Autant le dire… Camp militaire de Kati, cet autre « RSP » à la malienne !

Tous ceux qui accusaient les militaires conduits par le Colonel Assimi Goïta de vouloir s’accaparer de la transition et partant du pouvoir, sont en train d’avoir raison. En mettant aux arrêts le président Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar Ouane, puis en les déchargeant de leurs « prérogatives », non seulement les militaires prouvent qu’ils sont assoiffés du pouvoir, mais qu’ils mettent fin à la transition comme celle-ci devait être conduite. Même si jusqu’à présent, on attend les vraies raisons qui ont conduit à cette forfaiture.

Ce qui rappelle la transition politique au Burkina Faso après l’insurrection populaire de 2014. Malmenée qu’elle avait été par les militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Au Burkina Faso, il a fallu que des organisations de la société civile et de partis politiques se révoltent et mettent fin au coup d’Etat porté par le Général Gilbert Diendéré. C’est dans cette même dynamique que le RSP a été dissout. Permettant ainsi au président Michel Kafando, à son Premier ministre et au gouvernement de reprendre la main pour conduire la transition à son terme.

Pour l’instant au Mali, on n’en est pas là. En dehors des condamnations venant de certaines institutions africaines (Union africaine, Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, comité de suivi de la transition) et de la communauté internationale, aucune condamnation et/ou contestation générale n’était pas encore à l’ordre du jour du côté de Bamako. Seules quelques anciennes personnalités avaient clairement exprimé leurs points de vue, désapprouvant ainsi l’acte des militaires. Certainement pris de court, les partis politiques et la société civile malienne sont en train d’analyser sereinement la situation.

Ce qu’il faut déplorer et condamner, est que le Mali n’a pas besoin de ce coup de force. Cet énième coup de force qui va venir plonger une fois de plus le pays dans la crise alors qu’il y est déjà. Sur le plan politique, les Maliens sont divisés entre le M5 et les autres partis politiques qui ont accepté de prendre part à la transition, parce qu’ils ont été contactés. Sur le plan social, le Mali ne se porte pas bien. Les grèves se succèdent aux grèves dans la fonction publique où les fonctionnaires exigent du pouvoir en place, de meilleures conditions de travail et de vie. En outre, le secteur économique qui sortait petit-à-petit des difficultés liées aux sanctions de la CEDEAO après le coup d’Etat de septembre 2020, va sans aucun doute prendre de nouveau un coup.

Avec ce coup d’Etat, la communauté internationale qui s’était engagée à accompagner le Mali risque de reconsidérer sa position ; en tout cas si les autorités de la transition venaient à être déchargées, définitivement, de leurs prérogatives. D’autres sanctions pourraient être prises contre le Mali. Dans la sous-région, les réactions des chefs d’Etat étaient très timides. Ce qu’on peut retenir, est que la CEDEAO dont ils sont membres l’a déjà condamné et sera ferme pour le rétablissement du président et de son Premier ministre dans leurs fonctions. Quant aux Maliens, ils retiennent à nouveau leur souffle.

Dabaoué Audrianne KANI

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