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Mariage d’enfants au Burkina Faso : Halte aux destins brisés

30/07/2018
00:00

«Ensemble disons non au mariage d’enfants». C’est dans cette optique que la Coalition nationale contre le mariage d’enfants au Burkina Faso (CONAMEB) ayant pour but de porter haute une voix collective au plan national et international pour mettre fin au mariage d’enfants, a initié une caravane de presse les 23, 24 et 25 juillet 2018 à Ouahigouya, capitale de la région du Nord. Cette caravane qui avait pour objectif de produire des articles de sensibilisation et d’interpellation sur la problématique du mariage d’enfant a tenu toutes ses promesses.

 

Dans le contexte burkinabè actuel, le mariage est l’union libre et consciente entre un homme (20 ans au moins) et une femme (17 ans au moins) célébré devant l’officier de l’état civil. Il est considéré comme un jour de fête et une étape importante de la vie. Malheureusement il arrive que la pratique du mariage précoce n’offre nulle raison de se réjouir. En effet, imposer un partenaire conjugal à un enfant signifie mettre un terme à son enfance et compromettre ses droits fondamentaux. «J’étais élève en classe de 4ème et pendant les vacances mes parents ont décidé de me donner en mariage. Je leur ai demandé de me laisser poursuivre mes études. Ils ont refusé. Et sans aucune solution, je me suis rendu à l’Action sociale de Gourcy. Et après à Ouahigouya. Là, j’ai été informé que ma mère a été répudiée de la cour familiale avec pour condition de me ramener, avant de réintégrer la famille. A Ouahigouya, j’ai trouvé refuge au centre de transit (SEYO) de l’Association des jeunes pour le bien-être familial (AJBF). L’homme en question, je ne le connais même pas et j’ignore son âge. J’ai 17 ans et grâce au centre que je remercie infiniment, j’ai repris mes études et j’ai eu mon BEPC. Je compte poursuivre mes études et retourner un jour au village comme le souhaite aujourd’hui mon père. Mon rêve est de devenir enseignante afin de partager mes connaissances et expériences pour lutter contre les injustices à l’endroit des filles. » a précisé Adjira Sawadogo. Et Salamata Belem du même centre de préciser: «J’ai 17 ans et je suis de Tibtenga, village de la commune de Ouahigouya. J’ai cessé les études en classe de CE1 et je vendais des jus de fruit. Je suis dans ce centre parce que mon père voulait me donner en mariage. C’est à travers mes copines que j’ai été informée. Pourtant, j’avais déjà présenté mon copain à mes parents. Révoltée, j’ai pris la route de Ouahigouya. Je suis dans ce centre depuis deux mois. Mon souhait est que ma mère, qui a été répudiée juste après mon départ, réintègre le domicile familial. Et que mon père me pardonne». Tels sont les récits de deux victimes du centre de l’association des jeunes pour le bien-être familial (AJBF) de Ouahigouya, collectés par les journalistes lors de la caravane de presse sur le mariage d’enfants, initiée par la Coalition nationale contre le mariage d’enfants au Burkina Faso (CONAMEB). Aussi, des entretiens sont programmés avec d’autres sources à savoir: des autorités administratives, politiques, coutumières et religieuses, des responsables de forces de sécurité et d’organisation de la société civile. En rappel, le mariage d’enfants est et demeure un problème mondial. Au Burkina Faso, le phénomène est plus criard. En effet, 10% des femmes ont été mariées avant l’âge de 15 ans et 52% des femmes (soit 1 femme sur 2) avant l’âge de 18 ans. Il ressort ainsi que les causes sont sociales, économiques et sociales, afin de renforcer des liens d’amitié, récompenser un bienfait, maintenir le rang social, et combattre le mauvais comportement des filles. Ignorant ainsi les textes et lois en vigueur. Et ceux économiques, car rembourser une dette, ou conserver les biens d’un défunt, ne doit pas profiter à la cupidité des parents. Le mariage précoce peut avoir par ailleurs des impacts négatifs aux plans physique, psychologique, sanitaire, familial et social. Il s’agit entre autres, des cas de viols, de rapports sexuels douloureux, de traumatismes, manque d’affection, désespoir, hypertension artérielle, infection d’organes, grossesses à risques, IST Sida, empoisonnement, suicide, haine, adultère, répudiation, relâchement des liens intrafamiliaux, abandon scolaire, bannissements et délinquances…

