À Bobo-Dioulasso, manger au restaurant ne se résume pas à consulter un menu. Tout au long du repas, une procession de vendeurs ambulants défile entre les tables, proposant bijoux, gadgets ou friandises. Un phénomène qui ne laisse personne indifférent.
À peine installé pour déjeuner ou dîner, le client est aussitôt abordé par une succession de vendeurs. L’un propose un chargeur de téléphone, un autre des lunettes de soleil, un troisième des mouchoirs ou des cache-nez. Le ballet est incessant, au point de détourner l’attention du repas ou des conversations. À Bobo, le commerce ambulant est omniprésent. Il s’adapte et s’infiltre jusque dans les terrasses semi-ouvertes des restaurants, sans réelle régulation. Si certains clients apprécient cette offre spontanée, la voyant comme une opportunité d’acheter un article utile ou un petit souvenir, d’autres se montrent plus réservés. « C’est perturbant, surtout quand tu veux discuter tranquillement», confie Awa, habituée des restaurants du centre-ville. La gêne est d’autant plus marquée que certains vendeurs se montrent insistants. Mais rares sont les clients qui osent formuler une plainte.
Les restaurateurs face à un dilemme
Du côté des restaurateurs, la situation est délicate. Interdire les vendeurs ambulants pourrait heurter une partie de la clientèle qui les tolère, voire les soutient. Mais les laisser circuler librement peut nuire à l’expérience globale. «On essaie de faire un tri, de limiter le nombre de vendeurs par jour », explique Habibata Guiro, gérante d’un restaurant à Sikasso-cira. «Mais ce n’est pas facile, ils sont nombreux et très déterminés ».
Une réalité économique à considérer
La plupart de ces vendeurs n’ont pas d’autre source de revenus. Leur présence dans les restaurants est une stratégie de survie. « J’ai plus de chances de vendre ici qu’au bord de la route », témoigne Adama, vendeur de ceintures. « Les gens sont détendus, ils regardent, parfois ils achètent ». Difficile dans ce contexte de leur interdire l’accès à un espace semi-public. Des solutions sont néanmoins évoquées, comme la création de « zones marchandes informelles » à proximité des restaurants, ou encore la mise en place de badges pour limiter le nombre d’interventions par service. À Bobo-Dioulasso, le repas au restaurant dépasse donc le simple cadre de la consommation. C’est une scène vivante, où vendeurs et clients se croisent dans un ballet quotidien. Ici, même à table, le commerce ne s’arrête jamais.
Patendé Prisca TIENDREBEOGO / Stagiaire
