
« Je vous invite à consacrer l’usage du terme « Camarade », que ce soit dans les correspondances administratives, que lors des prises de parole et de discours ». Depuis que le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, dans une correspondance adressée à « Tout président d’institution et à Tout ministre », a demandé l’harmonisation du terme « Camarade » dans le contexte de la Révolution Progressiste populaire (RPP), le terme s’est réapparu dans l’espace public. Avec tout ce que cela peut comporter comme avantages et inconvénients.
Aussi, malgré que le Premier ministre invite dans sa correspondance « à consacrer l’usage du terme « Camarade » que ce soit dans les correspondances administratives que lors des prises de paroles et des discours » des Burkinabè ont tout de suite compris que tout le monde est devenu « Camarades ». A tel point que quelqu’un a exigé qu’on l’appelle « Camarade « au lieu de « Kôrô » (grand-frère ». C’est certes son choix et son droit. Cependant, en Afrique et particulièrement au Burkina Faso, quand on appelle quelqu’un Kôrö ou grand-frère, c’est un signe de grand respect. Qui implique en même temps la hiérarchie et le droit d’ainesse. C’est une grande valeur sociale. Idem quand on appelle petit-frère, grand-père, papa ou maman, tante ou oncle, grand-sœur ou petite-sœur, fils ou fille. C’est exactement la même chose quand on vouvoie quelqu’un.
En outre, même si le Premier ministre ajoute qu’il « importe de veiller à ce que notre langage officiel reflète l’esprit d’égalité, de fraternité combattante et de solidarité active entre les dirigeants et le peuple en marche vers l’édification d’un Burkina Faso nouveau », cela ne veut nullement dire que l’élève doit appeler son maître « Camarade », et l’enfant son père « Camarade ».
Il est vrai que le terme « Camarade » fait référence à la proximité, à la fraternité et l’égalité entre individus, Burkinabè de tous bords, mais il ne faut pas du tout perdre de vue que nos sociétés et nos communautés reposent sur des valeurs sociales sur lesquelles il nous est d’ailleurs demandé de bâtir le Burkinabè nouveau. Même dans l’administration, le respect de la hiérarchie est conseillé pour la bonne marche du travail. Le Directeur demeure le Directeur général, de même que le chef de service, de section, l’agent de surface ou l’agent de liaison. Cette rigueur hiérarchique est davantage plus affirmée dans l’armée ou chez les paramilitaires.
En effet, les Burkinabè comprennent très souvent si bien certaines choses qu’ils exagèrent dans leur application. Le Premier ministre a indiqué que l’utilisation du terme Camarade est recommandée dans les correspondances administratives, les prises de parole publiques et dans les discours. Alors que chacun sache raison garder.
L’on se souvient que sous la Révolution démocratique et populaire de Thomas Sankara, les Burkinabè avaient tellement galvaudé le terme « Camarade » que certains ont cru qu’ils avaient gardé les bœufs ou chassé les margouillats avec leurs supérieurs ou leurs grand-frères. Il ne faut certainement pas commettre les mêmes erreurs, le vivre-ensemble dans une société répond aussi à des règles.
Dabaoué Audrianne KANI