
La dernière suspension d’exportation de produit au Burkina porte sur le bétail. La décision a été actée le 8 mai dernier, jusqu’à nouvel ordre. Auparavant, le gouvernement avait aussi suspendu l’exportation de la noix de cajou afin de permettre aux usines dont ce produit constitue la matière première, d’en bénéficier pour leur fonctionnement. Il est aussi interdit l’exportation des céréales depuis 2023 afin de favoriser la consommation nationale et impacter sur les prix par leur disponibilité sur le marché intérieur.
Pour ce qui est des importations, le gouvernement a interdit notamment celle du riz. Désormais, et ce jusqu’à nouvel ordre, les Burkinabè vont consommer le riz produit chez eux. Ceci, afin de permettre l’écoulement de la production nationale et en même temps correspondre au mot d’ordre « produisons burkinabè et consommons burkinabè ». Quant à la tomate fraiche, son exportation suspendue en mars 2026 a été levée, moins d’un mois après. Les usines de transformation au plan local en disposaient suffisamment.
Revenons à la suspension de l’exportation du bétail, les points de vue divergent. Pendant que certains estiment que le gouvernement fait du tort aux éleveurs et exportateurs (l’élevage étant le troisième produit d’exportation du pays après l’or et le coton), d’autres pensent plutôt que lorsque l’on produit, c’est d’abord pour les Burkinabè. Autrement, pour ces derniers, il faut favoriser la consommation nationale en quantité et en qualité. Notamment en cette période de Tabaski où la demande en mouton sera très forte.
Bref ! Si le gouvernement prend de temps en temps des mesures de suspensions d’exportations et d’importations de produits, nul doute que l’objectif premier est de protéger le consommateur burkinabé. Tant sur le plan de la qualité des produits, de la quantité et aussi des prix. Autrement, il est difficile de croire qu’un gouvernement conscient prenne des mesures pour pénaliser ses propres populations.
Mais au-delà de tout cela, ces suspensions d’importation et d’exportation sonnent comme un appel à tous ceux qui font de la production de biens de grande consommation. Quand il y en a suffisamment pour tous les Burkinabè et à revendre, le gouvernement ne peut qu’autoriser l’exportation. Mais dès lors qu’il n’y en a pas assez, il est de son devoir de prendre les dispositions pour garantir les besoins à l’interne. Quand le producteur revend sa production, c’est qu’il a assuré la consommation familiale. C’est exactement ce que fait le gouvernement. Il n’y a rien donc de méchant.
En outre, la politique industrielle actuellement en cours au Burkina Faso, recommande que le gouvernement assure l’approvisionnement des unités industrielles en matières premières. Non seulement pour que les usines tournent et produisent des biens de consommations, mais aussi pour assurer les emplois et le bien-être des travailleurs. Tout cela pour le compte de l’économie nationale.
Il est incompréhensible que nous criions tous les jours « consommons ce que nous produisons et produisons ce que nous consommons » tout en en exportant nos productions alors qu’elles ne suffisent pas. Ou en important d’autres produits pour concurrencer ce que nous-mêmes nous produisons.
Dabaoué Audrianne KANI