Serge Aimé COULIBALY : Danseur-Chorégraphe-Comédien et Directeur Artistique

Serge Aimé COULIBALY, directeur Artistique et danseur-chorégraphe-comédien est natif de Bobo-Dioulasso. Selon lui, il veut redonner à cette ville qui l’a vu naître ce qu’il a appris ailleurs. Dans l’interview qu’il a accordée à votre quotidien L’Express du Faso, il parle de son projet qui lui tient à cœur ? Lisez !

 

Pourquoi ANKATA à Bobo ?

Déjà moi je suis né à Bobo-Dioulasso. Moi j’ai fait le lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso. Il y a un attachement un peu incroyable à Bobo qui est lié à l’endroit où tu es né ; c’est très important c’est là où tu as tes amis et tes connexions !  C’est rare de voir un Bobolais qui n’est pas attaché à Bobo. Cet attachement, c’est un lien qui n’est ni matériel ni un lien physique invisible : C’est quelque chose de viscéral quelque chose qui est profond et qui est dans ton être : c’est un ensemble de choses que l’on ne peut pas expliquer c’est comme ton attachement pour ton père et à ta mère.

ANKATA c’est un espace de résidence pour les artistes où les gens peuvent venir du monde entier pour travailler pendant un ou deux mois. C’est aussi un espace en connexion avec le reste du monde, c’est à dire que le reste du monde arrive à Bobo pour être en interaction avec les Bobolais(es), les Burkinabè et contribuer au développement de la ville. C’est comme si je redonne à la ville qui m’a vu naître ce que j’ai appris ailleurs.

“J’aimerais pouvoir faire un vrai événement continental à Bobo-Dioulasso”

Aussi tous les deux ans, je fais « Africa simple the best » ! C’est un concours chorégraphique solo où on donne les ACOGNY : l’idée de cette histoire là, c’est que la danse est connue comme étant la discipline par excellence de l’Afrique, mais on n’a aucun endroit, aucun pays où on donne les prix de la danse en Afrique. L’objectif de ces trophées, c’est qu’à la fin, j’aimerais pouvoir faire un vrai événement continental à Bobo-Dioulasso : c’est donner les « ACOGNY d’or » ; c’est un hommage à Germaine ACOGNY qui est cette grande dame de la danse africaine qui est au Sénégal. Les gagnants, je fais leurs promotions à l’international. Par exemple les trois gagnant l’année passée, ils seront en tournée l’année prochaine en Belgique et en France.

 

 Est-ce que les autorités sont informés du projet ?

Le maire de l’arrondissement 4 a vu l’événement à la télé et il est passé par hasard nous saluer. Mais avant, ça j’avais déposé des demandes de soutien partout. Ce qui est un peu dommage dans nos pays, dans nos villes c’est vraiment la camaraderie, le copinage et des intérêts individuels qui priment sur les intérêts globaux de la ville du pays. Il y a une différence entre les événements porteurs de la ville et les événements festifs pour entretenir le public.

“N’eut-été le coronavirus, nous aurions fait plus de 150 représentations dans le monde”

Cependant j’ai déjà fait connaître à des opérateurs culturels « Simply the Best » pour qu’ils soutiennent l’évènement.

Aujourd’hui je suis en contact avec le Ministère de la Culture du Burkina Faso et le Ministre de la Culture est passé visiter ANKATA l’an passé et il y a le directeur du fond développement culturel et touristique qui est aussi passé ; les gens du Conseil Régional, et des artistes aussi sont passés. Donc il y a un intérêt.  Ça va changer et ça commence à bouger !

 

Et vos tournées ?

Il y n’a pas beaucoup de compagnies ou de troupes artistiques burkinabè qui jouent sur les cinq continents ; mais moi j’arrive à le faire avec ma troupe. Nous, cela fait cinq ou six ans que chaque année on est sur les cinq continents. Du coup en termes de visibilité, en terme d’étendard, en termes d’Ambassadeur et en termes de porter le flambeau du pays, c’est fort !

Pourriez-vous nous rappeler le dernier prix que vous avez reçu ?

C’est un prix donné par un magazine célèbre belge, un prix hors catégorie : le prix d’honneur du « Golden afro artistique Award». Le prix est arrivé en un moment où nous venions de faire l’ouverture de la saison du Théâtre national de Bruxelles-Wallonie et nous y avons joué cinq fois d’affilée ; et on doit y jouer 10 fois cette année. Avant cela, j’ai joué l’année passée pendant une semaine au Théâtre National et avant moi, les employés n’arrivent pas à le trouver la dernière fois qu’ils ont vu un créateur africain dans cette salle. Les africains y jouent, mais pour des Européens. Jouer là-bas, c’est une grande fierté qui est beaucoup plus que le prix, car c’est une reconnaissance de mon talent par l’élite artistique belge.

 

Pensez-vous à Bobo-Dioulasso pendant les processus de création de tes spectacles ? Est-ce que Bobo vous inspire ?

