À chaque pluie, certaines voies du secteur 09 au quartier Accart-ville à Bobo-Dioulasso, changent de visage. La chaussée se couvre de flaques, la boue s’étale et les caniveaux obstrués retiennent l’eau. Motocyclistes et piétons avancent alors avec précaution, à la recherche du moindre passage praticable.
À Accart-ville, la saison des pluies impose un nouveau rythme aux déplacements. Sur certains « six mètres », l’eau stagne au milieu de la voie, tandis que la boue recouvre une partie du passage. Les caniveaux bouchés, incapables d’évacuer correctement les eaux, aggravent la situation. Les motocyclistes doivent composer avec ce décor détrempé. Un coup de guidon à gauche, puis à droite : chacun cherche à éviter les portions les plus molles ou les flaques les plus profondes. Mais lorsque le passage se resserre et que les possibilités de contournement disparaissent, il faut parfois traverser directement l’eau. La prudence devient alors indispensable. Une roue qui s’enfonce dans la boue ou dérape sur une surface détrempée, peut suffire à déséquilibrer l’engin. Les trajets, habituellement rapides, se transforment en progressions lentes et calculées.
Des trajets chamboulés
La circulation se complique davantage lorsque plusieurs engins se retrouvent sur le même tronçon. Entre l’eau qui occupe la voie et la boue qui en recouvre les bords, l’espace réellement praticable se réduit. Deux motos peinent à se croiser et, par endroits, tout dépassement devient impossible. Les conducteurs de taxi-moto sont particulièrement visibles dans ce ballet d’évitement. Ils déplacent leur trajectoire au gré des obstacles, passant d’un côté à l’autre de la chaussée pour contourner les zones impraticables. Pour certains, l’esquive ne suffit plus. Il faut changer complètement d’itinéraire. Le détour rallonge le trajet, mais évite de s’engager dans les passages les plus boueux ou les plus inondés. À pied, le parcours n’est guère plus simple. Les passants scrutent le sol et recherchent les rares bandes de terre épargnées par l’eau. Chacun tente de préserver ses chaussures et éviter l’enfoncement brutal d’un pied dans la boue. Quelques mètres suffisent parfois à modifier entièrement le chemin. Il faut contourner une flaque, longer le bord de la chaussée ou patienter jusqu’à ce qu’un passage se libère. Chaque déplacement devient une succession de petits choix, dictés par l’état du sol.
L’eau qui peine à s’évacuer
La présence de caniveaux bouchés complique davantage la situation. L’eau s’évacue difficilement et certaines portions restent boueuses ou couvertes de flaques après les pluies. À Accart-ville, l’hivernage impose ainsi son propre rythme aux déplacements, la pluie tombe, l’eau s’installe et les usagers adaptent leurs trajets. Pour certains, il faut ralentir, contourner ou traverser. Pour d’autres, il faut simplement renoncer à l’itinéraire habituel et prendre une autre voie. Dans ces « six mètres », la pluie ne mouille pas seulement les rues. Elle redessine aussi les trajets de ceux qui les empruntent. Ici, chaque passage devient un exercice de prudence, et le chemin le plus direct n’est pas toujours celui qui mène le plus facilement à destination.
Judicaël DOFINI
Latifa DONDBZANGA/ Stagiaire
