Autant le dire…: verdict affaire Yé Camille et autres, gérons autrement les biens publics

Le verdict du tribunal dans l’affaire de détournement de fonds au ministère de l’Action humanitaire, de la Solidarité et de la Famille, phase 2, est tombé. Ce vendredi 27 mars, le tribunal a rendu sa sentence. Pendant que certains accusés ont été acquittés, d’autres ont été condamnés. C’est le cas de Yé Camille (celui-là même par qui cette affaire est arrivée devant les juges) et de Laure Zongo Hien, ancien ministre au moment des faits, qui ont pris respectivement 11 ans et 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt en plus des peines pécuniaires. Si pour les uns ces peines sont conformes aux actes commis et par conséquents dissuasives, pour d’autres elles sont assez lourdes. Car, ce n’est pas toujours évident qu’en jetant un citoyen pendant longtemps en prison qu’on donne l’exemple aux autres.

Dans tous les cas, les professionnels du droit disent que la prison ferme est l’exception. Autrement, l’objectif d’un procès n’est pas toujours la condamnation ferme. Mais l’éducation. Aussi, les Burkinabè, y compris les concernés, doivent considérer le procès et le verdict qui en est sorti comme un appel au changement de comportement dans la gestion de la chose publique. Les Burkinabè ont eu l’occasion de suivre en direct les débats pendant le procès. Ils se sont sans doute fait une idée des peines que les accusés encouraient. Car, comme dirait l’autre, « ils se sont partagés l’argent du peuple ». Et ça, ça se paye. Quel que soit le prix. Le juge, pourrait-on dire, n’a dit que le droit. Libre aux condamnés et leurs conseils de faire appel s’ils ne sont pas satisfaits du verdict rendu. C’est aussi cela la justice. En effet, la justice a un rôle de premier plan dans le processus de transformation enclenché pour bâtir un Burkinabè nouveau et une nation forte et prospère. Basée sur la juste répartition des ressources nationales. Les Burkinabè doivent comprendre que les ressources nationales ne doivent plus appartenir à une catégorie de Burkinabè parce qu’ils ont eu la chance de se retrouver dans les circuits des finances ou dans des positions privilégiées. Le Burkina Faso n’est pas un pays pauvre. Il a été appauvri par ceux qui devaient le servir. Et qui se sont servis au lieu de le servir. Si bien qu’il n’est pas exagéré de dire que ce sont quelques individus qui détiennent à eux seuls la majorité des richesses du pays. Dont ils se sont accaparées parce que l’occasion leur a été malheureusement donnée à un moment donné de la gouvernance du pays.

Si ventre creux n’a point d’oreille, la violence et les conflits s’alimentent à la source de la pauvreté, elle-même consécutive à la mauvaise gestion des ressources des nations. Aussi, le Burkina Faso n’aurait jamais une certaine vague de violence politique et physique si tous ceux qui ont eu à gouverner depuis les indépendances l’avaient fait au strict bénéfice de l’ensemble des populations. Des communautés ont manifesté leur mécontentement parce qu’elles ont estimé à un moment donné que la République les a abandonnées. Des composantes de la société ont pris des armes pour proclamer le changement parce que leurs droits ont été brimés. Il faut que ça s’arrête !

Dabaoué Audrianne KANI