Docteur Harouna Doro : « L’UNIR/PS a trahit l’idéal sankariste et trahit le peuple burkinabè»

19/06/2020
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Dans une interview parue dans notre édition n°5262 du 07 juin 2020, Maitre Bénéwendé Stanislas Sankara, président de L’union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS) est revenu sur la démission du Docteur Harouna Doro et les raisons qui ont motivé les décisions prises par le parti. Pour donner sa part de vérité sur sa démission, le désormais ex-militant de l’UNIR/PS nous a accordé à son tour (à sa demande) l’entretien ci-après.


 

Vous êtes l'un des démissionnaires de votre ancienne formation politique, l'UNIR/PS dirigé par Me Sankara. Quelles sont les motivations profondes qui vous ont déterminé à quitter le parti ? Aviez-vous un problème particulier avec vos désormais anciens camarades ?

Je vous remercie pour cette deuxième opportunité que vous m’offrez de m’exprimer cette fois-ci pour donner plus d’éclaircissements à propos de ma démission. Je ne suis pas célèbre, je suis juste un militant qui a décidé de partir pour multiples raisons. Moi, je dirai tout de suite que quand on est sankariste, on doit défendre et dire la vérité. On ne peut prétendre se battre pour la justice sociale tous les jours et être en même temps l’incarnation de l’injustice envers les autres. J’ai passé environ 20 ans dans l’UNIR/PS. Si j’ai décidé de démissionner c’est lié à plusieurs raisons.Premièrement, j’estime que l’UNIR/PS est tout aujourd’hui sauf un parti sankariste. C’est un parti qui a trahit l’idéal sankariste et trahit le peuple burkinabè dans sa volonté d’être gouverné autrement après l’insurrection populaire d’octobre 2014. Ensuite, par la complicité de Maître Sankara, le ministre Nestor Batio Bassière sème le désordre à Bobo, méprisant les gens surtout ceux qui ont un certain niveau d’instruction. L’UNIR/PS ne va pas du tout bien à Bobo comme le laisse entendre Maître Sankara et le problème de l’UNIR/PS à Bobo a un seul nom, c’est le ministre Nestor Batio Bassière. Avant moi, il a torpillé beaucoup de gens; les obligeant tous à démissionner. Je pourrai citer entre autres les camarades Youssouf Sankara, Yacouba Sankara, Amidou Sawadogo, Idrissa Bani, Samadou Coulibaly.

 

Me Sankara s'est plus ou moins longuement expliqué sur la question de votre départ du parti. Que répondez-vous à la lecture de ses réponses ?

Quand j’ai lu l’interview de Maître Sankara dans votre journal numéro 5262 du 07 juin 2020, j’ai compris que j’ai eu raison de partir. En effet, il ne raconte que des contrevérités et c’est très grave de la part d’un homme de son rang. Je n’ai pas pris partie pour le camarade Siaka Barro. J’ai pris partie pour ce que je crois être la vérité en toute âme et conscience car moi je vis à Bobo ici, je vois bien ce qui se passe. C’est bien le président du parti qui a envoyé le coordonnateur en mission à Bobo sachant tout du contexte difficile. Non content de le soutenir, il le vilipende. Ce n’est pas moi qui l’ai nommé. Je le dis et redis le camarade Barro n’a jamais, au grand jamais, mis en place une structure parallèle. C’est un gros mensonge de le dire.

Peut-on parler de rupture profonde ou de séparation définitive ? Ou bien un éventuel retour au bercail est-il possible avec le temps ?

C’est une rupture définitive. Je suis déçu de la direction prise par l’UNIR/PS, un parti supposé sankariste et encore plus déçu de la gestion du parti. Je ne pouvais pas être complice d’une telle imposture. D’ailleurs, je vais me joindre à d’autres camarades qui avaient aussi démissionné de l’UNIR/PS pour poursuivre le combat.

