Personnes vivant avec un handicap : déficients visuels, mais décidés à assurer leur indépendance financière

L’Association burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (ABPAM Espérance) accompagne les personnes déficientes visuelles vers l’autonomie. Au cours d’une immersion dans ses locaux à Bobo-Dioulasso, le lundi 12 octobre 2026, nous avons découvert des femmes et des hommes qui, malgré les difficultés liées à leur handicap, travaillent, apprennent et produisent pour gagner leur vie. Lisez!

 

Il est 10 h 15 mn, le lundi 12 octobre 2026, lorsque nous franchissons le portail de l’Association burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants à Bobo-Dioulasso. À l’intérieur, l’activité bat son plein. Dans les salles de classe de l’école des jeunes aveugles, au sein du siège de l’ABPAM, des élèves suivent leurs cours. Les uns manipulent des outils d’écriture en braille, tandis que quelques élèves voyants utilisent des ardoises classiques.

Plus loin, on y trouve des membres de l’association actifs autour de leurs activités créatives. Certains confectionnent des lipikos (des sièges traditionnels tissés) ainsi que des chaises. D’autres fabriquent des sacs à main destinés à la commercialisation.

Ici, la déficience visuelle n’empêche ni l’apprentissage ni la créativité. Les gestes sont précis.  Acquérir des compétences, exercer un métier et gagner dignement sa vie.

Pendant deux heures de temps passées sur les lieux, le constat est clair. Les personnes aveugles et malvoyantes peuvent développer leurs capacités, contribuer à la vie économique et participer pleinement au développement de leur communauté.

 

À l’école, le braille ouvre les portes du savoir

À travers son école, l’ABPAM accompagne les élèves déficients visuels du  CP1 jusqu’à l’université et même au niveau des écoles professionnelles.

Dans les salles de classe que nous visitons, les élèves suivent les mêmes programmes que leurs camarades voyants. La principale différence réside dans les outils utilisés, notamment l’écriture et la lecture en braille.

Pour la directrice de l’établissement, Mariam Sangla Bakouan, la déficience visuelle ne doit jamais constituer une raison de priver un enfant d’éducation. « Ce ne sont pas les yeux qui travaillent, mais la tête », affirme-t-elle. Elle précise que la capacité d’apprendre ne se résume pas à la vue. « Les efforts de l’ABPAM en matière d’éducation ont d’ailleurs été récompensés. Lors de la cérémonie d’excellence scolaire organisée cette année au sein de l’Arrondissement 7 de Bobo, l’association a reçu une attestation de mérite en reconnaissance de son engagement et de ses résultats. Notre établissement a enregistré un taux de réussite de 100 % au Certificat d’études primaires », informe-t-elle.

De la formation professionnelle à l’autonomie financière

Au-delà de l’école, l’ABPAM mise sur la formation professionnelle pour favoriser l’autonomie de ses membres. L’association propose plusieurs activités. Par exemple, elle organise des formations notamment de janvier à juin et des apprentissages qui peuvent se poursuivre en soirée. Les bénéficiaires sont initiés à plusieurs métiers à savoir le tissage , la confection de sacs, la  fabrication de savon,  la transformation de produits alimentaires, la préparation de pâte d’arachide et de soumbala. Pour certains bénéficiaires, ces formations ont déjà permis d’ouvrir de petits points de vente et de disposer d’une source de revenus. Des initiatives qui, selon eux, contribuent à réduire la dépendance financière vis-à-vis des proches.

 

Béranger Somda, le tissage comme source de revenus

Parmi les personnes rencontrées au cours de notre visite figure Béranger Somda, un déficient visuel. Son activité consiste à confectionner des lipikos d’une ou deux places et des chaises. Ses mains parcourent les matériaux avec assurance. Chaque geste participe à la confection des lipikos destinés à être vendus. Pour lui, ce métier constitue un moyen  de subvenir à ses besoins. « Si tes yeux ne voient pas, tu peux travailler. C’est un travail qui peut même aider les gens à s’en sortir dans la vie », affirme-t-il.

Grâce aux commandes qu’il reçoit, Béranger parvient à se faire un peu d’argent pour ses besoins. Il indique vendre un lipiko d’une place à 25 000 F CFA. En plus de son travail de confection, il transmet son savoir-faire à d’autres membres de l’association.

 

Mariam Kanazoé confectionne des sacs pour gagner sa vie

Du côté des femmes, Mariam Kanazoé, déficiente visuelle et membre du comité des femmes de l’ABPAM, s’est lancée dans la confection de sacs. Elle fait de cette activité artisanale un moyen de gagner sa vie. Chaque sac confectionné représente le fruit de son travail et une possibilité de disposer de ses propres revenus. « Si tes yeux ne voient pas, tu dois te lever et exercer un métier pour ne dépendre de personne », estime-t-elle. Elle vend ses sacs à 6 000 F CFA l’unité. À travers ce travail, elle participe aux dépenses quotidiennes.

 

Culture et sport : d’autres espaces d’expression

 

L’action de l’ABPAM ne se limite pas à l’éducation et aux activités génératrices de revenus. L’association encourage également la participation de ses membres à la vie culturelle et sportive. Des troupes de danse, de théâtre et de musique leur permettent d’exprimer leurs talents, de développer leur créativité et de prendre part aux activités communautaires. Sur le plan du sport, les membres pratiquent notamment le torball, un sport collectif conçu pour les personnes déficientes visuelles.  À titre illustratif, leurs équipes ont remporté quatre titres de champion national.

 

Le plaidoyer de l’ABPAM

 

Malgré les acquis enregistrés, l’association reste confrontée à plusieurs difficultés. Son président, Lamine Hié, a signalé le coût élevé du matériel d’écriture en braille et l’insuffisance des machines de transcription. «Ces équipements sont indispensables pour permettre aux élèves aveugles d’accéder aux supports pédagogiques et de suivre leurs études dans de bonnes conditions », note-t-il. Le président de l’ABPAM souhaite également que les cantines scolaires puissent fonctionner dès les premiers jours de classe dans les établissements concernés. « Certains passent toute leur journée à l’école alors qu’ils doivent se restaurer convenablement», relève-t-il. L’association appelle ainsi les autorités à poursuivre les efforts en faveur de l’éducation et de l’insertion des personnes déficientes visuelles. Toutefois, elle exprime sa reconnaissance à l’État burkinabè pour les soutiens déjà accordés.

 

L’ABPAM, plus de trois décennies au service des personnes déficientes visuelles

 

Créée en 1989 et officiellement reconnue le 16 février 1993, l’ABPAM œuvre pour l’éducation, la formation professionnelle et l’insertion socio-économique des personnes aveugles et malvoyantes. Son président, Lamine Hié, explique que l’association intervient dans plusieurs localités du Burkina Faso, notamment à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Elle accueille également des élèves et des jeunes issus de différentes régions, parmi lesquelles le Tannounyan, le Guiriko, le Bankui et le Djôrô. L’objectif premier de l’association est la sensibilisation.

Ben Alassane DAO