En une seule matinée, le mardi 6 mai 2024, plus de trois cents personnes ont été interpellées pour incivisme ou non-respect du code de la circulation. Environ 500 mètres linéaires de caniveaux ont été curés par ces dernières. Bravo à l’ensemble des acteurs qui se sont mobilisés pour mener à bien cette opération qui s’inscrit dans le cadre de la lutte contre l’incivisme routier. Si, ailleurs, ce sont surtout des jeunes qui sont interpellés, à Bobo-Dioulasso, on pouvait voir de nombreuses “tanties”, des “tontons” et même des “mamies” arrêtés pour non-respect du code de la route, puis envoyés exécuter des travaux d’intérêt général. Les Bobolais devraient avoir honte. Puisqu’ils ont été prévenus que si ça se passe ailleurs, ça peut arriver chez eux. Ou bien croyaient-ils que ça n’arrive qu’aux autres ?
Ce chiffre, aussi brut qu’alarmant, illustre une réalité inquiétante à Bobo-Dioulasso : celle d’un incivisme routier devenu presque banal, mais pourtant lourd de conséquences. Circuler aujourd’hui dans la capitale économique du Burkina Faso, c’est prendre le risque de croiser un conducteur sans permis, un motocycliste sans casque, un tricycle surchargé de passagers ou encore un automobiliste ou motocycliste défiant les feux tricolores comme s’il jouait sa vie à la roulette russe. La multiplication de ces comportements déviants n’est pas un simple fait divers. Elle révèle une crise profonde de la citoyenneté, du respect de l’ordre public et du vivre-ensemble. Nonobstant les campagnes de sensibilisation que multiplient les autorités compétentes en la matière, elles peinent encore à enrayer un phénomène qui s’enracine dans la routine quotidienne.
La lutte contre l’incivisme routier ne peut être gagnée sans l’engagement de tous : conducteurs, piétons, parents, enseignants, leaders communautaires. Le relâchement des contrôles, le sentiment d’impunité et, parfois, la corruption, forment un cocktail explosif qui fragilise les fondements même de la sécurité urbaine. Il ne s’agit pas seulement de réprimer. Il s’agit aussi d’éduquer, de prévenir et, surtout, de responsabiliser. Car la route, en tant qu’espace partagé, doit redevenir un lieu de règles communes et de respect mutuel. L’incivisme routier est une bombe à retardement sociale : il coûte des vies, brise des familles. Il est donc urgent d’ériger la sécurité routière en priorité publique. Cela passe par une application rigoureuse de la loi, un renforcement des capacités des forces de l’ordre, mais aussi une implication des citoyens eux-mêmes : associations, leaders communautaires, parents, enseignants -tous ont un rôle à jouer.
Bobo-Dioulasso mérite mieux que ce chaos, pour ne pas dire cette irresponsabilité dans les artères. Faire reculer l’incivisme routier, c’est défendre la vie. Et c’est ensemble que nous devons mener ce combat. La lutte contre l’incivisme routier est une responsabilité collective. Le civisme routier commence par des gestes simples : porter son casque, respecter les feux de signalisation et les stops, éviter les appels téléphoniques au volant, être tolérant. Chacun doit comprendre que les règles de la circulation ne sont pas des contraintes, mais des garanties de sécurité pour tous. Bobo-Dioulasso aspire à devenir une ville moderne et sûre. Cela passe aussi par un changement profond des mentalités sur la route. Il est temps de faire de la sécurité routière une priorité, non pas par peur des sanctions, mais par amour de la vie. La vie pour soi-même, la vie pour les autres.
Aymeric KANI
