Autant le dire… Retrait de la CEDEAO, apprêtons-nous à en subir les conséquences

Le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’est pas sans conséquences sur l’intégration des Etats, mais surtout la libre circulation des populations et de leurs biens dans la sous-région. Réunis ce dimanche 7 juillet 2024 à Abuja au Nigeria, les chefs d’Etat des pays membres de l’organisation sous-régionale ont prévenu de ce qu’il pourrait advenir si toutefois le Général Abdourahamne Tiani, le Colonel Assimi Goïta et le Capitaine Ibrahim Traoré maintenaient leur position de quitter définitivement la CEDEAO.
Ainsi, si jusqu’à janvier 2025, le retrait est définitif, les populations des pays membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) qui ne seront plus considérées comme des citoyens de la CEDEAO, devront désormais remplir certaines conditions pour cohabiter avec celles de cet espace. Ainsi, pour aller en Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Togo il pourrait être exigé un visa. La Carte d’identité CEDEAO ne sera plus valable ni utilisable, de même que le passeport CEDEAO. De la Carte nationale d’identité burkinabè, n’en parlons pas. Ce qui veut dire sans accords bilatéraux avec les pays de la CEDEAO, les populations de l’espace AES ne pourront plus aller et revenir librement dans les pays qui la composent. En outre, des Burkinabè, des Nigériens ou des Maliens ne pourront plus s’établir librement dans les pays de la CEDEAO sans être soumis aux lois et règlements de ces pays-là.
Sur le plan économique, les projets et programmes de développement communautaire, initiés dans le cadre de la CEDEAO seront suspendus. Les organes ou institutions de la CEDEAO précédemment installés dans les trois pays seront fermés. A Bobo-Dioulasso par exemple, l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) sera fermée. Certaines institutions bancaires comme la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) ne pourront plus financier les projets et programmes de développement de ces trois pays. Pire, ceux qui étaient en cours seront arrêtés. Bref, les populations des trois pays devront réapprendre à vivre avec celles des pays de la CEDEAO. Et vice-versa.
C’est pourquoi, si le retrait est vraiment définitif, il faut dès à présent informer suffisamment les populations afin qu’elles comprennent les tenants et les aboutissants de ce retrait et se préparent à faire face à ces nouvelles réalités qu’elles doivent désormais vivre.
Si les populations des pays de l’AES ont besoin de changements, elles ont aussi besoin que ces changements leur soient bénéfiques. Ayant longtemps vécu en bonne intelligence avec leurs sœurs des pays de la CEDEAO, il est sûr qu’elles entendent poursuivre dans la paix cette cohabitation pacifique, très intégrée. Aussi, que ce soit les chefs d’Etat de la CEDEAO ou de l’AES, leurs actions doivent s’inscrire dans la recherche du mieux-être des populations de deux espaces. Il ne sert à rien d’opposer ou des créer des conditions difficiles pour des populations qui font leurs affaires ensemble, se marient entre elles et vivent tranquillement. C’est cela qu’on attend de l’ensemble des chefs d’Etat de la sous-région.
Dabaoué Audrianne KANI