 

Comment expliquez-vous toutes ces démissions du parti dans les Hauts-Bassins et particulièrement à Bobo ?

C’est la dictature du ministre Nestor Batio Bassière et sa politique d’exclusion, aidé en cela par la complicité de maitre Sankara qui expliquent cela. Quand le camarade Samadou Coulibaly, ancien coordonnateur régional démissionnait de l’UNIR/PS, il disait craindre pour sa vie. Le camarade Siaka Barro, dans le souci de renforcer les bases du parti, a instruit certains camarades pour lui faire une analyse situationnelle sur l’état du parti dans la région des Hauts-Bassins. Etant donné que j’étais commissaire politique du parti et résidant à Bobo, il m’a confié ce travail. La situation du parti était caractérisée par un départ progressif de nos militants surtout nos cadres, une frustration de plus en plus grande des populations qui ne se sentaient utiles qu’à l’approche des échéances électorales depuis 15 ans, et l’UNIR/PS était en décadence totale à Bobo évoluant en vase-clos si bien que le parti était taillé juste à la mesure de Nestor Batio Bassière. Il acceptait ceux qu’il voulait et refoulait ceux en qui il voyait une menace pour ses ambitions; et pourtant un parti politique est censé être pour tous. Ainsi, pour amener le parti à un cap supérieur, nous avons planifié d’énormes activités dont le recrutement massif de cadres et de militants de tout bord, l’acquisition et l’équipement d’un siège digne de nos ambitions pour la région. C’est cela qui n’a pas du tout plu au ministre Nestor Batio Bassière. Pour la question du siège de la coordination régionale des Hauts-Bassins, ce sont des dignes fils, militants de Bobo-Dioulasso, qui n’ont jamais été ni député ni ministre au nom de l’UNIR/PS, qui ont financé l’ensemble du projet pour la simple raison que la deuxième ville du Burkina mérite un siège visible, respectable et attrayant. D’ailleurs, c’est le ministre Nestor Batio Bassière qui avait été désigné pour parrainer la cérémonie officielle d’ouverture qui fut, de mémoire d’homme, un succès inédit. Il a simplement boycotté cette cérémonie et n’est pas venu. Pire, il est encore reparti à Ouagadougou et a demandé l’exclusion du camarade Siaka Barro et continue à demander la fermeture du siège régional qui est nettement plus joli, mieux placé et plus respectable que le siège fédéral. Ce qui ne peut que renforcer la confiance des populations envers le parti. Je dis et je redis, un parti politique ne saurait se résumer à une seule personne tout le temps à Bobo. N’importe quel parti qui va avoir comme méthode de travail l’exclusion est amené à disparaitre. D’ailleurs, Maître Sankara a finalement remplacé Siaka Barro par le même Bassière le 16 juin 2020.

 

Il y a eu plusieurs fois des bagarres au siège de votre parti à Bobo. Qu'est ce qui oppose en réalité les militants ? Maitre Sankara a parlé de camps.