En fait, Bobo a toujours été une grande inspiration pour moi et j’ai créé à Bobo « nuits blanches à Ouagadougou ». Et « nuits blanches à Ouagadougou » c’est le spectacle qui a mis aussi en lumière la révolte populaire de 2014, un spectacle prémonitoire sur la révolte contre le changement de l’article 37 au Burkina Faso. Et la presse internationale s’est intéressée à moi pour voir comment est-ce que l’on peut créer un spectacle de ce genre à Bobo-Dioulasso. Après ce fut « Kalakuta République » qui est le spectacle africain qui tourne le plus dans le monde. On a fait 126 dates dans le monde et n’eut-été le coronavirus, nous aurions faits plus de 150 représentations. « Kalakuta République » s’est inspirée de la vie et l’œuvre de Fela Kuti Fela Anikulapo Kuti. Ensuite, il y a « Kirina » qui est un gros spectacle avec plus de 22 personnes que j’ai aussi créé à Bobo-Dioulasso et au Mali.

 

Y a-t-il une coopération et une communion avec et entres les autres artistes Bobolais ?

Il y a beaucoup de tentatives, et d’initiatives mais on est toujours confronté au problème de leadership à Bobo. Moi, j’aime blaguer en ces termes : tous les Bobolais veulent développer Bobo, mais chacun pense que le développement doit passer par lui et c’est lui qui doit être à la tête ! En d’autres termes, quand cela ne passe pas par la personne, on trouve que ce n’est pas un bon développement (Rire). Du coup, ça nous demande à tous une remise en question : tous on veut développer Bobo, mais on se gêne !

Serge Aimé Coulibaly en compagnie d’Alain Sanou, 4ème adjoint au maire de Bobo, chargé des affaires culturelles de la commune

Il y a eu des initiatives telles que le collectif « Syabin » qui n’est pas allé très loin. Mais, toutes les organisations de Bobo qui me sollicitent pour faire quelque chose, ou qui demandent de s’associer à moi pour faire une activité, je suis dedans ! Le reste, je trouve que ce sont des intérêts individuels !

Si on veut travailler pour Bobo, on doit regarder que Bobo ! Aujourd’hui, je fais parti de trois groupes et collectifs de Bobo. Dans une de ces collectifs, il y a l’idée de faire un gros festival à bobo qui embrasse tous les arts : sport, tourisme, danse etc. Et nous souhaitons lancer ça l’année prochaine et nous allons travailler avec tous les artistes. Mais, c’est compliqué, car il y a beaucoup de clans, des gens qui ne s’entendent pas et cela complique les choses. Même dans la communication, il faut faire attention. Sinon, il y a des évènements que nous préparons et qui vont rendre Bobo attractif sur le plan culturel et faire venir des gens de différentes villes du monde pour participer à ces évènements. Et nous préparons tous cela, pour décembre 2021.

 

Pourriez-vous s’il vous plait nous parler de vos projets actuels au Centre ANKATA?

Je suis entrain de faire sur le plan culturel, ce que je ne trouvais pas à Bobo en termes d’infrastructures : au lieu d’attendre j’ai construit un plateau de 14 m d’ouverture sur 12 m de profondeur ; c’est le plus grand plateau qui existe à Bobo-Dioulasso aujourd’hui avec des équipements que l’on peut utiliser pour faire de la création lumière et réaliser le plus haut niveau de travail. En fait, il y a deux espaces et on prévoit un autre espace car le conseil municipal de l’arrondissement 4 vient de m’octroyer un terrain de 1300 mètres carré. Je prévois construire une salle fermée où l’on pourra faire le cinéma et aussi faire tourner les petits spectacles.

De plus, il y a une formation de 3 ans appelée « ANKATA next Génération ». Chaque année, Je fais du « ANKATA Coaching Project ». Je sélectionne vingt jeunes africains et j’invite des artistes de renoms pour venir coacher ces jeunes avec leurs projets. Ce sont des projets culturels, administratifs et cette année il y a le volet entrepreneuriat qui sera associé à la formation. Elle est entièrement financée sur fonds propres.

L’année passée on a déplacé le cours à Bamako, car je voulais Tiken Jah Fakoly come coach. On est resté chez lui à Bamako toute la journée. Il nous a parlé et il a partagé avec nous ses expériences et les jeunes lui ont posés des questions par rapport à leurs projets. Irène TASSAMBÉDO était aussi là. L’ancienne Directrice de l’Institut Français de Bobo, Agathe KONATÉ était là aussi. Elle a travaillé sur les dossiers de chacun et moi, j’ai bossé avec les jeunes sur l’ambition artistique. C’est un coaching plus mental que pratique. Pour moi, le problème de l’Afrique est plus un problème mental qu’un problème de moyens. C’est-à-dire que c’est dans la tête que ça se passe et quand on a la tête qui est forte, on bouscule tout !

 Interview réalisée par Kibidoué Eric BAYALA

Fermer le menu
mi, ipsum ut Curabitur Praesent Donec elementum nec risus