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Soudan : Triste fin pour El Béchir

12/04/2019
00:00

Après trois décennies (29 ans, 9 mois et 12 jours), c'en est fini du pouvoir d'Omar el-Béchir au Soudan. Une révolution, née de la fureur de voir le prix du pain tripler le 19 décembre 2019, par la volonté de l'exécutif, a eu raison de l'autocrate et de son gouvernement.

Quatre mois d’un mouvement populaire d’une ampleur inédite a suffit pour mettre fin au régime autocrate d’Omar el-Béchir au Soudan. A 75 ans, celui qui a dirigé d’une main de fer ce pays de l’Afrique du nord, a été destitué par l’armée. Le ministre de la défense, a pris la parole, en direct sur la chaîne Arabiya, pour l’annoncer, le jeudi 11 avril 2019, à la mi-journée. Il a également annoncé l’arrestation du désormais ex-président soudanais et la mise en place d’un Conseil de transition militaire pour deux ans. Il a par ailleurs dévoilé une série de mesures d’urgence, parmi lesquelles la suspension de la constitution et la fermeture des aéroports. Le directeur des services de renseignement, le chef du parti au pouvoir, l'ancien vice-président, et des ministres ont été arrêtés par des militaires. Omar el-Béchir est né le 1erjanvier 1944 à Hosh Bonnaga, un village du Soudan. Militaire de formation, il combat aux côtés des Egyptiens durant la guerre du Kippour en 1973. Devenu colonel, il renverse le pouvoir en place d’Ahmed al-Mirghani en 1989, fait interdire tous les partis et instaure un nouveau code légal islamique. Il s'autoproclame président de la République en 1993, avant de se faire élire en 1996 puis en 2010. Il est sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale, pour génocide, crimes contre l’humanité et crime de guerre durant la guerre du Darfour. Le conflit a fait environ 300 000 morts selon l’ONU. Son régime est confronté à partir de décembre 2018 au plus important mouvement de protestation de l’histoire récente du pays. Le soulèvement se forme dans les villes de l’extrême nord du pays, en particulier autour d'Atbara, agglomération ouvrière et fief du syndicalisme soudanais. L’étincelle de la contestation a été la décision du gouvernement, le 19décembre 2019, de tripler le prix du pain, qui a rendu encore plus difficile le quotidien des Soudanais dans un pays plongé dans une profonde crise économique depuis plusieurs années. Les «émeutes du pain» se sont transformées progressivement en manifestations contre le régime. Depuis le samedi 6 avril2019, une foule déterminée de Soudanais défie chaque jour le régime et réclame la démission du président. C’est donc une nouvelle page de l’histoire qui est entrain de s’écrire dans ce pays du Maghreb. Pour la première fois depuis 1989, les Soudanais se réveillent sans Omar el-Béchir au pouvoir. Mais sa destitution va t- elle amener véritablement la paix au Soudan? Vas t- elle également permettre au pays de faire face à la grave crise économique dans laquelle elle se trouve plongée depuis plusieurs années? Pour l’heure rien n’est encore sûr,puisque c’est un homme au cœur de l’ancien pouvoir, qui dirige aujourd’hui le Soudan post-insurrectionnel. Le ministre de la défense à la tête de la transition, c’est un peu comme on prend les mêmes et on recommence. Pis, une période transitoire de deux années, c’est assez de temps pour préparer un autre Omar el-Béchir. Il serait encore mieux pour les Soudanais d’élire au plus vite un nouveau président pour rentrer une fois pour toute dans l’ère de la démocratie et des institutions légitimes. Dans tous les cas, le mouvement de protestation au soudan a eu le mérite d’avoir mis fin au règne d’un assoiffé du pouvoir qui n’a pas compris qu’il lui fallait passer le témoin. El Béchir sort donc par la petite porte, sinon par la fenêtre, à l’image d’Hosni Moubarak d’Egypte et Abdelaziz Boutéflika d’Algérie.

Ousmane TRAORE



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