Autant le dire : envoyez-les, tous au champ ou au front !

Les Burkinabè n’ont pas vécu et ne vivent pas de la même manière le phénomène du terrorisme. Alors que ceux des campagnes dont les localités ont été attaquées, les écoles et les centres de santé pillés et incendiés, les bétails volés, les maisons incendiées, savent de quoi il s’agit et redoutent un retour du phénomène, ceux des villes ne sont pas sur les mêmes ondes. Ils entendent parler du terrorisme et des exactions que les groupes armés terroristes font sur les populations et leurs biens. C’est lorsque certains reçoivent leurs parents chassés de leur village ou enregistrent un parent combattant mort sur le champ d’honneur, qu’ils réalisent qu’il y a des attaques terroristes dans le pays. C’est cette catégorie de Burkinabè qui inonde les maquis et les boites de nuit où ça coule à flot. Ce sont aussi ces Burkinabè qui, sur les réseaux sociaux à l’aide de leurs téléphones, diffusent des messages de haine et d’intolérance susceptibles de porter préjudice à la cohésion sociale et à la paix.

En vérité, ces Burkinabè de la ville ne connaissent pas les véritables réalités de leur pays et les conditions difficiles dans lesquelles vivent certains de leurs compatriotes en proie au terrorisme. Ce sont ces gens qui, pour un oui ou pour un non, descendent dans les rues pour revendiquer des choses dont ils n’ont aucune connaissance véritable. C’est en cela que le rôle des leaders d’opinion ou communautaires est crucial.

Si les Burkinabè des campagnes sont éduqués et forgés par l’expérience du terrain, ceux des villes qui n’en ont pas reçu, doivent être forgés par la sensibilisation, la formation réelle à partir d’expériences ou d’exemples concrets. Il y a quelques années en arrière, les parents envoyaient leurs enfants au village pendant les vacances afin qu’ils s’imprègnent des réalités de la campagne. Aujourd’hui, cela n’est plus le cas. En tout cas, pas systématiquement.

L’immersion patriotique et le Service national pour le développement (SND) sont-ils suffisants pour que les jeunes des villes découvrent les réalités profondes de notre pays ? Même si cela n’est pas suffisant, ça constitue déjà un pas en avant qu’il faut suffisamment exploiter afin de forger de véritables Burkinabè qui connaissent très bien leur pays. Non pas parce qu’ils ont entendu ou lu dans les médias ou dans les livres, mais parce qu’ils ont pratiqué le terrain, le vrai.

C’est pourquoi, il n’est pas exagéré de saluer et d’encourager le convoiement au front de certains Burkinabè, notamment les plus jeunes quand ils ont des comportements déviants. Ce qui leur permettra de prendre la température réelle de leur pays et d’en être les porte-voix auprès de ceux qui ne connaissent pas encore le terrain. On ne peut pas être dans le même pays et ne pas connaitre les mêmes réalités. Certains sont assis dans les villes, boivent la bière, mangent de gros morceaux de poulet ou de viande de mouton au riz soumbala, et ignorant que des producteurs travaillent durement dans des champs avec l’angoisse permanente que la pluie ne soit pas au rendez-vous pour qu’eux, ils puissent manger. Et ce sont eux qui empoisonnent le climat social avec des mégas de 100 ou 200 FCFA. Envoyez-les, tous au champ ou au front !

Dabaoué Audrianne KANI