Autant le dire… : Les nouveaux riches et les nouveaux pauvres de la spéculation foncière

« On ne vend pas la terre. Elle ne nous appartient pas. Savons-nous depuis quand elle existe ? Savons-nous comment nos arrières grands parents ont été propriétaires des terres que nous vendons et pourquoi ne les ont-ils pas vendues avant nous ? Cessons cela quand on vend une terre, on l’a perdue pour toujours. On peut vendre un bœuf et acheter un autre plus tard. Mais quand on vend une terre, elle ne vous reviendra plus jamais. Comment alors nos enfants, nos petits-enfants vont-ils vivre après nous parce que nous avons vendu le patrimoine foncier que nos parents nous ont légué ?». Ainsi s’est exprimé le préfet d’une localité en Afrique centrale à ses administrés dont certains n’avaient comme activité la vente des terres.

Malheureusement, au Burkina Faso depuis un certain temps, la spéculation foncière est devenue l’activité principale d’agences immobilières, de particuliers et surtout de propriétaires terriens. Si les agences et les particuliers peuvent être compris comme étant à la recherche de revenus immédiats, ce ne doit pas être le cas pour les propriétaires terriens. Dont de nombreux ont tout simplement été «expropriés» parce qu’on ne leur a pas donné la bonne information. Comment peut-on encourager un propriétaire terrien, qui n’a que sa terre comme seul bien et seule source de revenus, de la vendre ? Malheureusement, c’est ce que nombreux d’entre eux ont fait avec parfois la complicité de ceux qui devaient les sensibiliser à ne pas vendre leurs terres.

Aujourd’hui, dans plusieurs localités du pays que ce soit dans les villes ou dans les campagnes, de nombreux jadis propriétaires terriens n’ont plus de terre, ni pour construire des habitations, ni pour cultiver. Devenus ainsi des étrangers chez eux, sur les terres de leurs ancêtres. Ce sont ainsi de nouveaux pauvres que la spéculation foncière a créés et qui, tôt ou tard, risquent de revendiquer leurs terres, d’une manière ou d’une autre. Aussi, tous les nouveaux riches qui le sont par le fait de la spéculation foncière doivent se résoudre à comprendre qu’il ne sert à rien d’acheter des terres dont on n’est pas propriétaire. L’Etat doit dès à présent prendre les mesures qui conviennent, soit pour rétablir les injustices faites, soit pour mettre fin à la spéculation foncière en décrétant l’interdiction de vendre la terre.

Ce qu’il faut retenir, c’est que très prochainement, les conflits fonciers seront l’autre forme de terrorisme auquel on risque d’assister. Et ce sera entre nouveaux pauvres qui voudront récupérer ce qu’on leur a retiré en faisant miroiter un lendemain meilleur et les nouveaux riches qui ne voudront pas perdre leurs intérêts immobiliers. Les nouveaux pauvres parce qu’ils ont été expropriés du fait de leur pauvreté et de leur ignorance, les nouveaux riches parce qu’ils pensent avoir légalement acquis des terres. Oubliant que face à un mouvement populaire, la loi n’a jamais rien pu. C’est le moment, avec la transition politique, de trouver une solution à cette autre équation qu’il sera énormément difficile à résoudre, très prochainement.

Dabaoué Audrianne KANI

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