
Il arrive aux feux tricolores ou au stop. Vous êtes arrêtés. Il jette un coup d’œil à gauche et à droite. Il n’y a pas de policier. Il faufile et il passe. Parce qu’il est pressé. Pour sa sécurité et celle des autres, Dieu s’en chargera. Car, en cas d’accident, on dit chez nous que c’est Dieu qui a fait. C’est sa volonté. Sinon, soi-même, on n’a rien fait.
Il roule à tombeau ouvert. Il commet un accident qu’il aurait pu éviter à défaut amoindrir le choc. On dit chez nous que c’est Dieu qui a fait. C’est sa volonté. Sinon, soi-même, on n’a rien fait. On a dit de porter le casque. On dit c’est trop cher. Mais, on préfère payer beaucoup de viande et boire beaucoup de bière et se saouler. Et quand survient un accident, on dit que c’est Dieu qui a fait. Parce que c’est sa volonté.
On achète un casque. On le laisse à la maison. Quand on sort avec, on l’accroche à la moto au lieu de le porter sur la tête. Parce que « quand on le porte on n’entend rien ». Et quand survient un accident et que l’on est blessé à la tête ou ailleurs, on dit que c’est Dieu qui a fait. Parce que c’est sa volonté.
On refuse d’aller faire la visite technique. Parce que ça coûte de l’argent. Un accident survient en pleine circulation. La cause, une défaillance technique. Ça devait arriver. C’est Dieu qui a fait. Parce que c’est sa volonté. Sinon, soi-même, on n’a rien fait pour mériter un tel accident.
On charge le « Dina ». A l’intérieur comme sur le toit, il y a des personnes mais aussi diverses marchandises. Parfois même des animaux. On roule à vive allure. Un accident est arrivé. Il y a des blessés et parfois malheureusement des morts. La cause : c’est Dieu qui a fait. C’est sa volonté. Sinon, ni les passagers, ni les apprentis (car il y en a toujours plusieurs) encore moins le chauffeur n’ont rien fait du tout pour que survienne un tel accident.
Au Burkina Faso, ce ne sont pas les usagers de la route qui causent les accidents de la circulation. C’est Dieu le coupable. C’est lui qui provoque tous les accidents dans la circulation. Il est toujours pressé. Il dit de ne pas porter le casque. Il dit de faire la vitesse. Il dit de surcharger les véhicules de transport, de transporter en même temps tout ce qu’on peut. Il y a même des cars de transport en commun qu’on a nommés « Djougouya mani » (il ne fait pas bien d’être méchant). Car, tant qu’on peut « pousser » pour qu’un passager pris en cours de route ait de la place, il faut le faire. Peu importe le nombre qu’il y a dans le car.
On a souvent l’habitude de dire que pour connaître un peuple, il faut observer la manière dont les populations se comportent dans la circulation. Si tel est vraiment le cas, c’est qu’au Burkina Faso, c’est grave. Incivisme notoire, indiscipline caractérisée, désordre complet, intolérance totale … 1083 infractions en 12 heures, le bilan en 12 h de temps de la e-verbalisation, entrée en vigueur ce 1er août à Ouagadougou.
Dabaoué Audrianne KANI