Crise foncière, comme s’ils n’en ont plus peur

05/06/2020
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Tout le monde est unanime, la prochaine crise qui va secouer sérieusement et durablement le Burkina Faso, c’est bien la crise foncière. Malgré la sensibilité de la question et les craintes ou encore les menaces qui pèsent lourdement, certains n’en ont cure. C’est devenu comme s’ils n’en ont plus peur. A voir ces comportements souvent très incompréhensibles, on se demande si ces gens ne se disent pas: «advienne que pourra». Parce que certainement, après l’insurrection et les arrestations liées à la mauvaise gestion des lotissements, tout est redevenu normal. Mieux, les différentes enquêtes parlementaires ou indépendantes dans le domaine, suivies de recommandations et de propositions dorment dans les tiroirs. En clair, personne n’est inquiété. Et la prédation se poursuit: si elle n’est pire qu’avant.

Quelques mois avant l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, un ami me confiait, très inquiet, ceci. «La situation que nous vivons est comme si nous étions dans le ventre d’un éléphant. Où chacun coupe autant de viande qu’il peut. Malgré les mises en garde qu’il faut éviter de couper le cœur, on a l’impression que c’est ce cœur-là qui intéresse les plus voraces d’entre nous. Alors qu’ils savent pertinemment que s’ils coupent le cœur, le ventre va se refermer sur nous, car l’éléphant va mourir et tout le monde va perdre». La suite, on la connaît. Ils ont fini par couper le cœur de l’éléphant qui en est mort. Et tout le monde a perdu. Malheureusement, dans ce genre de situation, les grands perdants ne sont pas toujours ceux qui festoyaient dans le ventre de l’éléphant; encore moins ceux qui ont coupé le cœur. Mais, le bas peuple, la classe moyenne qui ne cherche que de quoi survivre.

En effet, il est inconcevable que dans les villes de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou où toutes les opérations de lotissement sont suspendues, il se trouve encore des personnes pour procéder à des opérations de retrait et de réattribution, de déclassement d’espaces administratifs ou verts, à des signatures de contrats avec des agences immobilières (qui ne font rien d’autre que du lotissement). Autant dire que les lotissements sont autorisés! Sinon, ce qui se passe actuellement à Bobo-Dioulasso par exemple, est pire que les opérations classiques de lotissement. Même dans certaines communes où ces opérations sont autorisées, les difficultés sont telles qu’il faut être très prudent.

La terre étant devenue par endroits le seul bien que possèdent certaines personnes autochtones, propriétaires terriens, personne ne veut la perdre sans contrepartie conséquente. Alors que ceux qui la veulent, sont tellement obnubilés qu’ils ne reculent devant rien. Réunissant ainsi tous les ingrédients de la prochaine crise sociale qui risque d’embraser à la fois les villes et les campagnes. Les campagnes parce que, là-bas aussi, les questions de terre sont très préoccupantes. Elles le sont d’autant plus que c’est de ces terres que tirent leurs subsistances les producteurs. Les leur retirer, d’une manière ou d’une autre, c’est les suicider. Alors que personne ne veut être suicidé.

Dabaoué Audrianne KANI

 



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