Oumar Sanou, chef d’antenne régionale du SP/CNLS-IST : « La région du Guiriko enregistre la prévalence au VIH la plus élevée »

La Journée mondiale de lutte contre le Sida (JMS) est célébrée chaque 1er décembre. Cette une journée en soutien à ceux vivant avec la maladie, sert aussi d’interpellation de l’opinion publique sur l’importance de continuer la lutte.

 

Au Burkina Faso, depuis plus de 30 ans de lutte, le taux de prévalence est passé de 7,17% en 1997 à 0,6% à nos jours. Ce recul spectaculaire est le fruit d’une riposte multisectorielle, d’une forte volonté politique et d’un engagement communautaire sans précédent. Pour Oumar Sanou, le chef d’antenne du Secrétariat permanent du Conseil National de Lutte contre le Sida (SP/CNLS-IST) : « cette journée est une occasion pour rappeler à l’opinion publique que le VIH reste toujours un problème de santé publique. Cette année, l’évènement sera organisé en différé le 05 décembre au niveau central à Ouagadougou et dans la deuxième semaine de décembre au niveau des régions. Présentement, des activités de dépistage volontaire et de sensibilisation sont organisées au niveau national avec le Programme d’appui au monde associatif et communautaire (PAMAC) et le financement de plan d’action de certaines structures par le SP/CNLS-IST pour mener des activités de sensibilisation dans la communauté ».

On ne peut parler de lutte contre le VIH sans mentionner le monde communautaire. Ce sont les acteurs terrain qui sont plus proches des malades et qui également arrivent à détecter ceux qui échappent au système de santé à cause de leur proximité. Selon Hema/Sanon Saly, membre fondateur de l’Association dispensaire trottoir de Bobo (ADTB) : « les acteurs communautaires ont apporté considérablement dans l’atteinte des indicateurs actuels aux niveaux régional et national grâce au soutien psychosocial». «Pendant que les médecins traitaient le corps, les communautaires soignaient l’esprit. Aussi, la mise en place des trois Centres solidarité action sociale (CSAS) au Burkina, au Cameroun et en Centrafrique, a été un tournant décisif dans cette lutte. L’esprit communautaire a évolué et créé une synergie d’action entre les acteurs, aboutissant à la création des réseaux et coalitions tels que le REGIPIV, La CORAB ou la MAS. C’est grâce aussi à ces types d’initiatives que les plaidoyers ont pu aboutir à la gratuité des ARV qui étaient très couteux au début de la maladie. Aussi le continuum des soins permet un suivi de qualité des patients grâce aux références et contre-références », explique-t-elle. Au dispensaire trottoir, les consultations sont gratuites ainsi que le dépistage du VIH et de l’hépatite. L’ADTB, selon Hema/Sanon Saly, mène des sensibilisations en ville comme en campagne afin de donner l’information juste à la population et précisément aux jeunes.

Des résultats assez impressionnants

A l’occasion de cette journée, les acteurs de la région doivent faire une halte afin de faire un bilan sur l’atteinte des X95 de l’ONU Sida. En effet, le premier 95 en lien avec le dépistage veut qu’au moins 95% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, le second concernant le traitement, quant à lui, veut qu’au moins 95% des personnes qui connaissent leur statut VIH suivent un traitement Anti Retro Viral (ARV) et le troisième axé sur la suppression virale veut qu’au moins 95% des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable. Sur l’atteinte de ces indicateurs, le chef d’antenne du Secrétariat permanent du Conseil National de Lutte contre le Sida (SP/CNLS-IST) de la région du Guiriko, Oumar Sanou, souligne que le Burkina affiche des résultats assez impressionnants, le premier 95 est à 91% au niveau national contre 109% au Guiriko, le second point affiche 86% contre 96% au niveau régional et le troisième, le moins performant affiche 37% au niveau national contre 38% au niveau du Guiriko. «Certes on note une bonne performance concernant l’atteinte des indicateurs, mais lorsqu’on se penche sur la situation au niveau des régions, la prévalence la plus élevée en population générale est observée dans le Guiriko plus précisément dans la ville de Bobo-Dioulasso (2,7%), suivie du Kadiogo, Ouagadougou (2,3%), du Djôrô (1,3%), de l’Oubri (0,8%), du Kuilsé (0,7%) et du Goulmou (0,7%). Ce fort taux de prévalence est dû à un certain nombre de comportements et de facteurs à risque auxquels est confrontée notre région », affirme-t-il. Et le chef d’antenne du SP/CNLS-IST du Guiriko d’expliquer que « nous avons Bobo qui est une ville carrefour, de transite, touristique et culturelle. Nous abritons beaucoup de manifestations qui sont souvent le lieu de frottements mal protégés ou pas entre les visiteurs et nos jeunes. A cela s’ajoutent les pratiques sexuelles à risque telles que le multi-partenariat sexuel, les tontines sexuelles, les partouzes, le phénomène de suggar daddy ou suggar momy». «Cette situation fait que nous devons être permanemment en alerte», prévient par ailleurs monsieur Sanou

 

Il reste encore beaucoup à faire

Si la prévalence en population générale semble être stable depuis quelques années, cela n’est pas le cas chez certains groupes spécifiques tels que les populations à haut risque. En effet, l’étude bio-comportementale de 2022 du SP/CNLS-IST montre une prévalence nationale de 6,8% chez les travailleuses du sexe (TS) avec des disparités régionales (Bobo, 8,2% ; Koudougou, 7% ; Ouagadougou, 6,5%). La même étude donne une prévalence nationale de 27,1% chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes avec également des écarts selon les régions (Bobo, 28,3% ; Ouaga, 26,6%).

Au vu de ces données, on pourrait dire qu’il reste encore beaucoup à faire dans la lutte contre le VIH malgré les avancées significatives en matière de dépistage, d’accès aux traitements et de la gratuité des examens biologiques. Par ailleurs, de nouvelles approches sont entrain d’êtres développées pour améliorer la prise en charge pédiatrique, qui reste un problème au niveau des files actives. Les structures communautaires font face à des problèmes de mobilisation de ressources qui pourraient ralentir les interventions auprès de leurs cibles.

Rachid SANOU/Stagiaire