Autant le dire… : horrible assassinat de Viviane Compaoré, c’est le reflet de notre société comme ça

Tuer un être humain, de surcroit sa grand-mère (la sœur utérine de la mère de son père) sans remords. Revenir la poignarder au cou et ensuite l’égorger pour s’assurer qu’elle est effectivement morte. Exactement comme un chasseur qui, croyant avoir seulement blessé un gibier, est revenu par la suite sur ses traces pour s’assurer s’il l’a bien atteint ou pas. Dans le cas qui nous concerne, répétons-le, après avoir constaté que sa grand-mère est bien morte, il l’a néanmoins poignardé à la gorge. Comme si cela ne suffisait pas, il l’a égorgée. Quelle horreur ! Les raisons : parce qu’il estime c’est elle qui est à l’origine de son licenciement. En plus, elle passe son temps à la calomnier. Banal ? Sans doute. Mais en réalité, le mal est plus profond que l’on peut le croire.

D’abord un crime de ce genre, dans nos traditions et selon nos valeurs africaines et surtout burkinabè, ne peut s’expliquer. Abattre, poignarder et égorger sa propre grand-mère, c’est inadmissible. Parce que la grand-mère (tout comme le grand-père), c’est toujours le dernier refuge quand plus rien ne va. N’est-ce pas pour cela qu’on dit d’un enfant qu’il est « gâté » parce qu’il a grandi chez son grand-père ou chez sa grand-mère, chez les deux à la fois ? Qu’est-ce qui s’est donc passé entre l’accusé et sa grand-mère au point d’en arriver à l’assassinat, aussi atroce, de celle-ci ? Quel est la responsabilité de la cellule familiale dans ce crime ? Le présumé coupable savait très bien que la victime est bel et bien sa grand-mère, mais il a décidé de l’éliminer. Parce que selon lui, « elle lui a fait perdre son emploi » et pire « elle le calomnie ». Mais en tuant sa grand-mère, a-t-il résolu le problème dont il l’accuse ? C’est là que pourrait également se trouver, une fois de plus, la responsabilité de la famille.

Ensuite, le prévenu a été arrêté alors qu’il était sous l’emprise de stupéfiants. Il a fallu trois jours de dégrisement afin qu’il revienne à lui-même. Et c’est apparemment dans un certain calme (même si dans un premier temps il a tenté de nier) qu’il a expliqué son forfait. Il n’est pas à parier qu’il était sous l’emprise des mêmes stupéfiants lorsqu’il tuait, poignardait et égorgeait sa grand-mère. La prise de drogue ou d’autres stupéfiants est interdite. Notre présumé coupable n’étant certainement pas à sa première prise, on est en droit de se demander ce que la famille et la société ont fait pour l’en sortir. C’est là encore une autre responsabilité à assumer.

Enfin, si le présumé coupable avait eu un emploi après son licenciement, il n’aurait certainement pas sombré dans la consommation de stupéfiants au point de commettre un tel acte d’une horreur inqualifiable. Il y a là encore une autre responsabilité, parce que quelqu’un n’a pas joué son rôle. N’est-ce pas que le chômage peut être source de suicide ou de criminalité ?

Mais tout cela ne disculpe pas le présumé coupable car, sa responsabilité est aussi établie dans ce qu’il est devenu et dans le meurtre qu’il a commis. Comme quoi, ce meurtre est incontestablement le reflet de ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Dommage !

Dabaoué Audrianne KANI