Apprécié pour ses multiples usages, le gingembre occupe une place importante dans l’alimentation et la transformation agroalimentaire. Le mercredi 14 octobre 2026 au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso, nous nous sommes intéressés à sa production et à sa commercialisation au Burkina Faso.
Le gingembre occupe une place importante dans les habitudes de consommation au Burkina Faso. Il est utilisé dans la transformation agroalimentaire, les préparations culinaires et la fabrication de divers produits. Sa culture est pratiquée dans le Kénédougou, notamment à Bama et dans les villages environnants. Pour Abdoulaye Traoré, ingénieur en industrie agroalimentaire et acteur de la transformation des produits locaux, le gingembre constitue une véritable opportunité pour l’économie burkinabè. « Les producteurs cultivent le gingembre en petites quantités, principalement pour se faire un peu d’argent, alors que la forte demande pourrait leur offrir la possibilité d’en faire une véritable activité commerciale et d’augmenter leurs revenus », explique-t-il. Le gingembre est une histoire de famille pour Abdoulaye Traoré. Depuis son enfance, il a côtoyé cette culture aux côtés de son père qui exerçait dans la production et la commercialisation. Si son père s’est progressivement orienté vers le commerce, lui a choisi de se spécialiser dans l’industrie agroalimentaire afin de donner davantage de valeur au produit. Aujourd’hui, il transforme le gingembre en poudre, en infusions et en pastilles. Il pratique également le séchage du gingembre. « Je suis né dans le gingembre. Depuis qu’on est petit, on a accompagné papa dans la production et la commercialisation », confie-t-il.
Modernisation des techniques de production
Il nous fait savoir que la culture du gingembre au Burkina repose encore largement sur des techniques traditionnelles : la préparation des champs commence plusieurs mois avant les semis, généralement effectués en avril. À l’aide de grandes dabas, les producteurs travaillent le sol, cassent les mottes et confectionnent des buttes dans lesquelles ils incorporent du fumier organique. Après le semis, les buttes sont recouvertes d’herbes ou de feuilles afin de préserver l’humidité et de protéger les semences. Au cours du développement des plants, les producteurs procèdent au désherbage et peuvent apporter des engrais chimiques. La récolte intervient généralement à partir de fin octobre et en novembre, après environ six à sept mois de culture. Toutefois, selon Abdoulaye, ces pratiques ne bénéficient pas toujours d’améliorations techniques. Les connaissances se transmettent de génération en génération, sans que les producteurs disposent systématiquement de formations adaptées. « Ici, on ne peut pas cultiver le gingembre comme on veut sans connaître les méthodes. Les enfants reprennent les pratiques des parents, mais il faut aussi apprendre de nouvelles techniques. « L’exploitation répétée de certains champs contribue également à une baisse de fertilité des sols et à des rendements moins satisfaisants », souligne-t-il. À ces difficultés s’ajoute la question des maladies. Ces dernières années, des cultures de gingembre ont été touchées dans plusieurs pays de la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina Faso et dans d’autres localités. Des pertes importantes auraient été enregistrées dans certaines zones. Les causes exactes de ces problèmes sanitaires restent toutefois à établir par des études spécialisées. Abdoulaye estime que la réutilisation de semences issues de cultures contaminées pourrait contribuer à la propagation de certaines maladies. « Si les semences ont été contaminées l’année passée et qu’on les utilise pour cultiver cette année, forcément, le problème peut se répéter », explique-t-il. Pour lui, il devient urgent de renforcer la recherche agronomique, d’identifier les agents responsables des maladies et de former les producteurs aux bonnes pratiques. Cette nécessité est d’autant plus forte que le gingembre est une culture exigeante, dont la maîtrise demande de l’expérience.
Une demande toujours importante
Malgré ces contraintes, la demande reste importante. Abdoulaye évoque des chiffres attribués aux statistiques agricoles de 2020, selon lesquels la production nationale aurait été d’environ 5 000 tonnes, contre une consommation estimée à 50 000 tonnes. Cette situation favorise donc le recours aux importations, notamment en provenance de Chine. Les prix connaissent également des fluctuations. Pendant la campagne de récolte, l’augmentation des quantités disponibles peut entraîner une baisse des prix. Lorsque les stocks diminuent, les prix ont tendance à remonter. Abdoulaye cite, à titre d’exemple, une boîte vendue autour de 4 000 F CFA et un kilogramme pouvant atteindre 10 000 F CFA à certaines périodes, selon les conditions du marché. Pour les transformateurs, ces variations compliquent l’approvisionnement et la maîtrise des coûts de production. Au-delà des difficultés agricoles, le gingembre présente des possibilités de valorisation dans plusieurs secteurs. Dans l’industrie agroalimentaire, il entre dans la fabrication de poudres, d’infusions, de boissons, de pastilles, de bonbons, de chips et de confitures. Il peut également être utilisé dans les cafés, les cocktails et diverses préparations alimentaires. Certains de ses composés sont par ailleurs exploités dans des produits cosmétiques et font l’objet de recherches pour différentes applications. Pour Abdoulaye, cette diversité constitue un atout majeur.
Fatimata Sakinatou TRAORÉ/Stagiaire