Baignade sauvage à la Guinguette : “Nous n’allons plus laisser souiller l’eau que nous buvons”

Des ressortissants du village de Nasso ont barré le passage à des jeunes qui se rendaient à la Guinguette pour s’y baigner le 8 mars 2023. Au lendemain de cet acte, une équipe de L’Express du Faso s’est rendue à Nasso, à une quinzaine de kilomètres de Bobo, pour connaître les motivations de ces ressortissants. L’équipe a été accueillie par le chef du village et ses plus proches collaborateurs.

En cette matinée du 9 mars 2023, sur notre monture affrontant un vent sec avec le soleil déjà brulant, il nous a fallu moins de 30 minutes pour rallier Nasso. La circulation sur la voie est fluide, ce qui ne nous empêche pas de jouer la carte de la prudence, car le bitume est jonché de nids-de-poule. Nous sommes enfin à Nasso. Après quelques slalomes entre les arbres, nous voici chez le chef du village, Tioro Sanou. A ses côtés, chef des notables, conseillers et un membre du CVD entre autres. Après les salamalecs, place aux échanges. A entendre Dieudonné Sanou, un ressortissant de Nasso, les raisons de l’érection du barrage par leur soin sont multiples.

« Ces enfants-là circulent très mal… »

D’entrée de jeu, Dieudonné Sanou nous fait comprendre que les amateurs des baignades sauvages à la Guinguette circulent très mal sur la voie menant en ce lieu. Il explique que c’est avec aisance qu’ils font des excès de vitesse et des acrobaties, sans très souvent être inquiétés par les forces de l’ordre. Leurs actes ont entrainé plusieurs fois des accidents, malheureusement entre eux ou avec des riverains. Ce qu’il déplore également est le temps mis par les pompiers pour intervenir quand cela arrive. Il reconnait tout de même que les forces de l’ordre agissent sur ladite voie, mais trouve cela très insuffisant, au regard de la gravité de la situation.

« Ce n’est pas un lieu de baignade »

A Dieudonné Sanou d’affirmer que « d’ailleurs, la Guinguette n’est pas un lieu de baignade ». Il soutient que quand la baignade débute, à leur niveau, les femmes ne peuvent plus se servir en eau dans la rivière en question. L’eau devient trouble et est pleine d’impuretés car dans cette même eau, « d’autres osent avoir des rapports sexuels ». Il ajoute « qu’on ne veut même plus que des gens se baignent dans la rivière-là ». Dokaba Sanou embouche la même trompète que Dieudonné Sanou. Pour lui, il est inconcevable que lorsque des gens viennent et repartent de la Guinguette, qu’on y trouve des préservatifs usagers. C’est un manque total de respect, selon ce dernier. Ceux qui posent ces actes n’ont sûrement pas connaissance des dégâts que cela cause, fait remarquer Dokaba Sanou. Ces actes sont interdits et eux sont fatigués de chaque fois faire des sacrifices pour rectifier le tir en calmant la colère des ancêtres.

« On va continuer avec le blocus »

Dokaba Sanou est claire. « Nous allons continuer avec le blocus » car ce qui se passe à la Guinguette n’est pas bien. Ce que nous faisons n’est pas uniquement que pour Nasso, mais aussi Bobo-Dioulasso et environnent. Si on n’agit pas ainsi, la rivière-là va tarir et cela n’arrangera personne. Pour Gaston Sanou, chef des notables de Nasso, la rivière a ses interdits et ceux qui s’y baignent ne font que les transgresser. A entendre notre interlocuteur, des plaintes ont été déposées mais sans suite. Il dit donc que les autorités sont au courant, mais lui se demande pourquoi rien n’est fait ? A l’entendre, c’est l’une des raisons de leur sortie du 8 mars. « On a décidé d’agir nous-mêmes », lance-t-il. Avant d’ajouter que si les autorités ne vont pas gérer comme il le faut la sécurité des usagers de cette voie et des riverains en plus de la salubrité de la Guinguette, eux ils vont agir.

« On doit prendre cette affaire au sérieux »

Pour le chef du village de Nasso, Tioro Sanou, la question de l’eau est tellement délicate qu’il faut la prendre au sérieux. Il est inimaginable pour lui qu’on puisse entretenir des relations intimes dans la rivière ou dans la forêt. « C’est inconcevable ! A Nasso ici, nous ne buvons que de la saleté », à entendre le chef du village et ses collaborateurs. Pour l’heure les autorités sont interpelées par ces mêmes riverains qui souhaitent qu’elles puissent gérer cette situation.

Encadré

Des jeunes du village de Kokorowé érigent eux aussi des barrages

Le 8 mars 2023, des ressortissants du village de Kokorowé situé à quelques kilomètres de Nasso, ont eux aussi érigé des barrages pour empêcher la baignade sauvage ce jour à la Guinguette. Les raisons sont les mêmes que celles évoquées par les jeunes du village de Nasso. Le chef du village de Kokorowé et les notables sont solidaires de cette décision qui, à en croire les ressortissants de ces deux villages, est de nature à assainir les lieux et pour leur propre sécurité en circulation.

Abdoul-Karim Etienne SANON

Ben Alassane DAO/de retour de Nasso

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