
Enfin, la Société burkinabè des fibres textiles a été nationalisée. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres en sa séance du jeudi 16 avril 2026. Mettant ainsi fin à un long suspens qui, en vérité, n’en est pas car la nationalisation de la Société burkinabè des fibres textiles (SOFITEX) était depuis longtemps dans
le box. L’Etat voulait prendre entièrement les commandes de l’entreprise même si dans les faits, c’était déjà le cas car il détenait la majorité des parts du capital. Les autres parts étaient détenues par des privés nationaux et étrangers dont l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B).
En tant qu’actionnaire majoritaire, assurant la présidence du Conseil d’administration et la Direction générale de l’entreprise, il assurait presque toute la gestion de la Société. Si bien qu’on est légitimement fondé à
dire, au risque de se tromper, que les problèmes que connait la SOFITEX sont de la responsabilité de l’Etat. Aussi, « face à ces difficultés qui affectent les
performances de la SOFITEX, le gouvernement a décidé d’en devenir l’unique actionnaire afin d’assurer la stabilité de la filière », a soutenu le ministre
du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda.
On ne peut souhaiter qu’il en soit ainsi. Dans tous les cas, les problèmes de la SOFITEX sont connus des acteurs. Tant que la production du coton ne connaitra pas une hausse significative, le secteur cotonnier connaitra toujours des difficultés. Car, la matière première, c’est le coton. Et ceux qui le produisent, ce sont les producteurs, en milieu rural. Aussi, pour qu’il y ait augmentation de la production de coton, il faut remettre le producteur et ses intérêts au centre du dispositif. La loi de l’économie est ainsi faite que lorsqu’on n’a pas intérêt dans un domaine quelconque, on n’y investit pas. Le retour définitif des producteurs à la culture du coton dépendra donc des
intérêts que les producteurs pourront tirer de la production du coton : revenus conséquents, assurance, retraite…
Le coton est une spéculation. Le producteur qui le cultive investit de l’argent pour en tirer un profit. Tant que cela n’est pas le cas, le producteur se détourne vers une autre spéculation qui peut lui procurer des revenus financiers lui
permettant de subvenir à ses besoins. Pendant longtemps, le coton a joué ce rôle dans le milieu rural, notamment à l’Ouest du Burkina. Plus de quatre millions de personnes vivaient du coton. Il a un effet d’entrainement sur la production céréalière mais aussi sur l’industrie agro-alimentaire (huile alimentaire), l’élevage (tourteaux) et le textile (filature et habillement).
La politique industrielle actuelle du gouvernement, à travers la vision du Président du Faso qui consiste à faire du coton un véritable levier du tissu
économique, doit nécessairement amener tous les acteurs de la filière cotonnière à repenser le modèle de la production du coton au Burkina Faso. En
outre, la SOFITEX doit être repensée dans sa gouvernance d’une manière générale et dans ses objectifs afin de l’adapter effectivement au contexte national, basé sur le développement endogène partagé. Elle doit être la locomotive qui tire et qui rassure tous les autres acteurs de la filière cotonnière. Il faut nécessairement une prise de conscience à tous les niveaux.
Dabaoué Audrianne KAN