Salamata Sandrine Toé/ Guira, Supply Chain data analyst : «Avec la détermination et en sachant ce qu’on veut, on arrive à s’en sortir»

 

Mère de quatre enfants, “Supply Chain data analyst” et figure engagée de la diaspora burkinabè en Géorgie, Salamata Sandrine Toé/ Guira incarne cette génération de femmes africaines qui transforment les défis de l’immigration en une éclatante réussite professionnelle. Rencontre avec une entrepreneure qui a su conjuguer résilience et ambition. Portrait !

 

Salamata Sandrine Toé/ Guira est l’étoile montante de la logistique à Atlanta, dans l’État de la Géorgie. Mais avant de travailler pour une grande compagnie d’audit logistique, madame Toé a travaillé de 2010 à 2014 pour une société minière au Burkina Faso où elle occupe le poste de “DRAB administrator”. Une carrière solide, un statut respecté. Pourtant, c’est par amour et par conviction familiale qu’elle choisit de tout quitter. Après la naissance de son 1er fils et plusieurs allers-retours pour rendre visite à son époux installé aux États-Unis, le choix est fait, elle s’installera définitivement au pays de l’Oncle Sam. Mais l’atterrissage est brutal. « Mon intégration n’a pas été facile », confie-t-elle. « Passer d’un boulot décent au Burkina à des « petits boulots » ici, c’est une épreuve pour l’ego et le moral ». Elle passe par les entrepôts de géants, mais là où d’autres se seraient résignés, Salamata Toé voit ces étapes comme un tremplin. Son objectif est clair, reprendre le chemin de l’école pour s’imposer sur le plan professionnel. Forte d’une licence en logistique obtenue au pays, elle fait traduire ses diplômes. Bien que le système américain ne reconnaisse sa licence que comme deux années d’université, elle ne se décourage pas. En deux ans seulement, elle décroche son Bachelor en Supply Chain Logistics, complété plus tard par un diplôme en Management de l’Ingénierie. Ce courage académique paie. Un jour, son profil attire l’œil sur LinkedIn. Le recruteur ne s’y trompe pas, madame Toé possède l’expérience du terrain africain, la rigueur académique américaine et une maîtrise technique des flux. Elle est embauchée en tant que Supply Chain Data Analyst. Aujourd’hui, elle audite les processus de transport pour les plus grands noms mondiaux et pour une compagnie de renommé au Burkina Faso.

Salamata ne se contente pas de sa propre réussite. Très impliquée dans la vie associative, elle est la responsable des activités féminines de l’Association des Burkinabè du Grand Atlanta (ABGA), où elle mène un combat contre deux fléaux qui touchent la diaspora. Il s’agit d’aider les nouvelles arrivantes à retrouver un statut professionnel digne de leurs compétences et s’assurer que les enfants nés aux États-Unis gardent un lien avec leurs racines burkinabè. «Nos activités visent à créer des espaces de dialogue pour accompagner les femmes dans leur intégration socio-économique», explique-t-elle. Que ce soit à travers la célébration de la Journée de la Femme ou des ateliers de réseautage, elle travaille à tisser des liens de solidarité.

 

Un pont commercial entre deux continents

 

Mais l’ambition de Mme Toé ne s’arrête pas aux frontières de l’entreprise qui l’emploie. Entrepreneure née, elle a créé un canal commercial direct entre les États-Unis et le Burkina Faso. À Ouagadougou, sa boutique “Sandy’s international Supply (SIS)” est devenue une référence pour les produits de beauté et les vivres en provenance de l’Amérique. Que ce soit dans l’analyse de données ou dans d’autres projets personnels, elle applique la même rigueur apprise lors de ses années de formation. Pour notre étoile, les différences culturelles s’effacent derrière la compétence. « Ici, avec la détermination et en sachant ce qu’on veut, on arrive à s’en sortir», affirme-t-elle avec assurance.  Comme si cela ne suffisait pas, elle cultive également des talents en artisanat et gestion immobilière. «Avant même de finir mes études, je faisais de la coiffure. Aujourd’hui encore, j’ai des clientes fidèles qui ne jurent que par mes tresses», confie-t-elle. Pourtant, le chemin de l’entrepreneuriat transcontinental est semé d’embûches, particulièrement dans le contexte économique actuel. Madame Toé fait face à la hausse des coûts qui frappe le secteur. Les chiffres sont parlants. « Un conteneur qui coûtait 4 000 dollars est passé à 6 000 dollars aujourd’hui », relève-t-elle. Entre l’inflation galopante aux États-Unis et l’augmentation des taxes douanières, le maintien des prix pour sa boutique à Ouagadougou est un défi permanent. « Entreprendre, c’est savoir anticiper et gérer les imprévus », martèle-t-elle, une règle qu’elle applique quotidiennement. Comment une femme parvient-elle à être à la fois mère de quatre enfants, analyste de haut niveau, commerçante transcontinentale et leader communautaire ? Pour Salamata Toé, la réponse est simple et tient en une phrase qui guide chacun de ses pas. « Pour trouver un équilibre tout en restant productif, il faut avant tout aimer ce que l’on fait. J’ai quelques projets à moyen et long termes, mais pour le moment je préfère garder le silence. Tout ce que je peux vous dire est que ces projets sont destinés au Burkina Faso et au Ghana », confie-t-elle. C’est cet amour du travail bien fait et cette passion pour l’humain qui font de madame Toé une étoile brillante, guidant sa communauté de l’État de Géorgie aux terres du Burkina Faso. Elle invite ses sœurs Burkinabè vivant aux États-Unis ou au pays, à ne pas hésiter à se lancer dans l’entreprenariat, car dit-elle, « il y a de la place pour tout le monde. À ce sujet, beaucoup de jeunes femmes aujourd’hui ont pris conscience que l’avenir réside dans l’entrepreneuriat, vu l’engouement qu’il suscite. C’est très impressionnant. Toutefois, il faut savoir choisir son secteur d’activité et si possible suivre des formations pour s’aider à structurer et à développer ses activités ».

Aïcha TRAORE