Burkina/Santé : Médicaments de la rue, des tueurs silencieux

Médicaments illicites ou médicaments de la rue, ce sont là des qualificatifs pour désigner le même produit. Ces produits sont vendus à l’air libre, exposés à la poussière et sans protection aucune. On les retrouve dans les différents marchés, surtout en campagne. Le phénomène est une réalité à Diébougou, au regard du constat fait sur le terrain.

Les médicaments de la rue ne sont pas méconnus du grand public. « Je ne conseille personne d’acheter ces produits, car ils sont dangereux pour la santé de l’homme », nous confirme Christian Dah, un couturier de la ville de Diébougou. « Moi, j’en ai déjà utilisé, surtout des produits comme le paracétamol et d’autres petits comprimés », affirme Luc Hien.

Chaque fois qu’on aborde la question afin de comprendre la logique qui sous-tend le recours à ces produits illicites avec ceux qui y ont recours, ils vous opposent simplement des raisons d’ordre financier. « Les gens achètent ces médicaments parce que là-bas au moins, il n’y a pas de protocole pour en acquérir et puis les produits coutent extrêmement moins chers. Regardez par exemple, il y a un produit par terre qui coûte sept cents francs, alors que le même produit se vend à huit mille francs en pharmacie. Nous autres-là, on va là-bas», explique Joël, un habitant du troisième âge au secteur 1 de Diébougou.

Afin de nous imprégner de la vente de ces produits illicites, nous nous rendons au marché d’un village rattaché de la commune de Diébougou. Ici, les médicaments sont vendus à l’aire libre, exposés à la poussière. Aucun respect des règles de conservation du médicament. Pas besoin de prescription médicale. Il suffit d’expliquer les symptômes de la maladie et le produit est servi. Sur cette table, on y trouve différents produits. « Je vends des produits de paludisme, d’hémorroïde et ceux des maux de ventre », raconte Mamadou, un vendeur de ces produits.

Mais pourquoi le choix d’une telle activité ? A cette question, l’on pointe du doigt le manque d’emploi. « Je n’ai pas le choix. C’est parce qu’il n’y a rien à faire que je vends ces produits. En tout cas, on gagne un peu un peu », explique Seydou, un autre vendeur. Malgré l’effervescence de ce faux bizness, il ne faut pas perdre de vue les dangers réels de ces médicaments, notamment sur la santé de l’homme. « C’est un problème de santé publique. Qui parle de santé publique parle de problème sanitaire, de problème économique aussi. Ce sont des produits qu’on ne maitrise pas tout. Donc ça a beaucoup de conséquences, surtout une toxicité sur des organes principaux tels que les reins, le foie et le cœur également.

Ce sont des organes qui éliminent ces produits. Donc ça entraine ce qu’on appelle l’insuffisance rénale dont beaucoup d’entre nous ont déjà entendu parler. C’est une maladie qui est très grave à un certain niveau. Ça peut entrainer aussi les hépatites chroniques ou aigues. Et si on ne la découvre pas tôt, on peut mourir », dixit docteur Mobi Benao, médecin généraliste au CMA de Diébougou. « Le marché des médicaments représente plusieurs milliards de francs CFA chaque année au Burkina Faso », affirme le pharmacien généraliste au CMA de Diébougou, Dr Souleymane Sarre. « On a donné un monopole à un groupe d’individus à savoir les pharmaciens, pour gérer avec efficacité et surtout avec professionnalisme. Afin qu’on soit sûr que ce sont des produits de qualité qui soient donnés aux populations avec de l’expertise en termes de conseils pour un usage vraiment rationnel.

Il faut savoir que, lorsque des médicaments ne passent pas par le circuit de ces spécialistes là, ça peut être des médicaments qui ne répondent pas aux normes. Ça fait une évasion en termes de recettes pour les impôts. Et le drame dans tout ça, c’est que ça met à mal tout un secteur socio professionnel qui est celui de la pharmacie », conclura Dr Sarre. Le phénomène est très inquiétant et il va falloir agir vite à travers des sensibilisations à grande échelle afin de stopper la vente de ces médicaments un faux bizness qui inonde le marché et qui constitue une menace réelle sur la santé des populations.

Boniface Bourehiman ZAGRE

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