Présidentielle 2020, deux oppositions politiques pour rien

16/06/2020
00:00

Faut-il désormais conclure qu’il y a deux oppositions politiques au Burkina Faso? Certainement, car en plus de l’opposition affiliée au Chef de file de l’opposition politique (CFOP) dont le chef est Zéphirin Diabré, il existe l’Opposition non-alignée (ONA) dont le porte-parole est Abdoulaye Soma. A entendre les membres de cette dernière opposition, et comme leur appellation le dit, ils ne sont pas alignés. Ni au pouvoir, ni à l’opposition politique traditionnelle reconnue. Pour mieux marquer leur différence, des membres de cette dernière opposition ont, au cours d’une conférence de presse tenue le 2 juin dernier, signifié leur opposition à la tenue des élections présidentielle et législatives. Car pour eux, les conditions sécuritaires pour une participation inclusive des populations sur l’ensemble du territoire national ne sont pas remplies. Alors que la majorité présidentielle, l’opposition traditionnelle, des Organisations de la société civile, sont tous unanimes qu’il faut tenir les élections à bonne date. Parce que, si d’aventure ce n’est pas le cas, on se retrouvera dans une impasse institutionnelle. Car, le président en poste perdra toute sa légitimité et sa légalité avec. Autrement, on assistera à une forme de transition politique impliquant la formation d’un gouvernement d’union nationale et de fait, le partage du pouvoir entre l’opposition et la majorité.

Si l’objectif de l’ONA est d’amener le pouvoir à ne pas organiser les élections et à conduire le pouvoir dans un vide constitutionnel, ça ne semble pas cohérent. Dans la mesure où le combat de tout parti politique est d’aller aux urnes, là où on conquiert légitimement le pouvoir. En outre, l’ONA devrait mettre la pression sur le pouvoir afin que celui-ci règle la question de la sécurité et permette ainsi la tenue du scrutin sur toute l’étendue du territoire. A moins que l’objectif ne soit aussi de pousser le pouvoir à l’erreur afin de pouvoir participer à un quelconque gouvernement au cas où. Tout cela ne semble pas également cohérent.

Par ailleurs, en décidant de ne pas se reconnaître dans l’opposition politique traditionnelle (CFOP) et ce à l’orée de la présidentielle et des législatives, les partis membres de l’ONA ferment sans doute la porte à toute alliance avec celle-ci. Même si l’ONA veut se donner une ligne de conduite différente de ce qu’il a toujours été donné de voir sur le terrain en terme d’opposition politique, celle-ci pourrait contribuer à lézarder davantage le paysage politique national. Déjà très suffisamment difficile à distinguer au regard du nombre de partis politiques et des idéologies aussi insaisissables les unes que les autres.

Du reste, quelle sera la position de l’ONA en cas de deuxième tour, elle qui n’est ni de l’opposition classique, ni de la majorité? Certainement que sa position actuelle tient compte de tout cela. Avec l’un ou l’autre camp, elle pourra marchander et vendre politiquement très chère son adhésion. C’est ça aussi la politique! Seulement, le contexte voudrait que l’opposition tout entière ait un minimum de points d’accord. En attendant.

Dabaoué Audrianne KANI



22
Partager sur Facebook

B Commentaires - Soyez le premier à commenter -

Recherche

Derniers articles

Report des législatives en 2021 : politiquement critiquable, légalement fondé

'C'est une forfaiture' ! Le député Moussa Zerbo de l'UPC qui n'a pas pris part au huis clos sur le rapport de la mission parlementaire portant report d...

09/07/2020

Lotissement à Bama, Monsieur le ministre prenez vos responsabilités !

A Bama, localité située à une trentaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, les marches et les contre-marches se succèdent les unes pour le lotissement, l...

08/07/2020

Front social, les simples menaces d’Abdoulaye Mossé !

Le danger pour un pouvoir en place, c'est de descendre dans la rue avec les opposants politiques ou les organisations syndicales. Pour manifester ou co...

07/07/2020

Portrait

Conseil des ministres

Vidéos





23:09:56