Femmes entrepreneurs : Le défi du financement à relever

29/04/2014
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Le 8 mars 2014, Journée internationale de la femme a été célébrée dans notre pays sous le thème: «Entreprenariat féminin, problématique du financement des activités économiques des femmes au Burkina Faso». Par ce thème, le ministère en charge de la Promotion de la femme et du Genre (MPFG), entend s'attaquer aux entraves du financement des activités rémunératrices des femmes. Quelles sont ces entraves? Nous avons voulu en savoir plus.

 

Dans tous les pays du monde, les petites et moyennes entreprises occupent de plus en plus une place de choix dans le paysage économique. La femme est de mieux en mieux entreprenante. Elle n'a plus envie d'être toujours dépendante. Elle veut prendre son destin en main. Dans ce combat, elle est prête à relever tous les défis même si plusieurs obstacles se dressent sur son chemin. Ainsi, la création d'une entreprise est un parcours du combattant. Le taux d'entreprises nouvellement créées est en général très élevé, mais bon nombre de ces entreprises font généralement long feu. En France par exemple, selon les statistiques; le taux de faillite des entreprises qui se créent chaque année atteint 30% dès la première année, 50% au cours des deux premières années, 65% pour les trois premières années et 75% pour les quatre premières années. Que dire du Burkina Faso où les conditions de création sont encore plus difficiles et contraignantes?

Le financement, un obstacle majeur à la croissance des PME

Au cœur du tissu économique, les PME restent les parents pauvres du financement. Salamata Kéré, couturière à Ouagadougou, explique les difficultés rencontrées lors de sa demande de crédit en ces termes: «J'ai bénéficié de l'aide du fond d'appui aux initiatives des jeunes (FAIJ) pour l'achat de mon matériel. J'ai postulé au moment où les responsables de la structure ont lancé la réception des dossiers de candidatures. Dieu voulant, mon dossier à été retenu. Après la phase de recrutement, a suivi la phase de formation et de montage de dossier pour l'obtention du prêt. Au début, je voulais un crédit de 1.000.000fcfa. Ils m'ont fait savoir que ce n'était pas possible. J'ai malgré tout soumis mon dossier pour financement et enfin de compte c'est environ 12 mois après que Jai obtenu la somme de 500.000fcfa remboursable en trois ans. Elle a continué en expliquant qu'avec ce financement, elle n'a pu acheter seulement qu'une machine à broder et deux mannequins. Pour elle, la difficulté, c'est le délai trop long pour l'obtention du prêt et trop court pour leremboursement. Aussi, le crédit est insuffisant car le montant ne couvre pas tous les besoins. J'ai été obligée de présenter un «mentor» pour servir de garantie en cas de difficulté de remboursement de ma dette. Ce programme mis en place par l'Etat est une bonne initiative. Mais la majorité des femmes préfèrent recourir à la tontine et à la collecte d'argent appelé couramment Coris d'or qui est un moyen plus facile d'économiser afin de se passer des crédits bancaires car la banque ne pardonne pas». Et comme madame Kéré, elles sont nombreusesà postuler pour un crédit afin de pourvoir s'installer à leur propre compte. Mais combien sont élues? Lasse d'attente, certaines finissent par abandonner.

 C'est bon, mais peut mieux faire

Les pouvoirs publics ont beaucoup fait pour l'amélioration du climat des affaires au Burkina. Mais force est de constater que malgré l'effort du gouvernement, l'accessibilité au crédit reste toujours une problématique à résoudre surtout pour la femme. Les structures de micro-finance existent, mais les conditions d'accès au financement sont très difficiles. La mise en place de structures de méso-finance s'avère nécessaire. En effet, il existe déjà la macro-finance qui regroupe les banques et la micro-finance. La méso-finance va permettre de mettre à la disposition des femmes les ressources nécessaires pour leurs activités. La mise en place de fonds de garantie spécialisé serait idéale. Il faut aussi octroyer des crédits à long terme 5 à 10 ans. 

