
A Ouagadougou, on aura tout fait pour maintenir les relations diplomatiques avec Paris. Mais malheureusement, le comportement des autorités françaises n’aura pas permis de poursuivre cette relation qui devenait de plus en plus insupportable. En effet, quoi que eurodéputé (donc capable de prendre des initiatives individuelles) Christophe Gomart a fait des déclarations au parlement européen qui ont valu une résolution de l’institution contre le Burkina Faso. Dire ces propos et cette résolution constituent entre autres, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est défoncer une porte qui était déjà grandement ouverte. Ce d’autant plus que ces déclarations concordent avec le narratif voulu et entretenu par Paris depuis l’arrivée au pouvoir du Président IbrahimTraoré en septembre 2022.
En vérité, du côté de la France les autorités refusent de se rendre à l’évidence. Et c’est cela qui fâche Ouagadougou. Le Burkina Faso vit depuis plus de dix ans un contexte qui aurait pu faire disparaitre le pays, n’eut été l’engagement des autorités actuelles. Ça, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle et le courage de le dire. Le pays était à un moment donné presque dans les mains des groupes armés terroristes qui pavanaient d’Est en Ouest, du Sud au Nord en passant par le Centre. Seules les forces militaires françaises qui étaient encore sur notre territoire ne les voyaient pas. Face à une telle situation, les Burkinabè, sous le leadership du Président Traoré, ont pris leurs responsabilités : défendre par tous les moyens dont ils disposent, avec le soutien de partenaires sincères, leur pays. Aucun pays, ni même Paris ne peut leur refuser ce droit légitime. Le Burkina Faso a fait le choix de la souveraineté, de l’indépendance totale et de la dignité. Là encore, aucun pays ne peut le lui refuser. En décidant de rompre les relations diplomatiques avec Paris, c’est un autre choix d’un niveau encore plus élevé vers l’indépendance, la souveraineté et la dignité. C’est, sans doute, dommage qu’entre ces deux pays de tradition historique, on en soit arrivé à la rupture des relations diplomatiques. Si Paris peut s’en étonner, Ouagadougou sait pourquoi cette décision a été prise. Paris n’a jamais voulu reconnaître les autorités politiques actuellement aux affaires à Ouagadougou et dans les deux autres pays (Niger et Mali) qui composent l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Aussi, désormais, entre Paris et Ouagadougou, tous les canaux officiels sont fermés. Autrement, les autorités politiques burkinabè et françaises ne se parlent plus. Les ambassades seront fermées et le personnel rapatrié, d’un côté comme de l’autre. Mais cela ne veut pas dire que les Français cessent de vivre au Burkina Faso et les Burkinabè en France. Des Burkinabè peuvent toujours se rendre en France comme les Français sont autorisés à venir au Burkina. Autrement, les relations entre les peuples demeurent et chaque pays à la responsabilité de la protection des ressortissants de l’autre pays vivant sur son sol. Pour l’instant, on en est là et on s’en tient à ça.
Dabaoué Audrianne KANI