Fermeture des sites d’orpaillage au Sahel : le couteau à double tranchant

Après l’attaque terroriste meurtrière de Solhan dans la nuit du 5 au 6 juin, le gouverneur de la région du Sahel a pris d’importantes mesures dont la fermeture des sites d’orpaillage, l’interdiction de circuler dans la zone à motos et le couvre-feu qui se poursuit. Des mesures qui, si elles sont bien respectées et bien contrôlées devaient permettre de lutter contre, un tant soit peu, le phénomène terroriste dans cette partie du pays.

Les activités de l’orpaillage constituaient des sources de financement du terrorisme car les terroristes prélevaient des droits sur les revenus des orpailleurs qui n’en faisaient certainement pas un problème. Pour ce qui concerne l’interdiction de circuler à moto, tout le monde est unanime que c’est sur ces engins que se déplacent les terroristes. En les interdisant, tout individu se déplaçant sur une moto devient automatiquement suspecte. Pour ce qui est du couvre-feu, toute personne qui sera aperçue au-delà des heures indiquées est également suspecte.

Mais là où il risque d’avoir problème, c’est qu’avec la fermeture des sites d’orpaillage, ce sont de nombreuses personnes qui se retrouvent aujourd’hui sans revenus. Et qu’il va falloir prendre en charge tant sur le plan du logement que sur tous les autres plans alimentaire, sanitaire et même psychologique.

La deuxième difficulté c’est qu’après avoir fermé les sites d’orpaillage, il faut veiller effectivement à ce qu’ils soient bien fermés. Car l’un des objectifs des terroristes est de chasser les populations de leurs localités et exploiter à leur seul profit les sites aurifères. C’est donc un nouveau front qui est en train de s’ouvrir entre les terroristes et les Forces de défense et de sécurité qui doivent surveiller la fermeture de ces sites.

En matière de couvre-feu, on se rappelle que de nombreux habitants de Solhan ont été surpris alors qu’ils étaient certains dans des camions attendant la levée du couvre-feu le matin. D’autres, terrés chez eux à cause du même couvre-feu ont tout simplement été sortis de leurs abris et égorgés. Là aussi, si le couvre-feu doit être maintenu, il faut veiller à ce qu’il soit strictement respecté. Car c’est pendant le même couvre-feu que les terroristes sont venus à Solhan et ont fait autant de morts.

Pour ce qui concerne l’interdiction de circuler à motos, s’ils doivent être interdits, que ce soit pour tout le monde et que cela soit effectif. Et toute personne se déplaçant sur une moto devient tout de suite suspecte.

La difficulté sur le terrain pour toutes ces mesures est, non seulement, leur respect strict par les populations, mais également le strict contrôle qui doit être fait. Autrement, la fermeture des sites ne résoudra pas le problème. Car, il ne servira à rien de prendre des mesures qui ne seront pas mises en œuvre. C’est dire à quel point la lutte contre le terrorisme est complexe et nécessite l’implication directe des populations. A chaque fois, il faut revoir les stratégies afin de les adapter aux exigences de la lutte.

Dabaoué Audrianne KANI

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