
La collecte de métaux usagés constitue une activité quotidienne pour de nombreux habitants qui trouvent dans cette filière une source de revenus stable. Afin de comprendre les rouages de ce secteur souvent ignoré du grand public, une immersion auprès des acteurs locaux a permis de mettre en lumière un maillon non négligeable de l’économie à Bobo-Dioulasso.
Le métier de ferrailleur repose sur le rachat et le recyclage de matériaux usagés, comme le fer, l’aluminium, l’inox ou encore les batteries usagées de tous types. Cette profession s’organise en plusieurs maillons bien distincts. D’un côté, les collecteurs ambulants qui arpentent les quartiers de la ville avec leurs charrettes, cloche en main pour signaler leur passage et racheter les métaux au kilogramme. De l’autre, les grossistes qui centralisent ces arrivages dans des points de collecte avant de les expédier vers les usines de recyclage.
Fixation des prix et enjeux économiques
En assurant ces tâches de ramassage et de tri, la filière génère des emplois dans le secteur informel et participe à la baisse du chômage. Pour appréhender la réalité du terrain, une rencontre a eu lieu avec le Syndicat national des commerçants de ferraille du Burkina Faso (SNCFB). Les représentants syndicaux expliquent que le tarif d’achat du fer s’établit à 140 francs CFA le kilogramme sur les sites de regroupement. Ce prix est fixé directement par les usines de fonderie. Ce qui engendre des tensions lors des achats en raison des variations constatées des prix sur le marché du fer, car le client s’attend à un prix qu’il a en tête et quand il se retrouve avec un prix à la baisse, ce sont les commerçants qui sont indexés. Pourtant, eux aussi font face à cette fluctuation de prix fixés par les fonderies.
Une fois rassemblés, les stocks sont transportés dans des camions dont ils assurent le transport eux-mêmes vers les usines de recyclage implantées à Ouagadougou, notamment CIM Métal et Fuda Métal. L’exportation brute de la ferraille hors des frontières est interdite. Cette disposition crée des difficultés logistiques et financières aux commerçants du secteur, qui se retrouvent par moment avec des volumes de métaux sans acheteurs.
Les revendications du syndicat face au marché local
Le président du syndicat des commerçants de ferraille, Ibrahima Traoré, exprime la position des acteurs de terrain en expliquant que les membres de la profession acceptent l’interdiction d’exporter et ne cherchent pas à aller à l’encontre des décisions prises par les autorités. Il précise toutefois que les opérations de tri au niveau national ne facilitent pas la tâche du regroupement des matériaux car l’ensemble des métaux ne trouve pas preneur auprès des usines locales, alors que ces matières ont été achetées sur le terrain. Il indique que les acheteurs industriels restent seuls maîtres de leurs critères d’achat. Face à cette situation, les collecteurs demandent l’établissement d’une liste claire des métaux acceptés par les structures locales ainsi que l’octroi d’autorisations d’exportation pour les métaux que les fonderies n’arrivent pas utiliser dans leurs unités comme l’acier, la fonte, l’inox et bien d’autres.
Recyclage des batteries, une dure réalité
Modou Séré, commerçant de ferraille en activité dans la ville de Bobo-Dioulasso, indique aussi que la vente des batteries est source de désaccords. Il y a un seul endroit de vente au Burkina, monopolisé par une seule personne qui change les prix selon son bon vouloir car l’exportation est aussi interdite. Elle seule peut acheter, transformer et exporter, a-t-il expliqué. Aussi, il demande l’intervention des autorités afin d’obtenir des autorisations d’exportation ciblées pour les batteries usagées ou une unité de transformation de batteries qui sera une source de revenus pour le pays. Ce qui pourrait certainement alléger ses désagréments dans leur commerce.
Un besoin urgent de formation et d’accompagnement
En plus des difficultés liées aux débouchés et à la réglementation, les commerçants de ferraille sollicitent l’appui des autorités pour accéder à des sessions de formation adaptées à leur domaine d’activités. Ce qui leur permettra d’acquérir des compétences techniques sur les méthodes de recyclage du métal ainsi que sur l’identification précise des catégories de métaux à privilégier lors des achats sur le terrain. L’objectif selon eux est d’améliorer le fonctionnement de la filière et renforcer le soutien mutuel entre les acteurs du secteur et les différentes unités de fonderie.
Judicaël DOFNI