'une chicha équivaut à celle observée lors de la consommation de 2 paquets de cigarettes. Un millilitre de fumée de la chicha contient plus d'un million de microparticules.

La fumée d'une chicha délivre autant de pollution au monoxyde de carbone (C0) que quinze (15) à cinquante-deux (52) cigarettes. Trente (30) à cinquante (50) bouffées de chicha inhalées sur une durée moyenne de 1 heure, équivaut à 2 paquets de cigarettes. Le taux de monoxyde de carbone inhalé dans la chicha est 7 fois supérieur que dans la fumée d'une cigarette.

Les risques encourus sont entrés autres, la dépendance, le cancer des voies respiratoires, les maladies cardio-vasculaires. La fumée de la chicha est en partie filtrée par l’eau, mais comme elle irrite moins la gorge, ils en aspirent davantage: une bouffée revient à̀ fumer une cigarette, et une session complète, deux paquets. Aussi, la chicha expose à d’autres incidences, car l’embout du narguilé n’étant pas changé à chaque utilisation peut provoquer la transmission de maladies dues à la stagnation de l’eau! Sans oublier une éventuelle transmission de virus – hépatite, herpès –, si le même embout circule de bouche en bouche.

Quelques articles de la loi de novembre 2010 portant lutte contre le tabac au Burkina Faso

Article 7 : Toute personne physique ou morale dont l’intérêt est lésé par les activités de l’industrie du tabac peut poursuivre celle-ci devant les juridictions compétentes.

Article 8 : L’Etat élabore des politiques et des programmes multisectoriels en vue de réduire l’usage, la consommation du tabac et des produits du tabac et d’informer la population sur les effets néfastes du tabac.Article 9 : L’Etat organise et coordonne la lutte contre le tabac au Burkina Faso.

A ce titre il met en place une structure nationale chargée de la coordination de la lutte contre le tabac au Burkina Faso.

Article 10 : L’Etat élabore et met en œuvre des stratégies pour promouvoir l’information, l’éducation, la communication, la formation et la sensibilisation des populations sur les méfaits du tabac et des produits du tabac.

Article 11 : L’Etat prend des dispositions pour fournir au public les informations relatives aux activités de l’industrie du tabac. Les conditions et les modalités d’informations du public sur les activités de l’industrie du tabac sont fixées par voie réglementaire.

Aïcha TRAORE





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