Koumi-Moamy :la vente de terres oppose les deux villages

Une benne et deux machines de terrassement en stationnement sur un terrain décapé et des gravas de terre un peu partout. Pour avoir arrêté les travaux, et accusés d’incitation à la violence et de dégradation de biens privés, quatre ressortissants du village de Koumi sont en garde-à-vue au Service régional de la police judiciaire à Bobo-Dioulasso. Et pour cause, le terrain est litigieux.

 

Ce samedi 15 mars lorsque nous arrivions à Koumi aux environs de 9 heures, veille d’une grande pluie qui a cumulé 64 centimètres à Bobo-Dioulasso, seuls les hommes initiés étaient dans les village. « Les femmes et les enfants non-initiés sont tous partis en brousse parce que c’est le dernier jour de célébration du Dô. C’est un cérémonial auquel les femmes et les enfants non-initiés ne participent pas ; car ils ne doivent pas voir le Dô. Pour ce faire, il leur est conseillé d’aller dans le champs ». A l’occasion, les jeunes en initiation, torche-nu, ne portent qu’un cache-sexe fait de cotonnade. Tenant chacun dans la main un coupe-coupe, une hache, un bâton ou tout autre objet symbolisant la bravoure des hommes…initiés au Dô.

Sanou Siaka, lui, n’avait pas la tête à cette cérémonie coutumière. Quatre de ses frères, partis répondre la veille au Service régional de la police judiciaire à Bobo-Dioulasso ne sont pas revenus au village. « On les a gardés là-bas parce qu’on les accuse d’avoir fait arrêter des travaux. Devrions-nous laisser nos terres entre les mains de gens que nous ne connaissons pas ? D’ailleurs, notre objectif était de savoir qui a acheté nos terres et qui les lui a vendues ? », s’est plaint Siaka Sanou. Puis d’ajouter : « chez nous à Koumi, nous ne vendons pas de terres. Nous donnons toujours en exploitation à celui qui veut ; mais jamais il n’est autorisé de vente de terres à Koumi ».

Selon des informations recueillies sur place, l’acheteur serait un opérateur économique, Ali Konaté, qui entend y construire une station d’essence. A en croire Siaka Sanou, « ces terres qui nous appartiennent sont sur le territoire de Koumi et très loin de la frontière avec Moamy. Elles ne peuvent en aucun cas appartenir à un habitant de ce village. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons fait arrêter les travaux afin de savoir qui a osé vendre nos terres à notre insu ».

Sur le site, situé au flanc d’une colline et dans un virage, il y avait effectivement deux machines et une benne en stationnement. Des quantités importantes de terre étaient entassées et devaient certainement être évacuées ou servir à boucher les grands trous qui sont sur le site. Au fond, on pouvait observer un forage dont le tuyau débordait. A la question de savoir s’il y a eu des altercations avec les conducteurs des travaux ou des dégâts sur les engins, Siaka Sanou répond « non ». « Notre objectif n’était nullement de saboter quoi que ce soit, encore moins de nous en prendre à quelqu’un ». Puis il répète : « nous cherchons à savoir qui a vendu nos terres sans nous prévenir et pourquoi ? »

Sur le site également, on pouvait observer des câbles de fibre optique dénudés et un autre complètement coupé. Un coffret déterré « baladait » au milieu des gravats. La route en construction n’est pas en reste car, le caniveau qui devait drainer les eaux a été bouché par les mêmes gravats de terre. Des agents chargés des travaux, venus nous trouver sur les lieux, n’ont pas manqué d’exprimer leur colère. « Les travaux ne sont pas encore terminés et si des gens doivent faire des choses comme ça sans nous prévenir, c’est assez grave. Il nous reste encore une couche de goudron à poser ».

Au Service régional de la police judiciaire que nous avons joint au téléphone, on nous apprend qu’il est reproché aux quatre ressortissants du village des faits de « dégradation de biens privés et d’incitation à la violence ». On apprendra quelques jours après que l’un d’entre eux a été libéré tandis que les trois autres ont été déférés à la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso.

Egalement joint au téléphone (parce qu’absent du pays), Ali Konaté, l’acheteur du terrain et qui effectue les travaux, dit l’avoir « acheté avec des documents établis chez un notaire ». « Je connais un peu la mentalité des gens quand il s’agit de questions de terres. Par conséquent, je prends toujours les précautions qu’il faut quand je dois acheter un terrain ». « C’est un terrain de 20 hectares et moi je n’ai payé que dix hectares il y a environ deux ans. Les travaux ont débuté par un forage il y a un an et personne ne s’est plaint. Il y a seulement un mois que nous avons repris les travaux de terrassement et c’est en ce moment que des gens se plaignent ». Cependant, Ali Konaté reconnait qu’il y a eu un problème « et nous sommes allés chez le Conseiller villageois de développement (CVD) et chez le chef du village où on a essayé de régler à l’amiable ». Sans doute que les positions sont restées inchangées et ce qui devait arriver arriva.

Pour Drissa Ouattara, Conseiller villageois de Moamy, « il n’y a pas de problème sur le terrain. Il appartient à Harouna Ouattara qui l’a vendu à Mady Yaro qui, à son tour, l’a revendu à Soumaïla et c’est ce dernier qui l’a revendu à Ali Konaté ». Pour lui, « tout s’est passé normalement et il n’y a pas de problème ». Il a même ajouté qu’il a été entendu au SRPJ où se trouve sa déposition.

Entre Koumi et Moamy, il y a un véritable problème foncier très latent. « On ne sait vraiment pas ce qui se passe là-bas à Moamy. Ils ont des problèmes fonciers avec presque tous les villages qui les entourent parce qu’ils vendent les terres. Il faut que ça s’arrête », a interpellé un habitant de Koumi. « Nous avons averti les autorités, mais on a l’impression que tout le monde attend un conflit ouvert entre nos deux villages pour intervenir », se lamente un autre.

Séri Aymard BOGNINI