Autant le dire : Sénégal, c’est ça la « démocratie modèle » ?

Une séance plénière contestée par l’opposition. Un député qui occupe le podium et refuse de le quitter. Des députés, femmes d’abord puis des hommes, venus les uns pour l’y déloger et les autres pour l’y maintenir. Puis, un Président de l’Assemblée qui n’arrive pas à se faire respecter par les députés de son propre camp qui refusent de l’écouter. Puis, des gendarmes encagoulés entrent dans l’hémicycle et le font sortir par la force, non sans le brutaliser. Pendant que les députés du parti majoritaire (le parti d’Ousmane Sonko) applaudissent, ceux de l’opposition désapprouvent en huant. Comme quoi, à l’Assemblée nationale du Sénégal, force reste à la loi, mais celle du plus fort : la force publique ici représentée par la gendarmerie. Tout cela, devant Ousmane Sonko lui-même, Président de l’Assemblée nationale. Qui par ailleurs, a fait appel à cette force. Puisqu’au député qui a refusé de quitter le podium, il a bien dit que s’il ne le faisait pas, il le fera quitter. Et c’est bien ce qu’il a fait faire.

C’est ce spectacle déshonorant et manifestement déplorable (que les uns qualifieront de condamnable alors que les autres le considéreront comme l’expression de la démocratie) que les députés à l’Assemblée nationale du Sénégal ont servi à leur peuple et à la face du monde. Faisant dire à certains que si c’est cela le modèle de démocratie du Sénégal qui est tant vantée, alors cette démocratie n’inspire pas. Car, elle ne donne pas du tout l’exemple d’une démocratie qui fonctionne et qui respecte les règles qui régissent la vraie démocratie. Qu’elle soit à l’européenne ou à l’africaine. Quelle image ces députés qui représentent la nation sénégalaise dans son ensemble veulent-ils qu’on garde d’abord d’eux-mêmes, mais surtout du pays ?

Mais à l’analyse, on peut dire qu’Ousmane Sonko est en train d’être servi exactement comme il a servi Macky Sall. Alors que celui-ci était Président de la République et lui, opposant. A dire vrai, Ousmane Sonko, dans l’opposition avait sans doute oublié qu’un jour il se retrouverait au pouvoir et que les mêmes comportements qu’il adoptait lui seront retournés comme monnaie de la pièce. Ce qui laisse entrevoir que s’il n’y prend garde dès à présent, il risque d’être celui par qui la démocratie sénégalaise pourrait être remise en cause. Si toutefois le pays ne connait pas une crise politique profonde.

Ce qui s’est passé hier lundi 29 juin 2026 à l’Assemblée nationale du Sénégal, doit permettre à Ousmane Sonko de se faire une lecture lucide de ce qui peut arriver s’il ne recadre pas certains comportements venant de son camp. Car tout porte à croire que les militants de son parti sont composés en grande partie de gens qui adorent l’opposition ou l’affrontement pour ne pas dire la bagarre. Rappelant ainsi des pouvoirs composés d’individus frustrés, arrivés aux affaires par effraction et qui cherchent à s’y maintenir par tous les moyens.

Sonko et son camp veulent faire la révolution au Sénégal. Ce qui est incompatible avec l’esprit démocratique auquel eux-mêmes semblent attachés et qu’ils veulent promouvoir. La révolution et la démocratie, c’est bien deux choses différentes. Qui, en aucun cas, ne peuvent cohabiter.

Dabaoué Audrianne KANI