Le mariage d’enfants est d’actualité dans la région du Nord

Au cours de la caravane de presse, tous les acteurs de la chaine de ce phénomène ont reconnu l’existence du mariage d’enfants dans la région du Nord. Pour le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouahigouya, Simon Benebo Gnanou, c’est un phénomène récurrent et «quand nous sommes informés, nous donnons des instructions aux forces de sécurité de voir dans quelle mesure cela peut être résolu à l’amiable». Et le Secrétaire général de la province du Yatenga, Souleymane Nakanambo de confirmer: «le phénomène existe dans la province parce qu’il y a des cas qui nous ont été signalés. Et avec le ministère de l’Action sociale, nous essayons d’entrer en contact avec les parents et les prétendus maris pour privilégier la négociation. A l’issue de la négociation si certains sont réticents, nous les orientons vers la police, la gendarmerie et la justice». «Nos services sont confrontés à ce phénomène de mariage d’enfants. Il y a des cas enregistrés dans nos différentes brigades. Ce sont souvent des cas d’enlèvements d’abord, dans l’optique de régulariser les règles de la coutume par la suite» a renchéri le capitaine Modeste Gyengani, commandant du groupement de gendarmerie du département de Ouahigouya. A travers les formations sanitaires de la région du Nord, il y a plusieurs patientes qui sont reçues. Et, selon le directeur régional de la santé du Nord, Amado Traoré: «il y a des patientes de moins de 18 ans qui ont demandé soit pour accoucher, soit pour des suivis de la grossesse ou pour des avortements dans des cas de VIH».

Quelques statistiques

Le tribunal de grande instance de Ouahigouya, au cours de l’année judiciaire, a enregistré 10 enrôlés pour des cas d’enlèvements de jeunes filles pour leur imposer le mariage. La gendarmerie a enregistré au total 21 cas pour l’ensemble de la région du Nord en 2017. Et à la date du 30 juin 2018, elle a enregistré 12 cas. L’âge des victimes varie entre 13 et 16 ans. Pour le chef de service de l’Action sociale de la commune de Ouahigouya, Karim Ouédraogo, en 2015, la province du Loroum a enregistré 20 cas de mariages forcés et 5 cas de mariages d’enfants; le Passoré, 20 cas de mariages forcés et 5 cas de mariages d’enfants; le Yatenga 18 cas de mariages forcés et 11 de mariages d’enfants et le Zandoma, 43 cas de mariages forcés et 9 de mariages d’enfants. Ces mariages concernent seulement les filles. Au niveau de la direction régionale de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille du Nord 273 cas ont été enregistrés en 2017 pour toute la région.

Venir à bout de phénomène récurrent

Pour mettre un terme à ce phénomène, Salimata Ouédraogo, chef de service de l’Education en matière de population et de citoyenneté (EMPC) du ministère de l’Enseignement supérieur a relevé qu’il s’agit surtout de «mener des actions de communication à savoir, les actions de sensibilisation à l’endroit des parents, qui dans certaines mesures, méconnaissent même les droits des enfants». Les filles victimes du mariage d’enfants viennent généralement des villages environnant de la ville de Ouahigouya. Pour le commissaire central adjoint de Police, Abdoul Rasmané Ganam, commissaire de police, «les victimes sont généralement des orphelines de l’un ou des deux parents. Et la fille est confiée à une tante et à un oncle mais le suivi n’est pas ce qu’il faut». Le phénomène est puni par la loi et il faut renforcer la sensibilisation des parents et les filles. «Les filles doivent bien travailler à l’école et éviter les grossesses non désirées qui amènent souvent les parents à les donner en mariage» a précisé Azéta Ouédraogo, directrice régionale de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille du Nord. Le mariage d’enfants handicape l’avenir et le bien-être des victimes. «C’est une lutte de longue haleine. La solution idoine est de privilégier la sensibilisation, et la formation, avant la répression» estiment les communautés religieuses et coutumières. En résumé, la tendance de ce phénomène est à la baisse surtout au niveau urbain et mais persiste toujours en milieu rural. A ce niveau, Ibaranté Momo de la Coalition nationale contre le mariage d’enfants au Burkina Faso (CONAMEB) pense qu’il faut «renforcer les efforts afin de vaincre ce phénomène». En rappel, l’objectif de cette coalition est de mettre un terme au mariage d’enfants au Burkina Faso. A Ouahigouya, le centre transit de l’Association des jeunes pour le bien-être familial (AJBF) accueille des enfants victimes de maltraitances, de mariages d’enfants, de trafics et de viols. Cette structure associative qui œuvre inlassablement pour le bien-être familial, mérite une attention particulière. La responsable du centre, Mariam Ouédraogo, lance un appel aux bonnes volontés pour l’accompagnement et la prise en charge des victimes.

Jules TIENDREBEOGO



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