
Dans plusieurs quartiers de la ville, les cours communes accueillent des dizaines de personnes partageant les mêmes infrastructures. Que ce soient les toilettes, les douches, les points d’eau…, leur usage par les ménages entraîne parfois des conflits liés à l’hygiène, aux nuisances sonores, à la gestion ou à la tranquillité.
La vie en colocation dans les cours communes peut rapidement devenir un cauchemar à cause du manque d’intimité, des conflits liés aux tâches ménagères ou du non-respect des espaces personnels. Les désaccords éclatent souvent entre ceux qui laissent traîner leur vaisselle et ceux qui veulent un intérieur impeccable en permanence. Aboubacar Guissé est célibataire et employé dans une banque de la place. Il nous raconte son quotidien. «J’ai 27 ans et je vie dans une chambre de célibataire depuis trois ans. La vie dans la cour commune n’est pas toujours facile. J’ai des problèmes de fois avec le propriétaire de la concession, car j’ai des amies qui viennent chez moi, filles comme garçons. Nous causons et bavardons, mais le propriétaire se plaint que nos bruits le dérangent. Ce qui me fait le plus mal, il ferme la grande porte à partir de 20 h. Pourtant souvent je rendre à 23 h de la ville, donc sur ce point on ne s’entend pas», déplore-t-il. Le quotidien de Aboubacar Guissé avec ses colocataires n’est pas non plus aisé. «Avec mes colocataires, nos ententes sont temporaires car nous partageons les toilettes, le point d’eau et parfois même l’électricité ; d’où souvent le paiement est difficile pour certains. Donc il y a souvent des disputes et même aussi liées à la propreté ou au bruit. Malgré ces difficultés, je fais avec mes moyens, car ici les loyers sont plus accessibles que dans d’autres logements, je paye 60000 FCFA/mois», ajoute-t-il. Aujourd’hui, le plus grand souhait de Guissé est d’obtenir sa propre cour pour vivre dans la quiétude et dans de meilleures conditions. Mais avec le coût de la vie et ses revenus qu’il juge modestes, il se voit dans l’obligation de vivre en location.
Triste réalité pour certaines mères célibataires
Awa, est mère de deux enfants et divorcée depuis quatre ans. Depuis qu’elle et son mari se sont quittés, elle vit en location dans une cour commune. «Nous partageons les mêmes toilettes et le même point d’eau avec plusieurs familles, ce qui crée des incompréhensions avec les voisins. Finalement, je suis toujours en bagarre avec les voisins à cause de mes enfants car les autres voisins aussi prennent toujours la défense des leurs. Je suis obligée de supporter parce que je ne sais où partir à cause du coût du loyer qui est plus abordable », explique-t-elle. Dame Awa relève que la vie en location est difficile. Les conflits entre locataires et bailleurs sont fréquents, qu’ils concernent les visites inopinées, le retard de paiement. «Les enfants manquent parfois d’espace pour étudier et jouer, mais nous gardons espoir », martèle-t-elle. Son plus grand rêve est d’avoir son propre domicile où elle aura plus d’intimité et de tranquillité. Et où ses enfants pourront grandir et jouer dans de meilleures conditions. «Chaque jour, je me bats pour ça. Il est certain que j’y parviendrai», confie-t-elle avec assurance. En attendant, comme Guissé et Awa, des milliers de citoyens et de familles continuent de vivre le martyr dans ces cours communes, faisant preuve de résilience et d’espoir dans un contexte économique marqué par la cherté de la vie et la rareté des logements adaptés à leurs revenus.
Gnouma SANOU