La Direction générale de Finances publiques peut mettre à la disposition des entreprises en difficultés de retard de paiement de leurs obligations fiscales et sociales, un guichet unique qui propose des plans de règlement de créances adaptés à la situation de chaque entreprise. Aussi, aider les chefs d'entreprises à trouver des solutions adaptées aux problèmes de financement auprès des banques. Aux institutions bancaires d'alléger la tâche des chefs d'entreprise par la réduction du taux de remboursement et la condition de la garantie qui souvent empêche la bonne marche des activités. Créer des filiales pour éviter la disparité des structures bancaires. Il faut que les chefs d'entreprises jouent leur rôle à savoir consentir les efforts pour éviter un éventuel déclin. Il y a donc nécessité pour l'entrepreneur de se former constamment afin de se mettre au même niveau de croissance de l'entreprise. «On dit souvent qu'une entreprise n'est jamais plus forte que celui qui la dirige.». Passer d'une petite entreprise à une grande entreprise demande un développement du potentiel entrepreneurial.

Les femmes entrepreneurs ont soumis leurs doléances au président du Faso Blaise Compaoré qui dit faire de son mieux pour qu'elles accèdent au financement des institutions bancaires. Coris Bank à été reconnu comme la banque qui finance mieux les PME le 20 décembre 2013 à Ouagadougou lors des trophées des Banques et Etablissements financiers. La caissed'épargne et de crédit Nabonswendé comme la meilleure institution de micro-finance. La Banque africaine de développement (BAD) a baissé le tauxd'intérêt de 18% à 15% pour améliorer le climat des affaires à partir du 1er janvier 2014.

Les structures de financement des PME: l'exemple du FAIJ

Pour Jean Christophe Bouda, chef de crédit du FAIJ (Fonds d'appui aux initiatives des jeunes), 30% des financements sont réservés uniquement aux femmes afin de répondre aux sollicitations des sans garanties au sein de la structure. En effet, la garantie constitue un blocus à la demande de crédit. Le FAIJ, en lieu et place de la garantie demande un mentor ou un parrain ayant au moins 40 ans et de bonne moralité qui influence positivement sur le filleul et l'amène à bien travailler. Le mentor ou le parrain n'endosse pas l'insolvabilité du filleul. Au cours de l'année 2013, avance-t-il, nous avons financé environ 1.162 femmes et créé environ 2000 emplois. Le montant du financement va de200.000 à 2.000.000 de FCFA en fonction du projet pour éviter le surendettement, parfois nous pouvons aller jusqu'a 5.000.000 pour les associations. Le taux d'intérêt varie de 2 à 4%, (2% pour les handicapés, 3,5% pour la gente féminine et 4% pour les hommes). Le délai de remboursement est de 36 mois soit 3ans. Nous finançons les projets pertinents après toutes les étapes d'étude des projets. Les demandeurs de crédit doivent avoir un âge compris entre 15 et 35ans et ayant un niveau de la classe de 3e. En plus du financement, nous renforçons les compétences des bénéficiaires par des formations en gestion séparée pour assurer leur réussite.

Jean Christophe Bouda fait remarquer une réticence chez les femmes. Une situation due aux pesanteurs  de la société, le manque de qualification et d'expérience, l'absence de patrimoine, la peur de prendre des risques…

Pour l'année 2014, le FAIJ qui a vu le jour le 25 mai 2007 à la demande des jeunes lors du forum national des jeunes de 2005, envisage poursuivre l'initiative de la formation en langue nationale et ouvre grandement leurs portes pour ceux qui veulent des crédits.

En sommes, être entrepreneur dans notre pays reste un grand défi à relever. Malgré les efforts consentis par le gouvernement, les fonds déboursés pour aider les femmes resteront dans les caisses si rien n'est fait pour faciliter leurs utilisations. Pour se faire, il appartient à chaque partie de jouer sa partition pour que l'accès au crédit soit une réalité au Burkina Faso. 

Marthe TAOKO


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