De Pau en France à Pô au Burkina, pourvu que plus rien ne soit comme avant

14/01/2020
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Les chefs d’Etat membres du G5 Sahel ont répondu hier lundi 13 janvier à la "convocation" à eux adressée par le président français Emmanuel Macron afin qu’ils «clarifient leurs positions» par rapport à la présence de l’armée française dans la lutte contre le terrorisme. Parce que, une certaine opinion anti-française s’est développée en Afrique, notamment dans les pays où sévit le terrorisme et qui réclame dans d’autres pays comme au Mali et au Burkina, le départ purement et simplement de l’armée française. Qu’elle accuse de ne pas jouer franc-jeu. En Afrique, on ne peut pas comprendre que l’armée française soit présente, avec d’énormes moyens militaires pendant que les terroristes tuent pratiquement chaque jour des soldats et des civils. A cette opinion, la France répond qu’elle n’est pas venue pour faire le combat contre le terrorisme à la place des armées africaines. D’ailleurs, c’est sur demande de nos pays qu’elle intervient. Autrement dit, tant qu’un pays ne requiert pas son intervention, elle ne va pas au front.

A Pau donc, les chefs d’Etat du G5 Sahel et Emmanuel Macron se sont parlé, sans doute franchement. Mais, en vérité, que va-t-il changer? C’est là toute la question.

Les cinq pays partis à Pau sont suffisamment infestés par le phénomène du terrorisme si bien que ce n’est pas les décisions d’un sommet qui pourront y mettre fin. Il va falloir retrousser davantage les manches, s’organiser véritablement sur le plan à la fois militaire et du développement harmonieux pour affronter le terrorisme. Ce qui ne se décrète pas et ne se réalise pas en un seul jour. Même si la France prenait aujourd’hui la décision de neutraliser dans les prochains jours les terroristes, ce serait un leurre car elle n’y pourra pas. L’exemple de Boko Haram au Nigeria et de l’Afghanistan sont là pour le démontrer. Même en Libye, on n’arrive pas à rétablir l’ordre depuis l’assassinat de Mouammar Kadhafi par les mêmes puissances occidentales. La lutte contre le terrorisme est beaucoup plus endogène que certains voudraient le faire croire. La solution ne peut venir du dehors.

C’est pourquoi, il faut saluer l’initiative souveraineté, dignité et paix du Comité international mémorial Thomas Sankara qui tenait à Pô au Burkina, un sommet des peuples africains sur la sécurité et la stabilité dans la région ouest-africaine. Cette rencontre qui a réuni des Organisations de la société civile et des partis politiques de l’Afrique de l’Ouest a clarifié la position des peuples africains. Il est évident qu’aucun pays au monde n’est suffisamment puissant pour se passer des autres. Mais, les relations entre les peuples doivent être repensées afin que chaque peuple ait son compte. C’est d’ailleurs la loi de la nature qui dit qu’on ne peut mobiliser quelqu’un que sur la base de ses intérêts. Si la France a des intérêts en Afrique, il est évident que sa présence doit profiter aux Africains. Malheureusement, pour une certaine opinion, cela ne semble pas être le cas. On espère qu’après Pau et Pô, les positions sont désormais suffisamment claires. Pour des intérêts partagés.

Dabaoué Audrianne KANI



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