Les agressions sont organisées par le ministre Nestor Batio Bassière par l’intermédiaire du député Badiara Michel pour terroriser et chasser les gens qui gênent. La plupart du temps, c’est contre des militants instruits ou indépendants, financièrement. Cela fait partie de leur sale stratégie du contrôle du parti à Bobo. Quand on est entouré par des gens vulnérables, qui sont dans le besoin permanent, c’est bien plus facile de demeurer le seul chef et faire sa loi. Ce qui étonne dans tout cela même, c’est quand Maître Sankara est mis au courant des agressions, il ne fait rien. Il y a de cela un an, le camarade coordonnateur a réuni les gens au siège de la fédération provinciale pour une rencontre de concertation pour la mise en place du bureau régional provisoire. Le ministre Nestor Batio Bassière à travers le député Badiara, toujours, a encore une fois de plus envoyé ses valets locaux agresser les militants et vandaliser le siège. J’ai personnellement adressé un rapport au secrétariat exécutif mais rien n’a été fait. Ce n’est pas la première fois qu’ils agressent des militants de la sorte. La crise à l’UNIR/PS Bobo s’est exacerbée surtout après le congrès de 2017 lorsque le camarade Samadou Coulibaly ministre de l’Education nationale pendant la transition fut désigné coordonnateur régional des Hauts-Bassins. Aussitôt le ministre Nestor Batio Bassière a instruit le député Badiara, un agent itinérant de la santé qu’il manipule à souhait, qui a monté les militants par des SMS afin d’empêcher l’installation de Samadou Coulibaly qui, entretemps a été tellement torpillé qu’il craignait pour sa vie. Il n’a eu d’autre choix que de démissionner. Est-ce qu’il existe dans le monde un parti politique dont les textes soutiennent des agressions? Et pourtant, lui, Maître Sankara soutient le ministre Nestor Batio Bassière depuis des années dans du faux. Combien de fois est-il venu à Bobo pour le soutenir contre la furie des militants qui étaient révoltés par le fait qu’à chaque fois élu le ministre Nestor Batio Bassière disparaissait pour ne réapparaître qu’à l’approche des échéances électorales ? Je veux bien savoir ce qui amène Maître Sankara à soutenir le ministre Nestor Batio Bassière coûte-que-coûte, même dans l’injustice.

 

À part les raisons évoquées de part et d'autre, êtes-vous toujours dans la même conception ou vision politique ?

Pas du tout! Moi, j’estime que quand on fait la politique c’est pour la société d’abord. Qui parle de Sankarisme parle de gouvernance vertueuse et la défense de l’intérêt du peuple. Si quelqu’un soutient que le pouvoir MPP actuel défend l’idéal sankariste, est-ce que si on est vraiment sankariste, on peut être d’accord avec la personne?

Après ma démission, c’est quand le coordonnateur régional est allé faire un don de matériel biomédical d’une grande importance à la maternité Guimbi Ouattara qui a vu naitre des milliers de nos frères et sœurs à Boboque le ministre Nestor Batio Bassière s’est levé pour aller faire lui aussi un don de matériel au Centre médical avec antenne chirurgicale de Dô. Et pire, il en a fait un problème au point que cela soit ressorti dans le journal Libération numéro 563 du 15 mai 2020 dans sa rubrique politique. En quoi offrir du matériel de travail à une maternité peut-il être un problème pour quelqu’un qui pense grand ?

 

Quel regard portez-vous sur la configuration actuelle de la vie politique nationale en termes d'opposition et de mouvance présidentielle, d'alliances circonstancielles, etc.

En ce qui me concerne, je crois que la participation de l’UNIR/PS à la mouvance présidentielle fut un échec. Le bilan des deux ministres de l’UNIR/PS est tellement mitigé. On s’attendait à une touche sankariste dans leur gestion mais, même les ministres MPP ont semblé par moment plus sankaristes que ces deux. On attendait beaucoup plus d’eux surtout si nous savons les raisons qui ont amené les Burkinabè à mener l’insurrection populaire. L’UNIR/PS a simplement raté l’occasion de montrer à la jeunesse ce qu’est un parti sankariste. Quant à l’opposition, les uns et les autres gagneraient à mettre leurs égos de côté pour privilégier l’intérêt du peuple car elle a tous les arguments pour remporter la victoire. Toute alliance doit se construire autour de l’intérêt du peuple. Notre génération a la responsabilité de faire la politique autrement, à savoir la politique utile à la société mais pas destructrice de la société.Nous devons mener une politique utile aux populations car ce sont leurs seuls intérêts qui caractérisent l’essence de la politique. Evitons la politique politicienne égoïste, caractérisée par des intrigues et des coups-bas. Travaillons main dans la main pour construire une société juste et prospère.

Sibiri SANOU

Séri Aymard BOGNINI

 



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