
« Bâtir une paix durable au Burkina Faso : quelle contribution des femmes et des filles à la promotion du vivre-ensemble ». C’est le thème consacré à la journée du 8-Mars 2026 au Burkina Faso. L’objectif à travers ce thème est de favoriser l’autonomisation de la femme afin de lui permettre de contribuer de façon générale au développement, à la paix et au vivre-ensemble. Aussi, pour cette année, le gouvernement a privilégié les actions concrètes sur le terrain. C’est ainsi qu’on a assisté dans plusieurs localités à des remises de plateformes de productions maraichères à des groupements de femmes. Pour corroborer ces actions sur le terrain, le gouvernement a formellement interdit les activités de réjouissances populaires telles que les djandjobas. Seul le pagne a été autorisé. Mais, le Faso Dan Fani ou le Koko Donda pour faire endogène et donner suite à la politique gouvernementale du « consommer local ».
S’il est vrai que l’autonomisation financière ou économique de la femme peut bien contribuer au bien-être de la famille et contribuer à la paix et au vivre-ensemble, il faut tout de même relativiser. L’autonomisation de la femme, c’est par rapport à qui ? Si c’est l’homme, on est fondé à se poser la question de savoir en quoi l’autonomisation financière et économique de la femme par rapport à l’homme peut-elle contribuer à la « paix durable au Burkina Faso » et « promouvoir le vivre-ensemble ? »
Dans nos sociétés africaines, l’homme et la femme se complètent. Parce que chacun a un rôle spécifique à jouer. Mais depuis que nous avons tenté de copier le modèle occidental de vie dans lequel on a mis en avant l’émancipation de la femme par rapport à l’homme, la vie en communauté a rencontré des difficultés. Sans verser dans certaines considérations, on peut dire que dès le début de l’humanité, l’homme et la femme vivent ensemble. Et c’est ce vivre-ensemble, chacun en ce qui le concerne dans le rôle qui est le sien, qui fait le socle de la famille et l’harmonie dans la société. Là où l’homme apporte les vivres (maïs, mil par exemple), la femme apporte la sauce. C’est suffisamment symbolique pour traduire la complémentarité entre l’homme et la femme.
Le côté festif qu’on a interdit est sans doute pour marquer les esprits par rapport au contexte national que vit le pays depuis plus d’une dizaine d’années. Un contexte fait de lutte contre le terrorisme, d’insécurité et de reconquête du territoire national en vue de notre souveraineté et de notre indépendance véritable. On ne peut donc pas dans un tel contexte, faire la fête. Cependant, là aussi il faut relativiser car en Afrique et dans la plupart de nos sociétés, la danse fait partie de nos expressions de joie et même de tristesse. Car, elle est présente dans presque toutes les cérémonies ; qu’elles soient religieuses ou coutumières, de joie ou de peine. Le djandjoba par exemple est une danse culturelle pratiquée par les femmes au cours de certaines cérémonies festives, notamment les mariages et les baptêmes.
Le 8-Mars n’étant pas une invention africaine ni burkinabé, il convient de le repenser sérieusement pour le convenir à nos traditions et en faire effectivement un moment de renforcement de la cohésion, du vivre-ensemble et de complémentarité véritable entre l’homme et la femme.
Dabaoué Audrianne KANI