Marché de Bobo-Dioulasso : l’oignon, ce légume rare sur les étales

Rareté sur les étals, prix en hausse et inquiétude chez le consommateur, l’oignon, produit de base de la cuisine burkinabé, devient de plus en plus difficile d’accès. Nous avons fait le constant au marché des fruits de Bobo-Dioulasso, le mardi 02 décembre 2025.

 

Alors que les fêtes de fin d’année approchent, période de forte consommation où les mets traditionnels burkinabè exigent une bonne quantité d’oignons, les ménages font face à une réalité amère sur les marchés : la rareté et la cherté de l’oignon local. Ce bulbe, pourtant essentiel, devient un produit de luxe, poussant le pays à une dépendance accrue aux importations pour satisfaire la demande. La faible disponibilité et les problèmes de conservation expliquent en grande partie cette flambée des prix. La principale production d’oignons au Burkina Faso se concentre sur les mois de janvier  à avril. Durant cette période de récolte abondante, incitant souvent les producteurs à vendre rapidement pour éviter les pertes, les prix sont généralement bas. Cependant, quelques mois plus tard, la donne change radicalement. Comme souvent en fin d’année, le prix du sac d’oignons (de taille standard, souvent autour de 25 kg), connaît une augmentation spectaculaire. Le prix que l’on peuvait observer en début de saison sèche, peut facilement atteindre 12 000 FCFA pour un sac en période de forte tension (octobre à décembre). Pour pallier ce déficit, le Burkina Faso se tourne vers le marché international. L’oignon importé devient alors le substitut incontournable. Les principaux pays fournisseurs sont le Niger, l’Égypte, la Hollande et la Chine. Ces importations, bien que nécessaires, supportent des coûts de transport et de logistique qui se répercutent sur le prix final payé par le consommateur burkinabè. Le cœur du problème de cette rareté saisonnière réside dans les problèmes de conservation de l’oignon local.

Techniques et infrastructures de conservation modernes insuffisantes

La manque d’engrais adapté à l’oignon et le manque d’entrepôt pour la conservation provoquent l’écoulement rapide de nos oignons locaux, ce qui entraine une pénurie et nous somme obliger d’importer. Aussi, une fois cultivé depuis les campagnes, ils rencontrent des problèmes de transport. Les techniques et infrastructures de conservation modernes sont encore insuffisantes et coûteuses pour la majorité des petits producteurs. « Face au risque de pourrissement et au besoin de liquidité, les agriculteurs sont contraints de vendre à très bas prix leur production juste après la récolte, inondant le marché et faisant chuter les prix », déplorent Rasmané Sebo, le président de la coopérative Nong-Taaba, et Abdoulaye Nassa, vendeur d’oignon et membre de ladite coopérative. Pour les ménages, la hausse du prix de l’oignon est un casse-tête quotidien. Dans plusieurs familles et restaurants, les plats traditionnels habituellement riches en oignons, sont revisités ou préparés en quantité réduite. Certains sont même contraints d’augmenter légèrement leurs tarifs pour éviter de travailler à perte. « Sans oignon, la sauce n’a pas le même goût. Mais si on en met beaucoup, on ne gagne plus rien », confie Saidatou Yara, une cliente rencontrée au marché de fruits et légumes de Bobo. En attendant de véritables solutions, les Burkinabé continuent d’affronter une cherté qui fragilise les ménages et pose la question de la souveraineté alimentaire.

Rachidatou DRABO/Stagiaire

Sandra NIGNAN/Stagiaire