Il n’est certainement surprenant de voir certaines personnes s’élever contre la visite du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko à l’occasion de l’inauguration du mausolée du Président Thomas Sankara. Car, tout cela fait malheureusement partie de l’héritage que nous avons reçu du colonisateur. Aussi, si nous voulons être réellement indépendants, souverains et dignes, nous devons aller au-delà de nos émotions personnelles ou partisanes pour considérer l’avenir des peuples de l’Afrique pour ne pas dire des générations futures.
Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko sait très bien que les autorités au pouvoir au Burkina sont arrivées après un coup d’Etat. Par principe, elles ne sont pas légitimes, du point de vue démocratique. Mais qu’est-ce la démocratie si ce n’est l’adhésion du peuple à un programme de développement qui prend en compte ses préoccupations les plus légitimes ?
Thomas Sankara dont il est question, n’est pas arrivé au pouvoir par des élections. John Jerry Rawlings non plus. Pour ne citer que ces deux exemples. Mais ce sont des icônes, des références dont les idées gouvernent l’Afrique, et au-delà, la diaspora noire qui revendique ses origines africaines parce que désormais, elle en est fière. En Russie, on accuse Vladimir Poutine de dictateur. Mais ce qu’on ne fait pas, c’est de demander le point de vue du peuple russe sur la gouvernance Poutine.
En venant au Burkina Faso pour assister à l’inauguration du mausolée du Président Thomas Sankara, Ousmane Sono n’est pas venu pour soutenir et cautionner une prise de pouvoir par les armes ou tout autre moyen non démocratique. Il est venu, tout simplement pour réitérer son engagement (qui ne date pas de la prise du pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré) pour une Afrique libre, souveraine, indépendante et digne. Exactement comme le défendent les autorités actuellement au pouvoir au Burkina Faso.
Ce n’est pas parce que le Capitaine Ibrahim Traoré et ses camarades sont arrivés au pouvoir par les armes qu’il faut refuser de voir et de considérer les valeurs panafricanistes qu’ils défendent. Mamadou Dia au Sénégal, Kwame Nkrumah au Ghana, Ahmed Sékou Touré en Guinée, Patrice Lumumba au Congo, Modibo Keïta au Mali, Seyni Kountché au Niger…ont mené le combat de l’indépendance et de la souveraineté des peuples africains que les générations actuelles doivent poursuivre. Au-delà de toute considération politicienne.
Du reste, la position actuelle des autorités sénégalaises est telle qu’elles sont bien placées pour jouer un grand rôle dans la construction et la consolidation d’un ensemble sous-régional solide sur tous les plans. Une raison de plus pour le Premier ministre sénégalais de venir au Burkina Faso. Et même s’il le faut, pourquoi ne pas se rendre au Niger et au Mali ?
Les hommes passent mais les Etats restent. La génération actuelle de chefs d’Etat et de dirigeants africains, qu’ils le veulent ou pas, a la lourde responsabilité de travailler à conscientiser et à libérer les esprits afin que les peuples africains comprennent qu’il leur appartient désormais de prendre leur destin en mains. S’il faut un coup d’Etat pour que cela soit compris, il le faut. Pour sa part, Ousmane Sonko est en train de remplir sa mission.
Dabaoué Audrianne KANI
