Souleymane Boly, Directeur Pays d’Endeavour Mining au Burkina Faso :« Le contenu local est un levier stratégique de transformation au Burkina Faso”

Dans un contexte africain où le secteur minier est en pleine mutation, Endeavour Mining affirme sa volonté de promouvoir le contenu local comme vecteur de développement durable et de création de valeur. Dans cet entretien, Souleymane Boly, Vice-président des affaires publiques d’Endeavour Mining au Burkina Faso, nous expose la vision du groupe à l’échelle nationale, les résultats enregistrés sur les sites de Houndé et de Mana, ainsi que les perspectives à moyen terme pour renforcer l’autonomisation des communautés locales.

 

Monsieur le Directeur Pays, quelle est la vision d’Endeavour Mining en matière de contenu local dans un contexte minier africain en pleine mutation ?

Le contenu local revêt pour nous une double importance : stratégique et réglementaire. Il s’agit de renforcer les capacités des entreprises burkinabè, de créer des emplois qualifiés et durables, de développer des compétences nationales et de stimuler l’innovation. L’ensemble de ces actions contribue à l’élévation des standards industriels. Chez Endeavour, nous avons mis en place depuis cinq ans une politique de contenu local ambitieuse et inclusive. Aujourd’hui, notre entreprise se distingue par la qualité et la cohérence de ses efforts en matière de développement de chaînes d’approvisionnement locales.

 

Vous évoquez souvent le contenu local comme un levier de dynamisation économique. Quelles sont, concrètement, les retombées observées dans les communautés proches de vos sites ?

Nous pouvons illustrer cela par quelques chiffres clés. Aujourd’hui, plus de 80 % des achats réalisés pour nos mines de Houndé et Mana proviennent de fournisseurs locaux au Burkina Faso. En 2024, cela a représenté environ 165 milliards de FCFA injectés dans l’économie locale et nationale.

Au-delà du montant, ces investissements se traduisent par la création d’emplois durables et le transfert de compétences aux acteurs burkinabè. Autour de nos mines, nous observons avec fierté une plus grande autonomie des entrepreneurs locaux.

Nous avons aussi financé des formations techniques pour les jeunes, leur permettant d’intégrer pleinement la chaîne de valeur minière. L’économie circulaire générée par nos activités profite désormais davantage aux communautés locales.

 

Quelles sont, selon vous, les prochaines étapes pour favoriser l’émergence de « champions locaux » dans vos chaînes d’approvisionnement ?

La prochaine étape est de renforcer davantage les compétences locales. Cela implique non seulement d’acheter localement, mais aussi de co-construire un tissu industriel performant, conforme aux standards internationaux. Nous travaillons sur trois axes principaux : des programmes de formation à destination des fournisseurs, l’accès au financement pour les entreprises locales, et un accompagnement technique pour les aider à respecter les normes en matière de santé, sécurité et environnement. Par exemple, nous avons noué en 2023 un partenariat inédit avec Ecobank pour créer un dispositif de financement inédit pour nos fournisseurs locaux. C’est une première en Afrique et cela leur permet de devenir champions dans leurs activités respectives.  Cette dynamique concerne nos opérations au Burkina Faso, mais aussi au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

 

Pouvez-vous nous parler de l’impact social des initiatives menées à Houndé et à Mana, en termes d’emploi des jeunes et d’autonomisation des femmes ?

À Houndé, de 2008 à 2018, nous avons accompagné 88 femmes appelées affectueusement les « Chop Ladies », qui préparent quotidiennement plus de 1 000 repas pour nos employés. En 2023, leur activité a généré 850 millions de FCFA. À Mana, nous soutenons des coopératives féminines qui fabriquent des savons à base du savoir-faire local, utilisés notamment dans les bases vie des employés. Nous avons aussi formé, depuis 2021, plus de 300 jeunes, chacun recevant un kit d’installation pour démarrer son activité. Nous avons appuyé la production de miel pour une centaine d’agriculteurs ainsi que le tissage et la production des pagnes « Koko Dunda ». Ce sont autant d’initiatives concrètes qui traduisent notre engagement social.

 

L’un des défis majeurs reste la montée en compétences des fournisseurs. Quelles actions menez-vous pour les accompagner ?

Nous avons mis en place un premier atelier de formation sur site et organisé des séances de sensibilisation pour rapprocher les fournisseurs des standards attendus. Nous les accompagnons également dans la compréhension et la gestion des procédures d’appel d’offres. Notre objectif est de créer un écosystème compétitif, capable de répondre aux exigences d’un groupe international comme le nôtre, tout en s’inscrivant dans une logique de développement local.

 

Quel bilan tirez-vous après cinq années de mise en œuvre de votre stratégie de contenu local ?

Le bilan est extrêmement positif. Il s’agit d’une stratégie bien pensée, ancrée dans les réalités de notre pays, inclusive et ambitieuse. Elle a permis non seulement de dynamiser les produits locaux, mais aussi de renforcer la cohésion sociale dans les zones où nous opérons. Le contenu local est aujourd’hui un pilier de notre responsabilité sociétale, mais aussi un levier de performance économique. Collaborer avec des partenaires enracinés dans le tissu local est un gage de succès pour nous.

 

Quels sont vos engagements pour les cinq prochaines années, dans un contexte burkinabè qui souhaite renforcer le contenu local ?

Nous allons continuer à renforcer les capacités locales dans d’autres régions, notamment en appuyant des projets portés par des jeunes et des femmes. Nous souhaitons également intégrer de nouveaux secteurs liés à l’économie verte tels que l’énergie solaire, le recyclage ou encore à la culture de plantes à forte valeur ajoutée. Le contenu local reste au cœur de notre stratégie. En tant qu’acteur engagé, nous voulons continuer à jouer un rôle moteur dans le développement économique du Burkina Faso.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux entrepreneurs locaux et aux jeunes Burkinabè qui souhaitent intégrer la chaîne de valeur minière ?

Nous les encourageons à oser : oser se professionnaliser, oser innover, oser s’intéresser au secteur minier. Nous sommes prêts à les accompagner, mais le premier pas doit venir d’eux. Le Burkina Faso est aujourd’hui un exemple en matière de contenu local, et d’autres pays s’en inspirent. Il nous appartient collectivement de maintenir ce leadership en créant un cadre favorable à l’émergence d’un secteur privé national fort et compétitif.

 Aymeric KANI