Organiser les acteurs autour de l’Offensive agro-sylvo-pastorale pour l’autosuffisance alimentaire est l’une des tâches importantes à laquelle doit s’atteler le ministère de l’Agriculture, si ce n’est pas encore fait. Car, tant que les acteurs, les vrais, ne sont pas suffisamment organisés dans une prise de conscience collective, les efforts en cours risquent de ne pas être suffisants pour atteindre les objectifs visés. L’euphorie en cours autour du mot d’ordre de l’autosuffisance alimentaire ne suffira pas à parvenir à cet engagement, fondement de la souveraineté alimentaire et même de la stabilité du pays. Car, n’avons-nous pas l’habitude de dire qu’un peuple qui a faim n’est pas libre ?
Les efforts actuels d’aménagement de bas-fonds dans presque toutes les localités qui en possèdent en vue de la production suffisante du riz pour ne plus en importer de l’extérieur, sont à encourager. La production du riz, d’assurer la consommation nationale, permet aux producteurs de faire des ressources financières qui leur permettent d’assurer d’autres besoins indispensables à leur bien-être. Cependant, la production du riz ne peut être pérenne tant que les acteurs concernés ne sont pas suffisamment organisés. Il en est de même de tous les autres acteurs de toutes les filières.
Sur cette question, il faut être ferme et mettre à la place qu’il faut les hommes qu’il faut. On peut se souvenir que la filière cotonnière a connu ses plus beaux jours dans les années 1998 quand les acteurs eux-mêmes ont pris conscience de la nécessité de s’organiser et d’accroitre la production. A l’époque, l’Etat n’a eu pour rôle que de les accompagner à travers les textes et la facilitation d’un certain nombre de procédures d’acquisition de matériel. Le Burkina Faso a été le premier pays producteur de coton en Afrique avec une production record d’environ 750 00 tonnes en 2005-2006.
Mais dès que les sociétés cotonnières et l’Etat ont commencé à vouloir contrôler l’organisation des producteurs ou à en faire une base électorale, la production a commencé à baisser pour atteindre des niveaux très bas comme celui d’environ 250 000 tonnes en 2023-2024. Ce sont des faits auxquels on doit se ressourcer si l’on veut atteindre des records en matière de production agricole.
On peut remonter plus loin pour comprendre que lorsque la production cotonnière était basse (autour de 106 000 tonnes avant sa relance dans les années 1998), les producteurs étaient encadrés par les structures de l’Etat. Les Offices régionaux de développement (ORD) dont les relais étaient les Groupements villageois (GV), insuffisamment organisés et conscients de leur place dans l’économie et le développement national. Quand on est passé au Chambres régionales de développement (CRA), on n’a malheureusement pas mis les gens qu’il fallait aux places qu’il fallait.
Bref, la belle dynamique actuellement menée pour permettre aux Burkinabè de se nourrir convenablement à partir de leur propre production agricole, doit être impérativement accompagnée d’une véritable organisation des vrais acteurs effectivement sur le terrain sans influence aucune. L’agriculture est un secteur hautement important pour l’économie burkinabè. Elle est créatrice de revenus notamment dans le milieu rural, en même temps elle assure la paix sociale. Elle ne doit pas être entre les mains de prédateurs.
Dabaoué Audrianne KANI
