Fermeture du Trigone : « On m’a fait la force »

Jean Adama Traoré est le promoteur de l’espace de détente dénommé Le Trigone qui jouxtait le mur de l’aéroport de Bobo-Dioulasso, côté Nord-Est. Le 15 décembre 2022, il nous a accordé un entretien dans lequel il explique comment cet espace de détente, s’est retrouvé fermé et ce qu’il compte faire pour réexploiter le domaine.

Monsieur Traoré, depuis quand avez-vous acquis le terrain pour exploitation ?

Depuis le 12 septembre 2007 que la mairie m’a autorisé l’exploitation du terrain avec une mise en place immédiate.

Pourquoi le lieu n’est plus exploité depuis un bout de temps ?

J’ai mis quatre ans et 5 mois pour exploiter le domaine. En fin de compte, sauf erreur, c’est le 11 novembre 2011 que j’ai inauguré Le Trigone. Et dès lors nous avons fonctionné jusqu’à ce que sur instruction du ministre en charge des transports d’alors, Souleymane Soulama, auprès du gouverneur de la région de fermer Le Trigone pour des raisons initialement de pèlerinage qui est organisé. Car la brigade de l’aéroport estime que tout était fin-prêt sauf qu’un maquis jouxte le mur de l’aéroport et à cause de l’insécurité, elle ne sait pas ce qui peut se passer.

L’instruction donnée, a donc été de fermer Le Trigone. J’ai reçu un courrier le 24 juin 2016, disant que je dois fermer Le Trigone avant le 30 juin 2016. Il était question de terrorisme et de banditisme à Ouagadougou. Je n’ai pas voulu attaquer tout de suite. Parce que j’ai été autorisé à m’installer par la commune. Et en ce moment je n’avais pas vu d’ampliation au niveau de l’ASECNA. J’ai approché cette dernière qui m’a répondu que l’ASECNA a clôturé le domaine dont elle a besoin. Tout espace en dehors de ce domaine relève de la commune. Il fallait donc que je m’adresse à la commune. Sur cette base, je suis venu m’investir, réaliser jusqu’à ce qu’on vienne me sommer de quitter les lieux dans un délai de six jours.

Comment avez-vous accueilli cette instruction ?

Pour ne pas aller contre une autorité de l’État, j’ai d’abord écrit au gouverneur de la région pour lui dire que c’est un espace vide que j’ai voulu exploiter et j’ai été autorisé par la commune. J’ai l’accord de principe de l’ASECNA. Aujourd’hui, on me donne six jours pour déguerpir. J’ai souhaité qu’on me dise si c’est pour le pèlerinage, que je puisse fermer et rouvrir après cela. Nous avons démarré avec un personnel de 39 personnes. C’était le désarroi. Maintenant, je ne sais pas où mettre mon matériel et que faire de ces années d’investissement. En cinq ans d’exploitation, j’ai vu ce que Le Trigone rapportait, c’était 30 à 40 millions de FCFA de chiffre d’affaires annuel.

Le Trigone est fermé, qu’elle est la suite pour vous ?

La fermeture du Trigone, ce n’est pas moi seul, de Ouagadougou jusqu’à Bobo-Dioulasso, tant qu’il y a un aéroport, il y aura des mesures de ce genre et on va fermer tous les maquis. Aujourd’hui, je ne vois pas un seul maquis fermer aux alentours du mur de l’aéroport de Ouagadougou, sur ce prétexte.

Votre appel à l’endroit des nouvelles autorités ?

Si j’ai pu garder 7 ans le lieu fermé, c’est en tenant compte de toutes ces considérations. Pas de refus à la décision de l’autorité, le fait que ce soit une question de sécurité… tout ceci ramène à une seule question. L’aéroport a clôturé le domaine dont il a besoin. Toute autre occupation hors de ce domaine relève de la commune. Sur cette base on m’a aligné sept à huit arguments successifs. J’ai été convoqué au moins deux fois par an depuis que j’ai commencé à exploiter le lieu. Si ce n’est pas l’ASECNA, c’est la brigade de l’aéroport ou la commune, ou encore le gouvernorat. Il y a un déficit de communication, et ça c’est entre l’aéroport et la mairie. On me dit que « si non vous avez fait tout le nécessaire pour occuper les lieux. Aujourd’hui avec l’insécurité on ne veut pas d’ouvrage autour de l’aéroport ». Je dis, mais l’avion traverse toute la ville pour atterrir. En décollant, il y a des cours à gauche et à droite. On me dit que je suis sur l’axe d’atterrissage.

L’avion pourtant passe au-dessus des immeubles avant d’arriver à mon niveau. J’ai signifié dans mon courrier adressé à l’ASECNA, que je ne veux pas faire de truc en altitude. Puisqu’on m’avait demandé de ne pas construire à hauteur des lampes publiques. A mon niveau, rien de tout cela n’a été fait. On a même dépêché deux missions de Ouaga. La première me dit qu’il faut libérer le mur pour que de part et d’autre on puisse voir le pan coupé, de la route direction Banfora à la route direction Nasso. On m’a dit de reculer de deux mètres et demi de la clôture. Je me suis exécuté. La deuxième mission dit que cela ne suffit pas. Cette dernière dit de reculer de quatre mètres, chose que j’ai faite. Aujourd’hui on me parle d’autres choses, ce n’est pas normal.

Que voulez-vous faire concrètement ?

Je veux réexploiter ce domaine. Qu’on me dise les précautions à prendre.

Actuellement, avez-vous adressé un courrier à qui de droit faisant cas de votre souhait ?

Le premier courrier adressé au gouverneur était de lui signifier d’abord le désarroi. Deuxièmement, j’ai adressé un courrier pour demander si je peux trouver un autre espace dans la ville. Le gouverneur m’a répondu qu’il va instruire le maire de trouver deux espaces. On a trouvé deux sites, mais impossible de s’y installer. Avec les différents changements à la tête des institutions, et même du gouvernement, sept ans après Le Trigone reste toujours fermé et je ne sais plus quoi faire. Je n’ai pas porté plainte jusque-là, mais je suis sur le point de le faire. On m’a fait la force et je plaide ma cause.

Abdoul-Karim Etienne SANON

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