Les pelleteuses sont a pied d’œuvre à Colsama, au secteur 21, au secteur 9, Colma au secteur 11 et à Sarfalao, secteur 17 de la ville de Sya. Lancés dans le cadre du Projet de Mobilité et de Développement Urbain des Villes Secondaires, les travaux de construction de caniveaux et d’aménagement des voies suscitent à la fois soulagement, impatience et sacrifices temporaires chez les riverains.
Le jeudi 19 février 2026, au petit matin, le vacarme des engins sur le chantier rythme la circulation au secteur 21. Au niveau du Guichet Unique du Foncier, une partie du boulevard de la Révolution est sectionnée. Des techniciens, casques vissés, s’activent autour d’un large fossé en construction. La scène tranche avec l’image habituelle du quartier en saison des pluies, très souvent submergé par des eaux boueuses. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du Projet de Mobilité et de Développement Urbain des Villes Secondaires, initié par l’Etat avec l’appui de ses partenaires. A terme, il s’agit de renforcer et moderniser les infrastructures vieillissantes et offrir un nouveau visage aux grandes villes de l’intérieur du pays.
Les habitants racontent des nuits blanches
Au niveau de la Société Nationale de la Culture (SNC), un fossé traverse désormais la cour et longe le Guichet Unique du Foncier. La chaussée est partiellement barrée, mais la circulation est maintenue grâce à des déviations soigneusement aménagées. Les usagers, disciplinés, s’y conforment. Dans ce quartier, habituellement chaque saison des pluies rime avec angoisse chez les riverains. L’absence d’un système efficace d’évacuation des eaux transforment les rues en de véritables mares. Les habitants racontent des nuits blanches, passées à évacuer l’eau pour sauver meubles et marchandises. «Quand il pleuvait, on ne dormait pas. À 2 heures du matin, on était déjà dehors pour empêcher l’eau d’entrer dans nos maisons. Aujourd’hui, on souffre un peu avec les travaux, mais c’est pour un mieux », témoigne Ousmane, boutiquier de son état. À quelques mètres de là, Alidou Traoré, un autre riverain, partage le même soulagement. «On a trop souffert ici. Avec ces caniveaux, nos enfants ne grandiront plus dans la peur des inondations», laisse-t-il entendre.
Des travaux qui imposent des sacrifices
Si l’espoir domine chez les riverains, le chantier impose aussi des sacrifices. Dans son salon de coiffure presque vide, Boureima Ouédraogo attend des jours meilleurs. La clientèle se fait rare, freinée par l’accès difficile. En face du Guichet Unique, la couturière Traoré Florentine admet aussi que ses recettes ont baissé. «Ce n’est pas facile, mais on comprend. Il faut accepter un peu de gêne aujourd’hui pour être tranquille demain », confie-t-elle. À l’approche de la Semaine Nationale de la Culture, la pression s’intensifie sur les responsables du chantier. Les délais sont scrutés avec attention, car la ville se prépare à accueillir des milliers de visiteurs.
Tourner la page des effondrements
À Colma, même effervescence. Les fossés prennent forme le long des habitations. Devant certains portails, des passerelles métalliques ont été installées pour permettre aux familles de circuler malgré les tranchées béantes. Ouédraogo Sarata, épouse d’un commerçant, se souvient des torrents d’eau incontrôlables : «Pendant la pluie, on ne pouvait rien maîtriser. Parfois, des enfants étaient emportés. Aujourd’hui, on accepte la poussière et le bruit des engins parce qu’on veut la sécurité». Pour Boubacar Sankara, le défi est quotidien : sa voiture dort désormais à l’extérieur, faute d’accès à son domicile. «C’est risqué, mais ça vaut le sacrifice, si c’est pour mettre fin aux inondations,», affirme-t-il. À Sarfalao, les anciens du quartier voient dans ces travaux une délivrance attendue. Philippe Simporé évoque les saisons pluvieuses marquées par des effondrements de maisons fragiles, des boutiques inondées et parfois des pertes en vies humaines. «Chaque pluie était une épreuve. Si ces ouvrages tiennent leurs promesses, ce sera une révolution pour nous », assure-t-il. À travers ces différents chantiers, Bobo-Dioulasso semble amorcer un tournant décisif en termes d’ouvrages d’assainissement. Entre nuisances temporaires et promesses d’un cadre de vie assaini, les habitants choisissent l’espoir. Sous le soleil de février, au milieu de nuages de poussière et du bruit des machines, une certitude s’impose : la ville de Bobo se transforme, et avec elle, l’avenir de plusieurs quartiers longtemps meurtris par les eaux de pluie.
Issa OUEDRAOGO/Stagiaire
Abhu Bakr Assédic TRAORE/Stagiaire
