Autant le dire… :phénomène Sankara, phénomène Ibrahim Traoré

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, ce qui peut être convenu d’appeler « Phénomène Ibrahim Traoré » est comparable à celui de Thomas Sankara. Il va au-delà des frontières du Burkina pour gagner l’Afrique et le reste du monde. Autrement dit, Ibrahim Traoré est devenu, sinon plus que ce qu’était Thomas Sankara aux yeux d’une certaine opinion burkinabè, africaine et mondiale. Et cela peut bien se comprendre assez aisément car, Ibrahim Traoré, tout comme l’était Thomas Sankara, incarne des valeurs qui gouvernent l’opinion dans le contexte national burkinabè, africain et même dans le reste du monde.

Sur le plan national, les Burkinabè estiment avoir été suffisamment abusés par une classe politique ou du moins un système politique qui ne leur a pas apporté ni à manger ni à boire suffisamment, ni à accéder à la santé, à l’éducation ; en un mot comme en mille un système qui ne leur a pas apporté le développement, le progrès et le bien-être. Posé comme tel, le diagnostic est clair : les Burkinabè sont dans leur majorité de plus en plus pauvres.

Le fossé entre les plus riches et les moins riches se creuse de plus en plus. La majorité de la population composée de jeunes a, depuis plusieurs années en arrière, perdu espoir. Ils ont donc besoin de repères, de quelqu’un qui leur donne de l’espoir. Ibrahim Traoré, tout comme Thomas Sankara pendant la Révolution, constitue cet espoir qui, au-delà de tout, leur permet de s’engager, de se remobiliser, d’aller à l’action, d’essayer un nouveau modèle et d’espérer un Burkina Faso nouveau, meilleur qu’il l’a été et qu’il l’est actuellement.

Sur le plan africain, et même au niveau national, les démocraties telles qu’elles nous ont été imposées après le sommet de la Baule en 1990 ont plutôt contribué à créer des conflits en Afrique, à opposer les peuples les uns aux autres et à soumettre les pouvoirs élus, d’une manière ou d’une autre, à des puissances occidentales juste pour leurs intérêts. La jeunesse africaine s’en est rendue compte et ne veut plus se laisser berner. Surtout qu’on la refoule aux frontières de l’Europe, qu’on la renvoie de l’Amérique et d’autres pays parce qu’on considère qu’elle est la source de leurs problèmes. Ce qui est tout à fait le contraire. Le problème de l’Afrique, c’est l’Occident en grande partie. Au plan mondial, c’est pratiquement la même situation. Les Afro-descendants, nombreux partout à travers le monde, recherchent leurs origines, mais surtout leur dignité longtemps confisquée et bafouée par ceux qu’on a longtemps pensé qu’ils seront toujours les maitres du monde. Ce fut, et c’est encore une grosse erreur.

L’Afrique et ses peuples ont compris que n’eut été leur continent, le monde occidental ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Au lieu de le comprendre vite, les Occidentaux ont cru qu’avec le temps, les choses se remettraient en place. Une autre grosse erreur. Aujourd’hui, tout semble leur échapper. Le virage semble amorcé et rien ne pourra l’arrêter. Les esprits sont ouverts et les peuples africains ont pris conscience de la réalité. Plus rien ne sera comme avant. Que ce soit avec Ibrahim Traoré ou sans lui. C’est une déferlante vague qui le sera ainsi pour toujours.

Dabaoué Audrianne KANI