Des potentiels économiques de la ville de Orodara : Babali et Dafani, des modèles de réussite

Orodara, ville située à 75 km de Bobo-Dioulasso sur l’axe menant au Mali (Sikasso), connait une fleuraison d’entreprises prospères. Deux d’entre elles se distinguent aussi bien au niveau national qu’à l’étranger. Il s’agit de Babali, pour la production d’eau minérale et de Dafani pour des jus de qualité. Le succès fulgurant de ces entreprises fait d’elles des modèles de réussite. Nous sommes allés à la découverte de ces grands potentiels économiques dans cette ville.

Avec une renommée qui dépasse nos frontières, Babali et Dafani peuvent se targuer d’être en ce moment des locomotives de l’économie de tout le Kénédougou. Connues sur le plan national, ces deux entreprises le sont aussi, mais dans une moindre mesure, sur le plan sous-régional. C’est ce qui fait dire à la société Presta-Sud qui produit l’eau minérale Babali qu’elle n’exporte pas ses produits, malgré tout sa renommée dépasse les frontières.

Selon le responsable de l’usine Mathias Gansoré, Babali a démarré ces activités en 2008, avec deux machines et 10 personnes. Et progressivement la société a acquis d’autres machines de production qui portent le nombre à 57 engendrant une capacité de production de 75 000 sachets d’eau par heure. Avec une chaine semi-automatique au départ, l’usine avait une production de 3000 bouteilles à l’heure, mais Babali a actuellement 3 chaines automatiques avec une production moyenne de 9000bouteilles par heure.

Le travail à Babali est organisé par service avec un point d’honneur mis sur l’hygiène. Pour cela, à Babali, on a mis en place plusieurs services. La production et la maintenance sont basées à l’usine. La production est aussi en lien avec la commercialisation et la logistique. Le commercial dispose d’un logiciel de traçabilité. La matière première de l’usine qui le sachet vient de la sous-région, précisément du Ghana. Mathias Gansoré note qu’il y avait une structure locale de production mais sa capacité de production est faible. Pour les bidons, Babali se ravitaille au Ghana, en Côte d’Ivoire et en France. Il ajoutera qu’avec le COVID19, il y a des partenaires qui ont mis les clés sous le paillasson. Babali tire son eau sur place au niveau de son site grâce à un forage avec une nappe d’eau qui se trouve entre 120 et 130mètres de profondeur.

La qualité, une marque de fabrique de Babali

La qualité est un objectif recherché à Babali. « Notre but, indique Mathias Gansoré, est la satisfaction de nos consommateurs. Le souci n’est pas de faire la qualité mais c’est plutôt de rester dans la qualité ». Et Babali se donne les moyens de rester dans la qualité. Pour se donner les moyens de garder cette qualité, Babali forme régulièrement ses travailleurs pour leur inculquer cet objectif. Cela passe aussi par la mise à leur disposition d’équipements de qualité. En plus de cela, Babali à une assurance qualité à défendre. C’est pourquoi, il a désigné un responsable qualité afin d’assurer la qualité des produits en permanence. A propos, le chef de l’usine Babali indique que « nous faisons trois analyses par jour. On a un cercle de validité du processus de production. Ce cercle est chargé de vérifier les éléments nécessaires pour la production ». La première sortie est analysée pour vérifier si le produit répond aux normes de Babali. Si les normes Babali sont respectées, le cercle peut en ce moment autoriser la production. Mathias Gansoré chef de l’usine de Babali note que« la nappe d’eau est bien protégée.  Son environnement est éloigné de toutes sources de pollution. Les profondeurs auxquelles nous partons chercher l’eau (120 à 130m) évitent toute infiltration qui pourrait impacter notre nappe d’eau ». Cependant, Babali a mis en place un plan de gestion des risques. Et de façon générale avec le système de risque, la société a moins de problèmes. Au niveau de la distribution Babalia mis en place son système. Un nouveau vendeur, pour avoir l’agrément de vente d’eau Babali, doit identifier sa zone de vente et ses potentiels clients. La société dispose d’une cartographie de l’ensemble de ses clients.

Babali a son propre laboratoire d’analyse

Pour s’assurer du contrôle qualité, il existe au sein de l’usine de Babali, un laboratoire dont le travail est la sécurité du produit. Avant le contrôle qui se fait sur chaque échantillon de la production, la société fait de la sensibilisation de son personnel sur l’hygiène l’une de ses priorités. Selon le responsable du laboratoire d’analyse de Babali Ibrahim Traoré « nous menons des analyses sur tous les échantillons de la production pour nous assurer de la conformité de l’eau ».  Il poursuit« qu’il y a des moments où l’eau produite n’est pas conforme aux normes de Babali ». Elle est donc déclassée.« Cette situation se présente une ou deux fois par an », dit Ibrahim Traoré. Quand cela arrive, Babali procède immédiatement à la maintenance de ses installations.

Ce que la société fait pour la province

Babalia une responsabilité sociale qu’elle respecte.  Et tant que telle, elle impacte la vie des populations du Kénédougou. Pour cela, elle a à son compte la construction de plusieurs mosquées à Bandougou et à Toussiamasso, la réhabilitation de l’école de Bandougou. Elle a aussi offert des forages aux populations de Kourion, d’Orodara, de Toussian-bandougou, et de Bandougou.  Ces retombées sont aussi multiples pour le Kénédougou. Et comme le note Mathias Gansoré, « 70 % des employés et du personnel de Babali viennent de Orodara ». La société paie des impôts et des taxes à la commune. Elle paie aussi la taxe sur l’eau. Pour ses employés qui sont 294 permanents et 300 journaliers et occasionnels, Babali a ouvert sur son site un centre de santé pour eux et leurs familles. Cependant, l’usine fait face à des difficultés, notamment le cahier de charges du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat et la concurrence déloyale.

