Le foncier sera la prochaine crise au Burkina Faso

08/01/2020
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Tant que la terre peut être vendue (très chère), tant qu’elle sera l’objet de spéculations financières, elle sera la cause de la toute prochaine crise au Burkina Faso. La preuve en est que malgré l’interdiction des lotissements dans certaines villes, des agences immobilières ont trouvé la parade, contournent cette interdiction et procède à des parcellements de terrains qu’elles revendent à qui veut. Certaines de ces agences (environ 230) ne sont même pas en règle vis-à-vis de la loi. Malgré tout, elles existent et travaillent dans le domaine du foncier. Faisant ainsi du faux. En clair, ce sont les plus riches qui s’accaparent ainsi des terres de propriétaires terriens qu’ils plongent ainsi dans la pauvreté, pour toujours. Que ce soit autour de Bobo-Dioulasso, de Ouagadougou ou dans d’autres villes secondaires, les agences immobilières prennent directement attache avec les propriétaires terriens, s’accaparent leurs terres, procèdent à des lotissements et vendent les parcelles.

Malheureusement, les pouvoirs publics semblent impuissants face à cette situation très préoccupante qui a pris de l’ampleur, même dans les zones rurales. Alors que si des solutions ne sont pas trouvées pour y mettre fin, cette situation pourrait constituer la prochaine grave crise que le Faso connaîtra. Ce n’est pas être un oiseau de mauvais augure que de le dire. On se rappelle que l’une des causes profondes de l’insurrection populaire d’octobre réside dans la gestion du foncier. Malheureusement (une fois de plus), le rapport de la commission d’enquête parlementaire produit sur le foncier n’a pas jusque-là pu être mis en œuvre. C’est aussi la preuve que la gestion du foncier est une équation très difficile à résoudre par les pouvoirs publics. Alors qu’en vérité, c’est à eux qu’il incombe d’assainir le milieu; de prendre des mesures pour sécuriser les propriétaires terriens de même que les acquéreurs de terrains dans des conditions normales.

Le rôle d’une agence immobilière n’est pas de procéder à des parcellements et de vendre des terrains nus. Mais, c’est de construire des logements décents et les mettre à la disposition de ceux qui sont dans le besoin. Il ne sert à rien de donner un terrain à quelqu’un sur lequel il ne pourra pas se bâtir un logement décent. Par contre, la loi dispose que chaque Burkinabè a droit à un logement décent. Par conséquent, il revient à l’Etat de faire en sorte que les Burkinabè aient des logements décents et non des parcelles que certains revendent d’ailleurs pour continuer de vivre dans des habitations précaires. Où l’accès aux services sociaux de base (éducation, eau, électricité, santé) n’est pas assuré.

Il faut donc repenser assez très rapidement la politique d’urbanisation au Burkina Faso. Tôt ou tard, il n’y aura plus de terres pour lotir et vendre. Mais le besoin en logement ne manquera pas. Qu’allons-nous faire? Ce sera une autre crise, celle du logement qui viendra s’ajouter à celle du foncier. Ne vaut-il pas mieux prévenir que de guérir?

Dabaoué Audrianne KANI



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