De l’eau au jus à partir de nos fruits

Si l’eau minérale Babali fait la fierté de la province du Kénédougou, il ne faut pas oublier qu’à côté il y a aussi Dafani qui n’en fait pas moins.

En effet, la création de la société DAFANI est partie d’un constat de gâchis à Orodara. Les fruits pourrissaient, il fallait trouver une solution pour que ces fruits soient plus profitables. Selon le Président du conseil d’administration (PCA) de la société, il fallait trouver des techniques de transformation de ces fruits en jus. Et pour cela il fallait monter un business plan pour convaincre un pool bancaire à soutenir l’initiative. Au départ les promoteurs de DAFANI n’étaient pas des milliardaires. C’est en 2006 que l’usine a été montée et l’exploitation a commencé en août 2007.

Société anonyme, DAFANI est doté d’organes de gestion comme le Conseil d’administration composé de 10 administrateurs dont un président et une Assemblée générale des actionnaires. Le président du Conseil d’administration donne mandat au Directeur général qui gère quatre directions. La direction Finances et comptabilité, qui est chargée de la gestion financière de l’entreprise. La direction de la production et de l’exploitation basée à l’usine qui s’occupe de la production et du réseau d’exploitation. Il y a aussi la direction commerciale et marketing qui gère la commercialisation du produit et des débouchées et la direction qualité qui donne l’assurance que le produit qui sort de l’usine répond aux normes et ne pose aucun problème de santé. La deuxième mission de cette direction est la recherche développement. Dans ce contexte chaque semaine, des échantillons partent au laboratoire national pour des analyses.  Le Directeur général de DAFANI, Mamadou Coulibaly indique que lorsqu’il y a rupture, cela n’est pas liée à une question de saison des fruits mais à un problème d’emballage. En effet l’emballage fait partie de ces produits que DAFANI importe de l’extérieur.

Les retombées de DAFANI pour la province du Kénédougou

Pour le DG Mamadou Coulibaly, « DAFANI joue les mêmes rôles que la SN-SOSUCO à Banfora ». Les retombées sont à plusieurs niveaux. « Pour ceux qui ont eu l’idée de cette entreprise l’objectif est de réduire le chômage dans la province du Kénédougou et au Burkina Faso. En fonction des besoins, nous employons200 permanents et pour chaque campagne entre300 et 400 occasionnels. Ces derniers sont recrutés du mois d’avril au mois d’août». A ce personnel, il faut ajouter les agents relais qui sont des correspondants régionaux de collecte de la mangue. On les appelle les pisteurs. Ils représentent sur le terrain les yeux de l’entreprise. Ce réseau de pisteurs comprend 22 personnes qui couvrent les zones de collecte de la mangue.

Au plan économique, DAFANI procure aux producteurs des revenus. Selon Mamadou Coulibaly,« à chaque campagne, ce sont 300 à 400 millionsde FCFA qui sont investis pour l’achat de la mangue ».A cela, s’ajoutent d’autres acteurs qui entrent en ligne de compte comme les transporteurs, les restaurateurs, les couturiers (tenues des employés). En plus de cela DAFANI verse à l’Etat des impôts et des taxes. DAFANI contribue à la balance commerciale avec l’exportation de la purée de mangue en Europe, ce qui permet l’entrée de devisesau pays. En 2019 et en 2020, DAFANI a exporté 300 tonnes de puréepour une commande de 1000 tonnes. Pour cette année, Mamadou Coulibaly note que la campagne n’a pas été bonne. DAFANI aexporté 200 tonnes vers l’Europe et 100 tonnes vers l’UEMOA.

De la concurrence dans le domaine

Pour le DG Mamadou Coulibaly,« les vendeurs de mangue séchée ne sont pas des concurrents ». « Nous sommes même complémentaires. Ils viennent payer avec nous les mangues blessées et celles qui ne répondent pas à nos normes pour les sécher », ajoute-t-il.Pour cela DAFANI a même signé une convention avec 5 unités de sechessage de mangue. La concurrence pour DAFANI c’est au niveau des jus qui viennent de l’extérieur. Selon le DG de DAFANI, « il y a 10 ans, cela n’inquiétait pas ».« Mais de nos jours, Mamadou Coulibaly indique que les produits importés occupent actuellement50 à 60% du marché avec les nouvelles entreprises qui font du copié-collé en matière de production de jus ».

Les suggestions de DAFANI

Le DG de DAFANI, Mamadou Coulibaly fait des suggestions à l’État pour la gestion du secteur des jus. Pour lui, il faut que l’État organise le secteur du jus et des boissons. Par exemple pour soutenir la SN-SOSUCO, l’Etat avait fait arrêter l’importation du sucre. « L’Etat doit faire, selon lui, de même pour le secteur du jus. Si non les entreprises comme DAFANI sont pénalisées », se plaint-il. En effet DAFANI est taxé au même prix que les produits importés. Aussi la société demande à l’Etat de prendre des mesures conservatoires sur les emballages, si non le travail de DAFANI se trouve fragilisé. «L’Etat doit promouvoir les entreprises locales comme DAFANI qui offre des opportunités de travail aux Burkinabè », propose-t-il. Il faut noter que la société produit le nectar et le cocktail de mangue. Il y a de cela quatre mois, DAFANI a ajouté à sa collection quatre autres saveurs à savoir mangue-citron, mangue-gingembre, mangue-goyave, mangue-ananas-coco. En plus de celles qui existent déjà : mangue, orange, mangue-orange, mangue-ananas-passion.

Firmin OUATTARA

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